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Saint Augustin, la force et l’impatience du converti

Publié le 28 août 2012 par Tchekfou @Vivien_hoch

À la croisée des mondes, impliqué dans la chute de l’Empire Romain et la dénonciation des hérésies, mais solidement campé dans le Deus intimo meo,  Saint Augustin est un immense saint, et c’est de lui que doit se revendiquer tout chrétien zélé. Moine, pontife, orateur, écrivain, philosophe, théologien, interprète de la Sainte Écriture, homme de prière et homme de zèle, il est une des figures les plus complètes que l’on puisse imaginer. Un chrétien complet, maniant la plume comme une épée et l’épée comme une plume, il est tout entier tendu vers le Royaume éternel en y faisant tendre tout ceux qui l’approchent.

Saint Augustin, itinerarium, converti, forceSaint Augustin, ce sont Les Confessions ,  La Cité de Dieu, 113 traités sur tous les domaines, quelque 218 lettres (correspondances avec des évêques, laïcs, ministres, empereurs), près de 500 sermons et petits traités de théologie morale Sur le mensonge, Sur le jeûn, Sur le culte des morts, etc, ainsi que d’innombrables commentaires des Écritures (on a retrouvé des traces de commentaires de 42 816 versets).

Saint Augustin est un converti. Il est soudainement frappé par la grâce dans un jardin de Milan, alors qu’il explique à un de ses élèves la lutte intérieure qui le déchire. C’est la force du converti, et la componction de ses anciens péchés qui le poussèrent dans cette vie incroyable, dont les ramifications touchent encore notre monde au plus profond.

Saint Augustin philosophe

Nul n’a encore fait le tour complet d’un tel homme et d’une telle oeuvre. La phénoménologie contemporaine a trouvé en lui un maître et un guide, bien qu’elle ne soit pas théologique par principe. De Husserl, qui finit ses grandes Méditations cartésiennes avec le “Noli foras ire, in te redi : in interiore homine habitat veritas“ à Heidegger et Bergson, qui voyaient dans le temps augustinien une manière phénoménologique de penser le temps, et récemment, Jean-Luc Marion qui interprète brillamment les confessio augustienne comme une adresse à Dieu qui déplace l’ego de sa posture terriblement mondaine et régionale (Au lieu de soi, PUF, 2008).

Saint Augustin un intégriste ?

C’est un Saint Augustin qu’il nous faut aujourd’hui, pour réveiller des fidèles un peu trop “ouverts” sur le monde et trop peu sur une saine et sainte obéissance à l’enseignement multiséculaire de l’Eglise catholique. Qu’à la lecture d’une telle oeuvre, les catholiques de ce temps puissent comprendre le zèle qui enflamme certains de leurs jeunes frères, et la blessure immense qu’ils ressentent lorsqu’on critique cette sainte doctrine dont saint Augustin lui-même a pris une immense part.

Pourchassant l’hérésie de toute ses forces (notamment les donatistes et les Manichéens), vitupérant violemment contre l’amoralisme de l’Empire romain et leur fausse religion, saint Augustin débordant de zèle pour la sainte doctrine ferait très peur à nos contemporains. Saint Augustin un intégriste ? Non, un homme intègre. Qu’ils entendent la parole du Père et Docteur :

Si le faible esprit de l’homme, au lieu de résister à l’évidence de la vérité, voulait se soumettre aux enseignements de la saine doctrine, comme un malade aux soins du médecin, jusqu’à ce qu’il obtînt de Dieu par sa foi et sa piété la grâce nécessaire pour se guérir, ceux qui ont des idées justes et qui savent les exprimer convenablement n’auraient pas besoin d’un long discours pour réfuter l’erreur. Mais comme l’infirmité dont nous parlons est aujourd’hui plus grande que jamais, à ce point que l’on voit des insensés s’attacher aux mouvements déréglés de leur esprit comme à la raison et à la vérité même, tantôt par l’effet d’un aveuglement qui leur dérobe la lumière, tantôt par suite d’une opiniâtreté qui la leur fait repousser, on est souvent obligé, après leur avoir déduit ses raisons autant qu’un homme le doit attendre de son semblable , de s’étendre beaucoup sur des choses très-claires, non pour les montrer à ceux qui les regardent, mais pour les faire toucher à ceux qui ferment les yeux de peur de les voir. Et cependant, si on se croyait tenu de répondre toujours aux réponses qu’on reçoit, quand finiraient les discussions ? (Cité de Dieu, II)

 Saint Augustin, la force et l’impatience du converti

Voir :

- Vivien Hoch, Le ”Christ des païens” chez saint Augustin : commentaire du De consensu Evangelistarum (Université thomiste)

- les Oeuvres complètes de saint Augustin en ligne


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