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Les Abominables Cent Jours De L'Editocratie Française

Publié le 20 août 2012 par Sagephilippe @philippesage

Oublions les Cent jours. C’est juste une construction médiatique sans la moindre importance. C’est dans cinq ans que nous pourrons évaluer, tranquillement, sereinement, le quinquennat de François Hollande. Ceci étant dit, amusons-nous, en prenant les "journalistes" à leur propre jeu : faisons le bilan de leurs Cent jours médiatiques en « Hollandie ». 

Concentrons notre attention sur trois hebdomadaires phares de la vie politique française : Le Point, L’Express et le Nouvel Observateur. Théoriquement, ces trois magazines ne défendent pas les mêmes points de vue, il paraîtrait même que l’un deux serait classé à "gauche". Or, en épluchant articles, éditos, etc., on s’aperçoit, avec un relatif effroi, que tous sont sur la même ligne.
Démonstration.

Le Point
Sans surprise aucune, c’est bien évidemment Le Point qui se montre le plus critique et circonspect quant à la politique qu’entend mener François Hollande.
Certes, de Franz-Olivier Giesbert à Claude Imbert en passant par Sylvie Pierre-Brossolette, tous s’accordent à trouver le nouveau président "intelligent". Ah ça, il ne manque pas de qualités. Et puis, avec lui, au moins, on évitera les outrances, y compris langagières, qu’on eût à subir lors du quinquennat précédent. 

Sauf que, il y a un hic avec ce Hollande : il est socialiste. Un bien grand mot, si je puis me permettre. Car si Hollande est socialiste – au sens premier du terme – alors moi, je suis la Reine du Danemark.
Mais, admettons. 

Bref, ce qui chagrine les éditorialistes du Point, c’est le projet du président ; projet pourtant validé dans les urnes par une courte majorité de Français, le 6 mai dernier. 

Dès le 10 mai (1), Le Point met en garde. Ainsi Claude Imbert : « Si l’on s’en tient au programme socialiste (sic) de Hollande, on peut craindre le pire. Il respire la vaine illusion d’une croissance venue d’ailleurs pour éviter les coupes dans la dépense publique. ». Et Giesbert d’enfoncer le clou en affirmant que si Hollande est (ou reste) socialiste « il n’a aucune chance de réussir. ».  
Mais alors, comment pourrait-il « réussir » ?
Mais en reniant son programme, pardi ! Comme le lui suggère l’inénarrable Pierre-Antoine Delhommais : « M. Hollande devra (…) faire l’exact contraire de ce qu’il a laissé miroité depuis un an ».

Suivant l’adage "il faut battre le fer pendant qu’il est chaud", Le Point remet le couvert le 24 mai (2).
Un festival ! Sylvie Pierre-Brossolette nous explique que le gouvernement sera contraint de plier devant ce qu’elle nomme le « principe de réalité ». Et d’asséner : « Et si pour réussir, le président devait trahir ses promesses », relayé par l’incontournable Nicolas Baverez : « pour retrouver la croissance, François Hollande devra sortir de l’ambiguïté, fût-ce au détriment de son programme ».

Rebelote le 21 juin (3) où Baverez n’y va pas avec le dos de la cuillère : « l’application de son programme serait suicidaire pour la France comme pour l’euro ». Un numéro où Le Point appelle à la rescousse l’économiste le plus néolibéral que porte notre sol, grand ami du capitalisme financier : Christian Saint-Etienne (4). 

Charitable, je pourrais vous faire grâce de ce que ces éditorialistes (ou contributeurs) pensent des Français. Mais non. Il faut savoir qu’ils considèrent que, non seulement, nous n’avons « pas pris conscience de la gravité de la crise » (Claude Allègre) mais encore « de ce qui [nous] attend » (Christian Saint-Etienne). Bref, nous sommes des ignorants. Ou des imbéciles. 

