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Présidence de l'UMP : Jean-François Copé, vrai favori?

Publié le 27 août 2012 par Copeau @Contrepoints

Jean-François Copé vient de se déclarer officiellement candidat à la présidence de l'UMP, course dans laquelle il est opposé principalement à François Fillon. Favori des sondages, Fillon a-t-il vraiment déjà gagné ?

Par Mathieu Morateur.

Présidence de l'UMP : Jean-François Copé, vrai favori?

Jean-François Copé et François Fillon

Alors qu’il reste encore près de 3 mois de campagne, nombreux sont ceux qui estiment que le secrétaire général de l’UMP, qui vient de déclarer sa candidature à Chateaurenard, a trop joué au lièvre face à la tortue Fillon.

Des sondages peu représentatifs

Dans les sondages, l’écart semble effectivement insurmontable. François Fillon récolte entre 45 et 50 %, quels que soient les adversaires auxquels il est opposé. Jean-François Copé, lui, n’obtient jamais plus de la moitié des intentions de vote en faveur de son rival. Mais que valent réellement les études réalisées ? La première limite de ces consultations est la population interrogée. Les militants à jour de cotisation ne sont pas les sympathisants qui répondent aux enquêtes des sondeurs. Et si les exemples récents de compétitions électorales lors desquelles les seuls adhérents étaient conviés à se prononcer, les sondeurs ont donné le bon vainqueur (Royal en 2006, Panafieu pour la municipale de Paris en 2007 et Pécresse pour la régionale d’Ile de France en 2009), il s’agissait toujours de primaires. Le choix du candidat le mieux placé dans les sondages avait alors un sens : choisir celui qui fera gagner son camp. Dans le cas d’une élection à la tête d’un parti en revanche, la dichotomie sympathisants/adhérents retrouve son sens : les militants souhaitent avoir à leur tête l’un des leurs, c'est-à-dire un personnage dont le discours est plus marqué, plus clivant, et perçu comme plus proche dans ses préoccupations. C’est ainsi qu’en 2008, Bertrand Delanoë, pourtant favori des sondages mais assumant un positionnement de centre-gauche, a été très rapidement éliminé par les adhérents, laissant Ségolène Royal, dont les réseaux militants étaient alors à leur apogée, et Martine Aubry, qui pouvait compter sur l’appui des plus grandes fédérations du PS, en découdre pour devenir Première secrétaire. Laquelle l’avait emporté grâce justement à sa maitrise des opérations électorales, dirons-nous pudiquement. Ce qui sera là encore un enjeu fondamental puisque le scrutin sera organisé avec des bureaux de vote « papier »,  par circonscription, ce qui suppose une faible participation, et par conséquent une forte influence des militants les plus impliqués et des structures fédérales.

La quasi-certitude d’un duel

Au-delà des différences de raisonnement entre l’opinion et le corps électoral militant, la configuration proposée par les instituts aux sondés est très éloignée de l’offre électorale que les adhérents de l’UMP auront à disposition. En effet, les statuts exigent pour concourir de pouvoir réunir les fameux 8000 parrainages d’adhérents à jour de cotisation en juin 2012. Et, aujourd’hui, nous avons pu compter ceux de Copé dans 2 des plus grandes fédérations : les Bouches du Rhône et les Alpes-Maritimes, respectivement 4ème et 3ème contingents nationaux. Un peu plus de mille pour la fédération de Jean-Claude Gaudin, un peu moins pour Michèle Tabarot, député-maire du Cannet et ancienne présidente de la commission des affaires sociales à l’Assemblée. Des chiffres qui nous renseignent sur le potentiel de parrainages du candidat Copé : entre 13 000 et 18 000, pour celui qui est, de loin, le mieux placé pour cet exercice en sa qualité de patron « sortant » (et donc tous les fichiers à disposition ainsi qu’une immense majorité de l’appareil). Si François Fillon devrait également dépasser les 10 000 parrainages (bien qu’il n’atteigne pas les 200 dans les Bouches du Rhône par exemple), il serait extrêmement surprenant qu’une autre candidature surmonte ce premier obstacle.

