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“J’ai voté Nicolas Sarkozy …

Publié le 25 mars 2008 par Jlhuss

… Mais je dors mal depuis” (François Léotard)

J’ai longtemps hésité à faire ici le compte-rendu de lecture d’un petit opuscule dernièrement paru chez Grasset sous la plume de François Léotard : “ça va mal finir” pour plusieurs raisons.

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La première, parce que je n’aime pas que l’on tire sur les ambulances. La seconde, j’ai peu de goût pour les pamphlets uniquement “excessifs”. La troisième , Léotard, dans un passé pas si lointain, quand il était l’allié de Sarkozy pour soutenir Balladur contre Chirac ( il l’évoque dans son bouquin), ne faisait pas partie de ceux qui inspiraient ma modeste “action poilitique”.

Même si parfois, l’envie de trop prouver fait dépasser quelques bornes, ce bouquin est tout sauf un pamphlet. Il aborde les fondements de notre République dans un style plaisant enrichi de références culturelles nombreuses et bienvenues.

L’ouvrage s’ouvre sur une citation de Thucidide résumant bien la première partie : “La manifestation du pouvoir qui impressionne le plus les gens est la retenue”

L’auteur aborde la “féérie des commancements” : “ça a débuté comme ça. Une élection, une fête, du champagne. Et du chiffre d’affaires au mètre carré. C’était pétillant. Je n’allais pas bouder mon plaisir puisque j’avais voté pour lui.”

Il explique la victoire : “La rupture était un vieux produit toujours sur les étagères du pouvoir. Il continuait à se vendre parce que la vie quotidienne prenait vraiment l’allure de la tristesse”. “Et puis ça s’est gâté”. “J’étais étonné de voir avec quelle rapidité s’organisait le concours général des reptations”.
Nous explorons sans concession les méandres de l’ouverture, la servilité des chroniqueurs, aujourd’hui retournée en agressivité d’autant plus forte que les courbettes ont été plus basses. Léotard décrit à merveille les “pièges” dans lesquels il est tombé.
“Sarko sur un marché, c’est comme un évangéliste américain. Vous l’écoutez et vous repartez avec le sèche-salade électrique, le taille-crayon musical, la gomme magique, la machine à couper les poils du nez, une invitation à la Star Ac …”
En connaisseur, il dépeint le monde politique : “Dans le monde sauvage des animaux politiques il ne faut pas être sur le passage d’un prédateur. Je le sais, j’ai traversé imprudemment la savane. Chirac était un carnassier débonnaire. Avec lui on était mort mais c’était sans rancune. Chacune de ses victimes, antilope déchiquetée et consentante, devenait digne d’une amitié nouvelle définitivement inoffensive. Avec Sarko c’était différent. Le fauve avait -si l’on peut dire- une mémoire d’éléphant. Me parlant de Chirac, il m’avait dit : François, n’oublie jamais ceci, je suis fidèle à mes ennemis … J’en ai encore des frissons dans le dos”
Nous réviserons ensuite toutes “les bévues républicaines” du nouveau président, en passant de Latran à Ryiad, des instituteurs aux curés, sans oublier le triste ADN, le ministère de l’immigration et de l’identité Nationale. Vous pourrez comtempler une autre Afrique, Bush impérator, Mickey et Disney Land. Mais avec originalité, des mots ciselés et beaucoup … beaucoup de références culturelles et historiques.
Un hommage est réservé à Carla dont l’auteur semble apprécier tout à la fois la plastique à la “Botticelli” et l’esprit de modération cultivée.
Pour en terminer avec l’image qu’il donne de son ancien “ami” citons ce passage à la fois tendre et cruel : “C’est un gosse qui s’émerveille de la multitude de ses jouets. C’est dimanche. C’est Noël. C’est la fête. Il est assis au pied du sapin et il hésite un instant : quel est le cadeau qu’il faut ouvrir en premier ? Sarkozy a oublié que la politique était “tragique”.
la deuxième partie du bouquin est dévolue à un dialogue épique avec “Cassandre” très bien tourné, pour en arriver à la lettre ouverte à son “ami” : “Vois-tu, je m’étais engagé dans un silence assez paisible et tu es venu le briser. Tout cela c’est ta faute. J’écrivais des livres, j’avais créé mon entreprise et me voilà t’interpellant comme si j’avis oublié l’éminente dignité de ta fonction, la gloire et le respect qui doivent naturellement l’entourer. C’est pas de ma faute : tu as tout fait pour ça.”
Pour l’anecdote on aura remarqué la couverture du livre de Léotard : la pose “feuilleton américain”, le “portable” à l’oreille, Ray Ban sur les yeux … ! Ce conformisme très méridional de l’ancien pensionnaire de la Pierre qui Vire, ne doit pas vous empêcher de lire son excellent essai dont on ne comprend pas très bien la trop confidentielle “promotion” : n’y aurait-il que les critiques de gauche qui soient recevables ?

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