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Décroissance paradoxale ?

Par Alainlasverne @AlainLasverne

 

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es discours médiatiques défendent le pouvoir et les classes dominantes. Les politiques reconduisent le système mass-médiatique, les hommes de médias soumis, le pouvoir médiatique enchaîné.

Comme frères et sœurs, ils sont liés par le fait que le politique nomme, entre autres, le directeur des chaînes publiques télévisuelles et que les télévisions privées sont toutes sans exception la propriété de grands groupes financiaro-industriels.

Lesquels dictent, via leurs représentants à l'Assemblée, les instance du Medef et l'appui sophistiqué des connivences au sein de la très grande bourgeoisie à laquelle appartiennent et les politiques, pour la plupart, et les grands patrons, la politique à mener comme la propagande des animateurs de « débat public ».

Les politiques et les médias voient en la décroissance l'ennemi. Il faut croître, sinon c'est revenir à la carriole et la masure, au lavoir et à la cheminée. C'est se faire confisquer des points de PIB par l'Allemagne, c'est perdre en compétitivité et en productivité. En gros, de gauche à droite on clame un des slogans qui fit la réputation de l'ex-président des USA, Georges Walker Bush : « notre mode de vie n'est pas négociable ». Sauf qu'il s'agit de voir dans quelle mesure ce « nôtre » est oecuménique.

L'INSEE se garde bien de clamer que cette baisse n'est pas identique suivant le niveau social. Si les classes les plus aisées enregistrent au contraire une hausse de consommation, particulièrement des produits de luxe – Hermès voit ses ventes croitre de 21,9% au premier semestre 2012 ; chez Pinault-Printemps la Redoutet, Yves Saint Laurent est en hausse de 46,4 % et les autres marques de luxe de + 70,9 % par rapport à 2011 -, les pauvres sont tous, dans la vraie vie, décroissants.

Il n'est pas besoin d'être sorti de l'ENA pour constater que la consommation décroit de fait dans les classes pauvres et moyennes. Vacances, voitures, logement, loisirs, achats divers, tout y passe. Même les hypers enregistrent une baisse des ventes, comme l'a dernièrement signalé Carrefour, bon prétexte pour comprimer le personnel et la masse salariale. Deux tiers des français ont changé d'ère sans le savoir.

Paradoxalement, une décroissance raisonnée peut-être un bon moyen pour eux de consommer plus. Il suffit de penser par exemple à une boulangerie. A t-on besoin de tous les sortes de pains aujourd'ui proposés sur les rayons ? Verrions-nous notre vie changer si notre boulanger proposait un même pain de base, voire une ou deux variété supplémentaire ? Oui, la production liée aux économies sur la variété pourrait faire baisser les prix et nous pourrions nous payer quelques pâtisseries, voire un gâteau entier, chose que la plupart des français aux revenus faibles ou moyens ne peuvent plus faire.

Verrait-on une grande restriction dans le fait que les constructeurs auto ne proposent plus qu'un modèle ou deux par gamme, quitte à multiplier les couleurs ou autres ? Ce sont deux ou trois modèles, économiques,qui sont les plus vendus, et de loin, aux rayons occasion comme dans ceux du neuf. Là encore, les économies pour les constructeurs, en termes d production de véhicules et de pièces détachées seraient considérables et aptes à faire baisser les prix de vente, pour peu que les politiques mettent en œuvre les mécanismes législatifs visant à redistribuer. Même déclinaison potentielle dans la plupart des domaines de la consommation souffrant de surproduction et de consommation en baisse, pour cause de différentiels de prix et d'offres structurellement en faveur des classes aisées.

Accessoirement, remplir moins les rayons des hypers, serait diminuer voire éliminer les méventes entrerait, à mon sens, dans l'esprit d'une décroissance paradoxale. En fin de journée, un hyper envoie en moyenne, trente pour cent de ses produits à la benne. Comment ne pas accepter de produire moins, à moindre prix, pour nourrir plus un plus grand nombre de gens ?

Au plan culturel, ce serait, par exemple décourager ou supprimer tous ces packeging plastifiés couteux qui accompagnent le lancement-inondation du dernier best-seller espéré tout en réduisant à néant la visibilité du reste des livres, avec une taxation particulière dont les bénéfices iraient aux auteurs en difficultés financières et aux petits éditeurs.

Ce pourrait être également un livre grand et moyen format « de base ». Bichromie, pas d'illustration, pas de quatrième de couverture. Ce livre serait vendu à un prix minimal qui permettrait aux classes populaires de se cultiver pour moins cher.

La déploration sur le rejet de la Culture par les masses – sous-entendu analphabètes focalisés par l'image – fait florès. On oublie trop souvent que le livre est cher, mis à part les collections type Librio, mais qui ne proposent que des textes courts ou anciens. Le livre mordrait sur les recyclages permanents de titres et auteurs célèbres et éliminerait des collections identiques ou presque, à part la photo de couverture et qui ne servent qu'à vendre trop cher ce qui est dans le domaine public ou quasiment, encombre les rayons et noie les nouveautés ou les livres exigeants.

Le livre électronique peut être aussi un moyen important pour une décroissance paradoxale. Il offre, potentiellement un livre à un coût diminué des deux tiers environ, puisque le support physique, l'impression et les coûts de distribution du livre papier ont disparu. Moyennant quelques conditions.

Des liseuses réellement performantes, c'est-à-dire offrant un confort de lecture supérieur à ce qui se fait aujourd'hui et donc supérieur à la lisibilité sur ordinateur qui fatigue les yeux à terme, alors que le livre papier ne fatigue que les lecteurs vraiment boulimiques.

Une harmonisation des standards sur les matériels et sur les formats de livres.

Un prix du livre électronique façon « loi Lang ».

Une réglementation concernant les produits « dérivés » fonctionnant avec les liseuses. Contraintes éventuelles liées à l'acquisition des liseuses – pub annexées, achats forcées de tel ou tel livre avec la liseuse, etc.

Des prix conçus dans la même visée que le livre de base (cf supra) et qui ne reflètent pas une volonté trop souvent hégémonique de tondre l'acquéreur en reconduisant le même modèle économique qui rend le livre rare à l'achat parce que globalement trop cher pour les français les moins aisés et qui méconnaît le rôle central de l'auteur. Ainsi les nouveautés trouveraient plus de lecteurs, donc une meilleure durée, ce qui générerait moins de retour, moins de pilon, plus de satisfaction. Avec un certains nombre d'hectares de forêts préservées. Et des rayons électroniques moins encombrés si l'on trouve moyen là aussi d'encourager la qualité et de décourager le matraquage et le packaging électronique.

La décroissance paradoxale, dans le domaine de la culture comme ailleurs, pourrait permettre finalement à la majorité des consommateurs de consommer plus tout en salivant moins devant des produits inaccessibles, jetés en fin de la journée, ou réservés à une clientèle qui grossit un PIB élitiste, reflet d'une société française en deuil des valeurs républicaines. Ce n'est sans doute pas une idée qui fera dévier le bulldozer PIB demain, mais le terrain ou persiste celui-ci est de plus en plus boueux et les pilotes de plus en plus nerveux.


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