La course aux soutiens

On l’a vu, dans ce type d’élection, les réseaux structurés ont une importance sans égale. En la matière, la théorie du retard accumulé par Copé ne tient pas. Car si Fillon a réussi à s’implanter dans les fédérations varoise et maralpine, il est laminé dans les Bouches du Rhône, où son comité de soutien est composé seulement d’un conseiller général et de deux maires de communes de moins de 10 000 habitants. Sur la 4ème fédération de France, qui compte 10 200 adhérents (7000 à Marseille), c’est très peu. La chance de l’ancien Premier ministre est que la lutte pour le leadership à Marseille fait rage et que les partisans de Guy Teissier, député, rival historique et déclaré de Gaudin à droite, trouvent une occasion de se compter dans ce match Copé-Fillon. Mais rien de moins sûr, car si Teissier veut garder une chance d’arracher la fédération à l’alliance des gaudiniste et anciens muselieristes (rangés derrière Bruno Gilles), il doit ménager l’alliance possible avec le député-maire de… Chateaurenard, pilier du club copéiste Génération France. La situation aux alentours de Nice (12000 adhérents, 3ème fédération) n’est pas beaucoup plus réjouissante puisque Eric Ciotti, le directeur de campagne de Fillon, n’a réussi à ramener dans l’escarcelle que le député-maire d’Antibes Jean Léonetti, laissant échapper l’autre député élu au premier tour des dernières législatives Lionnel Luca vers Copé et la très influente Michèle Tabarot. Reste à savoir lequel des deux prétendants aura le soutien du président de la fédération Christian Estrosi. L’annonce de sa candidature a le mérite d’annoncer que ce ralliement de poids ne se fera qu’à des conditions très élevée pour le motodidacte.  Quant au Var (7700 adhérents), si le vieux grognard gaulliste Jean-Pierre Giran est venu à la rescousse de l’ancien élu de la Sarthe, le « populaire » Philippe Vitel, vice-président du groupe UMP à l’Assemblée s’est lui positionné en faveur de Copé. Et le soutien du véritable patron du département, le sénateur-maire de Toulon Hubert Falco, se fait lui toujours attendre malgré son annonce répétée par les fillonistes. Un panorama sudiste qui ne serait pas complet si l’on oubliait le Gard (3500) et l’Hérault (4500), traumatisée par la percée FN en juin, qui se rangent en bonnes légitimistes derrière le sortant.

En Rhône-Alpes, Copé a tiré le gros lot avec les faveurs de la fédération lyonnaise (7400 adhérents). Fillon ne peut lui répondre qu’avec la Savoie d’Hervé Gaymard et Dominique Dord (trésorier actuel de l’UMP) qui ne compte que 1600 cartes. Wauquiez, en voisin auvergnat, aura fort à faire dans sa zone d’influence, et notamment pour convaincre la Haute-Savoie de Bernard Accoyer (2800 militants) et l’Isère qui lorgne vers Copé (3500), sachant que la Drôme d’Hervé Mariton est déjà acquise au maire de Meaux. La situation est encore pire dans le Nord, puisque Marc-Philippe Daubresse, leader des Humanistes et secrétaire général adjoint depuis 2010 aux côtés de Copé, est lui à la tête de 5700 adhérents sans aucun contrepoids. Heureusement, dans l’ouest, où l’influence de Raffarin la dispute à celle de Fillon himself, la fédération prépondérante est la Loire-Atlantique(4200), qui penche du côté de l’ancien président de la région Pays de la Loire, et même la Charente-Maritime de Dominique Bussereau échappe au sénateur de la Vienne dans son propre fief.

Mais la bataille la plus féroce se joue en Ile de France, où l’influence de Valérie Pécresse et le nouveau statut de député de Paris de l’ancien maire de Sablé sur Sarthe se veulent déterminante. Paris, de loin la plus grande fédération avec 22 000 cartes, est le théâtre d’un affrontement violent que l’arrivée de l’ancien Premier ministre n’a fait que raviver. Si Philippe Goujon, le président de la fédération, et Jean-François Lamour, le président du groupe au conseil municipal, sont des soutiens de Fillon, au même titre que Bernard Debré et la famille Tiberi, leur leadership est fortement remis en cause, comme le montre le résultat des sénatoriales 2011 avec l’élection de Pierre Charon. Et Copé peut compter sur le cacique Claude Goasguen et les vindicatifs Charles Beigbeder et Rachida Dati.

