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Réflexion sur la croisade (2)

Publié le 29 août 2012 par Feuilly

Que dire encore, sur cette croisade contre les Albigeois ? Tout simplement qu’il n’y a jamais rien de neuf sous le  soleil et que l’histoire récente ne fait que refléter cette époque lointaine. Nous avions une terre libre, où les hommes vivaient comme ils avaient envie, avec leur culture et leurs croyances. Puis un envahisseur étranger est arrivé avec une armée finalement peu nombreuse et est parvenu, non seulement à annexer cette terre, mais en plus à éradiquer ses croyances. Il a suffi pour cela de remporter l’une ou l’autre victoire (Carcassonne), de se monter sanguinaire en faisant régner la terreur (Béziers), puis d’éliminer les anciens dirigeants pour les remplacer par d’autres (à Carcassonne, Simon de Montfort remplace Raimond Trencavel fort opportunément décédé en captivité). Ensuite, on profite des dissensions entre les habitants (Narbonne qui propose son aide pour attaquer Minerve) pour s’imposer partout et asseoir son autorité. Quand les forces militaires sur place ne suffisent pas, on demande du renfort (armées de Louis VIII ou de Louis IX) et enfin, par un travail de longue haleine, on détruit toute idée subversive dans la tête des gens (l’Inquisition, qui œuvra efficacement sur place pendant quasi un siècle).

Prenons maintenant la guerre contre l’Irak, un grand pays qui vivait librement comme il avait envie de vivre, avec ses coutumes et ses croyances. Après une première opération militaire qui n’a pas osé aller jusqu’au bout, on met sur pied une deuxième coalition. On bombarde aveuglément, on détruit pour détruire (et pour terroriser), on destitue les chefs en place (Saddam Hussein) , on les élimine (condamnation à mort) et on les remplace par un gouvernement fantoche à notre solde. Ensuite, on se sert des dissensions entre les différentes races et les différentes religions. Ainsi, on privilégie les Kurdes, qui avaient toujours été malmenés par l’ancien régime (mais on continue à mépriser les Kurdes qui vivent chez nos amis Turcs, lesquels peuvent les massacrer sans que cela ne nous émeuve) et on finit si bien par dresser les sunnites contre les chiites qu’il ne se passe pas un jour sans qu’il n’y ait un attentat. Evidemment, la culture en place doit être détruite et les bombardements n’ont pas épargné les sites archéologiques. Quant aux musées de Bagdad, on ne les a pas protégés et on les a laissé piller. Pour terminer, il suffit de laisser un contingent armé sur place, pour s’assurer la mainmise sur les richesses du pays et imposer notre manière de voir les choses.

On pourrait tenir le même raisonnement pour la Lybie. Voilà un pays indépendant, avec une vision politique du monde assez différente de la nôtre (les richesses du pays profitent à l’ensemble des habitants) et qu’il s’agit d’éradiquer pour imposer notre point-de-vue (la démocratie à l’Occidentale, comprenez la libre circulation des biens et des richesses). On forme une coalition (chacun veut y participer pour avoir ensuite sa part du gâteau, comme les croisés l’avaient fait au XII° siècle), on se sert des dissensions internes (on soutient et on arme quelques habitants de Benghazi) et on bombarde aveuglément (Sirte, Misrata) afin de terroriser et de pousser les cadres de l’ancien régime à changer de camp (comme le comte de Toulouse, qui a rejoint les croisés). Enfin on destitue et on élimine le dirigeant (Kadhafi mourra même plus vite que le comte Trencavel puisqu’il n’atteindra même pas la prison qu’on lui destinait) pour le remplacer par un gouvernement fantoche à notre solde. Après avoir pris soin de s’emparer des principales richesses (90% des bénéfices provenant des puits de pétrole tombent maintenant dans l’escarcelle des multinationales occidentales, contre 10% autrefois), on laisse les Libyens régler leurs comptes entre eux. Et si des fondamentalistes musulmans détruisent des mausolées ou de vieux manuscrits, on ne va pas s’en plaindre puisqu’il s’agit de détruire une culture pour imposer la nôtre.

Quant à la Syrie, j’en parlerai une autre fois, mais on retrouve les mêmes éléments : coalition étrangère, soutien massif à une soi-disant opposition, désir d’abattre un régime qui ne nous est pas favorable, etc.

Quand je disais qu’il n’y a jamais rien de nouveau sous le soleil, qu’il soit du Languedoc ou d’ailleurs.

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Bombardement de Bagdad par les Etats-Unis, mars 2003


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