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La morale pour les nuls

Publié le 03 septembre 2012 par Tchekfou @Vivien_hoch

La morale pour les nulsContexte

Le point sur la morale se trouve dans la troisième partie du CEC, après le Credo et les Sacrements, dans la partie “‘la Vie dans le Christ”. Cette “vie dans l’Esprit” traite du quotidien de l’humanité, en commençant par la personne humaine (” La vocation de l’homme : la vie dans l’Esprit / la dignité de la personne humaine”). On notera que l’individu passe avant son insertion dans la communauté humaine (Chap 2).

Liberté et ordonnancement

Le préalable à la morale en est la définition de la liberté : est-elle choix de faire ce que l’on veut dans les limites d’un “vivre ensemble”, ou bien la possibilité de faire ou non le “bien” ou le “mal” ? Dans le premier cas, on comprend vite que “l’enfer c’est les autres”, puisqu’ils sont la seule limite à une liberté en open-bar. Sur ce point, le CEC est clair, et affirme l’ordonnancement de la liberté à Dieu (CEC 17431 à 1733).

Ordonnancement à la charité

Comme point focal de cette liberté, on rappellera plus bas les dix commandements (“récite les 10 commandements”, piège facile pour tout curé), règle de l’Ancienne Alliance, mais surtout Le Commandement, qui leur est identique et qui achève la Nouvelle Alliance : “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta pensée; c’est là le premier et le plus grand commandement. Et le second est semblable au premier : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. ” (Mt 22, 37-38).

Sur ce point, une divergence pourrait très vite apparaître avec la “morale” laïque, dans la mesure où l’ordonnancement de cette morale pourrait rapidement devenir un alignement sur des positions du Mos Majorum, d’une loi juridique votée à 50%+1, et dont la finalité divine pourrait être facilement mise en cause.

En écho également avec un sujet en vogue, cette charité se dégrade vite, dans la perspective laïque, avec une fraternité dont on comprend mal la portée en dehors de ce Dieu infiniment aimant, si ce n’est qu’elle le remplace par une notion de peuple, de règne du socius aléatoire. Cette idée reste cependant à la mode, même au sein de chrétiens, qui doivent sans doute mettre la charité au vestiaire dès la porte de la maison franchie et sentent un peu démunis au dehors.

La moralité des actes

La morale chrétienne se base sur trois “méta-”règles (CEC 1750) :

La moralité des actes humains dépend :
– de l’objet choisi ;
– de la fin visée ou l’intention ;
– des circonstances de l’action.

Concrètement :

– de l’objet choisi : voler un œuf est moins grave que voler un bœuf,
– de la fin visée ou l’intention : voler un œuf pour se nourrir est moins grave que pour s’en enrichir
– des circonstances de l’action : enfin, un kleptomane patenté commet un acte moralement moins grave qu’un primo-voleur, dont la volonté a dû être forcée pour ce premier méfait.

Liberté des enfants de Dieu

Dans cette perspective chrétienne, au-delà des Dix Commandements et de quelques points “lourds” de respect mutuels, la morale devient très vite affaire de conscience personnelle (CEC 1777), cette conscience qui nous aide à agir et à décider à chaque instant, en fonction de notre histoire, de notre formation, des nos lacunes et de nos capacités, toujours dans l’ordonnancement de la charité envers Dieu et son prochain (le Grand Commandement).

Cette personnalisation ne signifie pas une limitation à la sphère privée, mais bien la dépendance de la personne dans son ensemble quant à la moralité d’un acte (contexte, histoire de chacun). D’où le “ne pas juger”. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’un acte ne puisse pas être profondément immoral en soi, notamment dans le cas devenu malheureusement banal de l’absence totale d’éducation de la conscience, de matière grave, de scandale etc… D’où en fait le plus précis “ne pas juger les personnes, mais juger les actes”, précepte que, d’expérience, je vois bien plus souvent appliqué dans le monde anglo-saxon qu’en France, qui ne fait que rarement le distinguo.

Comme parfait exemple de la primauté de la conscience sur la lettre, on se souviendra du jeune homme riche qui, suivant scrupuleusement les Commandements, n’en éprouvait pas moins une insatisfaction claire : sa conscience le titillait, mais il fallait encore aller jusqu’à l’acte d’abandon.

Conscience et péché

Cette conscience, bien évidemment, ne sort pas de nulle part : consciente d’elle-même et de ses limites, seule limite à la volonté de Dieu en nous, elle reconnaît non seulement son incapacité à être pleinement (la limitation à ce point est une dérive classique y compris dans l’Église), mais aussi sa volonté malsaine, d’indépendance et de domination , qui est la marque du péché originel (“vous serez comme des dieux”). Cette conscience doit donc se former, par elle-même (l’examen de conscience) et par ce à quoi elle est ordonnée, Dieu et Sa Parole (CEC 1783 à 1785), par l’Église et, parfois, par le prochain lui-même.

Morale et Vivre Ensemble

On l’a vu, la morale est affaire de conscience éduquée. Elle induit évidemment au quotidien des comportements publics. Et ces choix, que le veuille Mr Peillon ou non, deviennent des choix publics, agissant dans le “vivre ensemble” communautaire. La “morale personnelle” chrétienne ne peut donc pas rester une affaire privée s’arrêtant à chaque pas de porte, elle déborde largement le champ de chacun pour s’ouvrir au monde, s’y insérer et prendre en compte dans les actes quotidiens.

Morale et casuistique

Dans l’enseignement du Christ, on ne retient au final qu’une seul règle, celle du Grand Commandement. La femme adultère et la guérison le jour du sabbat montrent bien cette volonté “réordonnée”, libre des règles et des comportements, guidée par le seule souci d’une charité vraie. Le reste compte peu.

Poussant la logique, et à l’aménagement social près, on peut se dire que l’inflation des règles explicites de morale et de “vivre ensemble” correspond en effet miroir à un abandon de la relation entre la conscience et son “ordonnancé”, entre la conscience et la vie divine, voire à la notion même de conscience individuelle. A l’opposé du délire législatif se trouve le travail de fond,  celui de la responsabilisation et de l’éducation des consciences dans la lumière de l’amour de Dieu…

 That’s All For Tonight Folks !

Les Dix Commandements
1- Tu n’auras pas d’autres dieux que moi. Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces images, pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ; mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur garde ma fidélité jusqu’à la millième génération.

2- Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque son nom pour le mal.

3-Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui réside dans ta ville. Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a consacré.

4- Honore ton père et ta mère, afin d’avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu.

5- Tu ne commettras pas de meurtre.

6- Tu ne commettras pas d’adultère.

7- Tu ne commettras pas de vol.

8- Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.


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