Dans la deuxième fédération de France, les Hauts de Seine (14 800), la pasquasie-sarkozie se déchire, et ses soubresauts alimentent régulièrement la chronique nationale. Coté Copé : le secrétaire départemental et sénateur Karoutchi, ainsi que Balkany, Kossowski et Juvin. Coté Fillon, le président du Conseil Général Patrick Devedjian. Là aussi, c’est le différent pour le contrôle du Conseil Général le plus riche de France qui fait le clivage.

Mais là où Fillon peut compter sur la 3ème fédération de la région (9000), les Yvelines de Pécresse et Larcher, Copé réussi un quasi Grand Chelem par ailleurs : son fief de la Seine et Marne (5800), l’Essonne (4300) de Georges Tron (en attendant le ralliement de NKM ?), la Seine-Saint-Denis d’Eric Raoult (3000), la Val de Marne (5400) dont la figure historique Michel Herbillon est un fervent soutien, et le Val d’Oise (4100) devrait lui revenir puisque Axel Poniatowski a fait le choix de suivre Luc Chatel, Michèle Tabarot et Hervé Mariton au sein de la « La Droite Moderne ».

Car là où Copé distance très largement Fillon, c’est qu’il porte l’idée de l’instauration des courants au sein de l’UMP. Séduisant pour ceux qui porte des motions marquées idéologiquement, et qui se retrouvent (paradoxalement) tous derrière le Secrétaire général. Dans les sondages comme en nombre de parlementaires s’en réclamant, ce sont les motions de la Droite Moderne de Chatel  (ex-Réformateurs de Novelli) et les Humanistes de Raffarin-Daubresse qui devancent la Droite Populaire de Thierry Mariani et Lionnel Luca, la Droite Forte de Guillaume Peltier venant s’intercaler dans les sondages mais marginale au sein des élus, la motion gaulliste de Karoutchi étant elle dernière dans les enquêtes sans que l’on connaisse exactement combien de figures pourraient s’y rattacher.

Un storytelling mieux rodé pour Copé

Mais bien entendu les fédérations ne peuvent voter comme un seul homme sur la foi du positionnement de leur patron comme au temps des congrès SFIO. Il est donc essentiel, en plus du travail de boutiquier, de se positionner dans le discours médiatique, la presse ne manquant pas de s’intéresser à ce duel fratricide au cours de la campagne, surtout lorsque le gouvernement est aussi remarquable d’inertie. Et François Fillon a sur ce terrain très mal profité de son temps de jeu sans adversaire. Loin de démontrer qu’il était un homme de droite qui s’assume, il n’a que battu sa coulpe sur son attaque contre le « Ni-Ni » en 2011. Entonnant à volonté le refrain de l’homme d’Etat et de sa stature de présidentiable, il est apparu trop tourné vers 2017 et son destin personnel. Attitude qui plait à l’opinion de droite, qui voit en lui l’unique chance d’éviter un deuxième mandat Hollande, mais qui fait grincer des dents les adhérents, sevrés de mandats locaux et pour qui l’échéance est 2014. Un agenda que Copé a parfaitement intégré, y voyant l’occasion de devenir le héros de la « reconquête », le maitre mot des militants sur le terrain. Et de jouer sur sa qualité de maire de Meaux, « pas vraiment un territoire de droite » se plait-il à répéter. Face au déserteur Fillon, qui a laché une Sarthe qui bascule à gauche pour une circonscription de « Saint-Germain des Prés » dixit Copé, acquise à la droite. Voilà comment l’élu de la banlieue parisienne devient le porte étendard de la province, et même du « pays réel » pourrait-on même dire. Et pour ceux que la fameuse stature présidentielle de Fillon pourrait faire douter, Copé brandit l’argument de la primaire, idée qu’il a réussi à imposer. Ceci avant d’enchainer sur un discours très sarkozyste, reprenant la posture et le vocabulaire de la droite « décomplexée ». Très préparé, « JFC », loin d’accuser un retard rédhibitoire, est plutôt le véritable favori de la course à la présidence de l’UMP alors même que sa campagne ne fait que commencer.


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