Mais Le Point a beau rugir, Hollande met en branle son projet (coup de pouce au SMIC, retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt…) ce qui nous vaut, le 5 juillet (5) une nouvelle salve, où chaque contributeur en remet une couche (le programme de François Hollande n’est pas compatible avec l’acceptation de la règle d’or et le retour à l’équilibre des finances publiques, etc...) avant, le 2 août (6), de gémir : « [Hollande] ne parvient pas à dépasser les vieux réflexes keynesiens pour s’adapter à la réalité économique qui s’impose à lui » (Pierre-Antoine Delhommais).

C’est dans ce numéro du 2 août, que – sans doute désespéré que Le Point ne suffise pas à faire fléchir Hollande – Romain Gubert, dans un article intitulé « Au pays des Bisounours » s’en va piocher dans la presse étrangère pour nous démontrer qu’à propos de la « Hollandie » les analyses du Point sont unanimement partagées dans le monde entier…

.... Pourquoi diantre allez chercher si loin, monsieur Gubert, alors qu’à quelques rues de vous, un certain Laurent Joffrin du Nouvel Observateur ne dit pas autre chose !... N’avez-vous pas lu son édito du 24 mai ? On y lit ceci, qui devrait vous ravir : 

« Après les pitbulls de la Sarkozie, voici les Bisounours de la Hollandie (…) Le gouvernement veut faire les réformes populaires qu’il a annoncées. Au lieu de cela, il devra bientôt prendre des décisions dramatiques (…) Autrement dit, il faudra expliquer aux Français qu’ils seront tondus un peu plus pour sauver l’économie européenne ». Et de conclure : « Pour réussir, les Bisounours devront se changer en pitbulls ». 

Vous voyez, vous n’êtes pas seul sur le coup, M. Gubert ! Le Nouvel Observateur est avec vous ! Dès le début, qui plus est. Car le 10 mai, n’est-ce pas le même Joffrin qui écrivait : « Les tabous de la gauche doivent céder autant que les préjugés de droite » ? (7)

Express, Barbier
Le Point, Le Nouvel Observateur, et comme de bien entendu, L’Express ! Autre hebdomadaire qui depuis cent jours demande, via la plume de Christophe Barbier, à M. Hollande de ne pas appliquer son programme « socialiste ». 

Ainsi le 20 juin 2012 : « Il serait regrettable et dangereux, à la fois pour le pouvoir en place et pour le pays, que la gauche restât sur la simple exécution du programme présidentiel ». 

Mais encore le 11 juillet : « Il ne peut y avoir de ‘redressement dans la justice’, c’est une fable, c’est un oxymore. Si la gauche veut redresser le pays (…) il lui faut être injuste ».
Mais injuste avec qui ?
Et Barbier d’énumérer : « avec des classes moyennes surfiscalisées », « avec des classes populaires moins consolées », « avec des chômeurs moins indemnisés », « des malades moins remboursés », « et, surtout, des jeunes moins aidés » ! 

Bref, Barbier, du haut de son écharpe, demande à Hollande d’être « impopulaire ». Tout comme...
... Pierre-Antoine Delhommais dans Le Point du 10 mai (« Soyez impopulaire, monsieur Hollande »). 

Ainsi donc, ils sont tous d’accord. Nos éditorialistes. Qu’ils soient du Point, du Nouvel Observateur ou de l’Express. Cent jours à l’unisson. Non, Hollande ne peut pas appliquer son programme « généreux ». Il doit le « renier »... Et pour faire quoi ?
... Eh bien là aussi, ils sont tous d’accord ! Pour faire du Schröder ! Ce que – au passage – comptait également faire Sarkozy lors de son second mandat... Ce qui veut dire ? Des jobs au rabais (les « mini-jobs »), réduction de l’indemnisation des chômeurs dans le temps, recul de l’âge de la retraite, baisse du coût du travail, réduction des prestations sociales et des acquis sociaux, réforme du code du travail (plus de flexibilité, donc plus de facilité pour licencier) chômage partiel en veux-tu, en voilà, et bien sûr, réduction drastique du nombre de fonctionnaires et révision de leurs grilles de salaires (lois Hartz)… C’est d’ailleurs, nous dit-on, ce que l’Allemagne attendrait de François Hollande (8). 

