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« allo, l'impuissance publique du redressement ? »

Publié le 21 août 2012 par Despasperdus

En juillet dernier, pendant nos vacances, l'annonce de la fermeture de l'usine PSA à Aulnay a fait descendre le nouveau pouvoir de son confortable nuage rose et vert pâle.

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C'est à cette époque que le ministre du redressement productif a fait un coup de communication en réunissant les représentants des compagnies de téléphonie, Orange l'opérateur historique, SFR, Bouygues et Free.

Orange, SFR et Bouygues qui ne peuvent plus autant se gaver depuis l'arrivée d'un nouvel opérateur, se comportent comme des toxicomanes sevrés, prêts à toutes les forfaitures pour conserver leur dose.

Il est facile de comprendre qu'il est difficile de changer pour ces trois-là, qui s'entendent comme larrons en foire, après plus de 15 ans de profits colossaux pour le plus grand bonheur des actionnaires.

Aussi, furent-ils contraints de revoir leurs forfaits téléphoniques et internet après avoir vainement tenté de démontrer que le nouvel opérateur ne respectait pas certaines normes en termes de qualité ou de légalité.

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Du coup, la réunion entre Montebourg et ces compagnies fut une aubaine pour tous les participants. Un bon coup de communication dont tous les médias dominants se sont régalés, d'autant plus allégrement que les pubs desdites entreprises, fort nombreuses, représentent une manne financière importante pour ces médias très indépendants.

Le deal entre le gouvernement et ces entreprises serait le suivant : faire payer les consommateurs pour financer les centres d'appels (hotline) et leurs milliers d'emplois en France .

Connaissant le fonctionnement des hotlines et les minutes qui défilent par dizaines sans que le client n'ait commencé à exposer son problème technique, on mesure l'entourloupe même si au total, la somme ne s'élèverait qu'à quelques centimes d'euros par mois en la répartissant sur l'ensemble de la clientèle.

Au-delà de cette arnaque anecdotique et grossière au nom de l'emploi, ce dossier est riche d'enseignements :

1 : l'ouverture du marché de la téléphonie a permis durant près 20 ans à trois entreprises de se gaver avec des forfaits abscons aux tarifs élevés, afin d'enrichir impunément une poignée d'actionnaires au détriment des clients et des salariés.

2 : la privatisation de France télécom a été un désastre en termes d'emplois stables, de précarité sociale et de dégradation sans précédent des conditions de travail dans l'ensemble du secteur. De plus, en termes d'innovations techniques décisives, la contribution de ces acteurs est proche du néant.

3 : la loi Rocard-Quilès relative aux postes et télécommunications a représenté, dès le début des années 90, la phase expérimentale de ce qui va s'appeler la RGPP. Elle s'est ensuite généralisée dans les fonctions publiques d'Etat et hospitalière sous l'ère Sarkozy et se poursuit "normalement" sous Hollande.

4 : le démantèlement du service public des postes et télécommunications n'a pas représenté un progrès pour la société. Un bien public, un bien commun a été vendu à vil prix à quelques capitalistes en mal de nouveaux marchés. En 1990, au nom de la modernisation, il fallait séparer les deux secteurs d'activité, officiellement dans une logique industrielle, mais en fait pour préparer la privatisation... Et aujourd'hui, La Poste vend des forfaits téléphoniques, et la notion de service public est un lointain souvenir dans les deux entreprises issues du ministère des PTT.

5: le pouvoir politique est volontairement impuissant, incapable de défendre l'intérêt général face à des sociétés privées. Il est tout de même stupéfiant que des sociétés privées qui exploitent un domaine public exercent un tel chantage à l'emploi.

Cette gauche, dite socialiste et écologiste, s'est peu-à-peu laissée gangréner par l'idéologie libérale. En l'espèce, elle accrédite la thèse libérale que l'emploi est trop cher en France, alors qu'in fine, le surcoût qui sera payé par les consommateurs ne servira qu'à préserver le taux de profit de ces sociétés, et non l'emploi !

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Pourtant, l'Etat n'est pas un acteur démuni. Le droit accorde à la puissance publique des prérogatives exorbitantes du droit commun pour défendre et préserver l'intérêt général. Alors, l'intérêt général ne devrait-il pas commander à l'État d'imposer des conditions, dont certaines relatives à l'emploi aux exploitants privés du domaine public ?

Pourquoi donc la puissance publique n'impose-t-elle pas un cahier des charges qui interdirait toute délocalisation ? Si ces entreprises refusent, d'autres moins gourmandes seront sans doute prêtes à les remplacer.

Et puis, pourquoi faudrait-il laisser l'exploitation des télécommunications à des entreprises privées dont les intérêts qui les guident se sont révélés incompatibles avec l'intérêt général ?

Bref, pour l'heure, le nouveau pouvoir fait preuve de suivisme et d'immobilisme dans ce dossier pour le plus grand profil du capital.

Dis-moi camarade batave, le volontarisme de gauche, c'est maintenant ?

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