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Pouvoirs

Publié le 24 mars 2008 par Jfa

J’anticipe la séance de ce soir de l’Université Populaire centrée sur la notion de “pouvoir”, avec d’autant plus de plaisir que c’est un thème qui avait été abordé dernièrement lors d’une nos discussions animées d’après-repas et dont les conclusions ne m’avaient pas semblées très claires. Qu’on me pardonne la forme schématique et partielle de ces lignes, sur une problématique qui nécessiterait des dizaine de pages pour être simplement posée.

Pouvoir, à un premier niveau, c’est “avoir la possibilité de”, c’est à dire disposer de la conjonction des compétences (et/ou connaissances) et de l’opportunité. Compétences que j’ai ou que je me suis fabriquées, opportunités car l’homme, avec ses limites génétiques, est toujours intégré dans des environnements, spatial et temporel, qui imposent leurs contraintes.

Posé ainsi, le concept renvoie à celui de “liberté”. Plus je suis libre, moins j’ai d’attaches, de dettes, d’ambitions et de contraintes et plus je possède du pouvoir de faire ou ne pas faire ce que je décide, quand je le veux. Car le terme est inséparable de l’action. En ce sens, il rejoint alors les épicuriens et autres ascétiques pour lesquels la sagesse est avant tout dans la parcimonie des besoins.

Mais, la plupart du temps, le concept se conçoit dans des relations inter-individuelles ou dans le rapport institutions-individus.

Le premier sens est celui de la violence: si je peux obliger l’autre, par la menace, ou par la force à faire quelque chose qu’il ne souhaite pas forcément, c’est que j’ai du pouvoir sur lui.

Une deuxième acception du terme traitera du pouvoir d’influence: celui du sorcier (ou du religieux) s’attribuant le lien avec les forces sur-naturelles, celui du rhêteur que dénonçait Socrate, de l’idéologue ou, actuellement de celui qui maîtrise les médias. Nous sommes alors dans différentes formes du pouvoir symbolique sur lequel Pierre Bourdieu a beaucoup travaillé et dans la “société du spectacle” de Guy Debord pour lequel le “spectacle” est la “représentation diplomatique de la société hiérarchique devant elle-même, où tout autre parole est bannie”, “auto-portrait du pouvoir à l’époque de sa gestion totalitaire des conditions d’existence”: celles où le citoyen doit se réduire au consommateur et où le débat politique se ramene au débat sur le spectacle ainsi mis en scène.

N’oublions pas, et cela revient en force, le pouvoir de l’argent, abstraction des abstractions puisque susceptible de s’actualiser en une infinité de formes, qui peut, comme le montrait Marx, acheter la force de travail et produire du pouvoir symbolique toujours neuf tout en, alliance du sabre et du goupillon, s’adjoignant les formes les plus archaïques du pouvoir.

Toujours schématiquement, pour Michel Crozier, c’est l’information qui constitue le pouvoir: plus j’ai d’information sur l’autre, plus j’ai de pouvoir sur lui. Non simplement celui du maître-chanteur, mais dans ma capacité à prévoir ses comportements. Le pouvoir se confond alors avec la capacité à savoir à l’avance ce que fera l’autre.

A ce stade, on ne peut analyser la politique de N. Sarkozy en dehors des référence à ces théories du pouvoir: la conjonction du pouvoir de la violence à travers ses campagnes incessantes sur l’insécurité, du pouvoir symbolique avec le retour du religieux et la remise en cause de la laïcité, ses attaques contre les acquis de Mai 68 et la pensée unique, purement idéologique qu’il entend imposer, de son pouvoir sur et dans les médias (maintenant quasiment tous aux mains du Cac 40), celui de l’information avec l’ensemble des fichiers que se constitue l’appareil d’état et leur mise en relation au nom de la lutte contre le terrorisme et les violeurs d’enfants.

Sans parler de la réhabilitation, qu’il mène, de l’argent même sous ses apparences les plus vulgaires, marionnette des possédants ayant pour mission d’étendre et conforter leur pouvoir, de plier notre pays à leurs exigences.

Enfin, classiquement en politique, depuis Montesquieu, on admet que la démocratie est dans la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. L’omniprésence présidentielle, l’abaissement du parlement, la valse des procureurs et juges qui a suivi l’élection présidentielle sont plus qu’inquiétants. D’autant si l’on y rajoute l’indépendance, qui serait nécessaire, du quatrième pouvoir, celui de la presse et des médias, actuellement, hormis quelques velléïtés car sentant leur crédibilité atteinte, en situation de quasi- servitude.

Sans oublier les évolutions institutionnelles en cours et projetées à travers la commission Balladur qui devraient nous faire craindre le pire.


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