Charmant programme, n’est-ce pas ? Celui qui sied comme un gant au capitalisme financier. Au détriment des salariés, des laborieux, des travailleurs. Une capitulation, en d’autres termes. 

Voilà l’abomination réclamée par nos éditorialistes ou contributeurs, quels qu’ils soient (et vous pouvez y ajouter Jacques Attali, Jean-Marie Colombani,  François Lenglet, Jean Peyrelevade , etc.) depuis cent jours. Sans discontinuer. Et de concert. 

Comme quoi, ça peut être intéressant, oui, de faire le bilan des Cent jours. Mais pas dans le sens qu’on croie. Le plus énorme, c’est que ces éditorialistes sont persuadés d’être dans le "vrai". 

Pour le comprendre, il suffit de lire Christophe Barbier, dans son pompeux édito du 20 juin : 

 « Moi éditorialiste, je serai attentif aux promesses tenues autant qu’aux raisons avancées pour l’abandon de toutes les autres, nombreuses à coup sûr, puisque le réel est sans pitié. Moi éditorialiste, je serai sans pitié pour le manquement à l’éthique ». 

« Le réel est sans pitié », l’éditorialiste est « sans pitié », donc l’éditorialiste c’est LA plume, le témoin du "réel". Ebouriffant non ? 
Ou grotesque, c’est selon.   

Sauf que non. Le réel, c’est nous. Nous le peuple. Nous, nous la vivons, la crise. Le dur. De Doux à PSA. Et nous demandons réparations. Et plus de justice.
Nous avons voté pour un (petit et bien chiche) projet (de gauche très molle). Et nous demandons à ce qu’il soit appliqué. A la lettre.
Nous, nous n’en avons rien à foutre de votre capitalisme financier. Il nous broie. Il nous détruit. Et c’est sans pitié, aussi, que contre lui, nous nous battrons. Quoi que vous écriviez. Cent jours ou cent mois de plus.


NB
: Et sur ce, tiens donc, Mélenchon a surgi pour la deuxième couche… Ici, disséquée.

PS : "... Oh, j'avais oublié de vous dire ..." comme dirait Le Point ! Cet article n'a pas été (comme c'est curieux) "accepté" par Le Plus du Nouvel Observateur. Bienvenue en normalitude ...

(1) Le Point n°2069 « Le Président (Un numéro historique) »

(2) Le Point n°2071 « Le cauchemar de Hollande (Ces promesses qu’il faut enterrer) »

(3) Le Point n°2075 « … Oh ! J’avais oublié de vous dire … »

(4) Appelé aussi en renfort par l’Express du 25 juillet (« Il repousse les réformes, il endort les Français… L’hypnotiseur ») : « On n’a pas compris qu’il n’y a de richesses que d’hommes au travail » écrit Christian Saint-Etienne. Ben voyons !

(5) Le Point n° 2077 : « On arrête avec les bêtises ? (Ce virage que le pouvoir prépare) »

(6) Le Point n°2081 : « La France danse sur un volcan »

(7) Cet édito de Joffrin est intitulé « Non, on ne rêve pas ». C’est à double-sens, bien sûr...
« Non, on ne rêve pas », dans le sens où : ne vous pincez pas, c’est vrai, c’est réel, la gauche est bien de retour à l’Elysée après trois échecs (1995, 2002, 2007).
Mais « Non, on ne rêve pas » signifiant aussi que nous ne sommes pas en 1981. Donc inutile de rêver à je ne sais quel Grand Soir, ou même changement de société. Cette gauche doit être « sérieuse ». Comprendre : un peu à droite. Comme Schröder, quoi…
(8) Lire l’interview de Hans Stark, secrétaire général du Comité d’études des relations franco-allemandes et chercheur à l’Ifri, dans l’Express du 25 juillet: « Les dirigeants allemands attendent un virage ».  A la Schröder, comme de bien sûr…. 


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