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L'oreille interne, de Robert Silverberg

Publié le 17 mars 2008 par Alex The Ghit

loreilleinterneAdolescent, vous avez peut-être rêvé, comme moi, de posséder des super pouvoirs, d’être un être supérieur qui se servirait de ses dons pour faire le bien ou le mal (en fonction de votre humeur). Et la télépathie était peut-être dans le top ten de vos pouvoirs préférés.

Mais vous êtes-vous déjà demandé quel être humain vous seriez devenu si vous aviez vraiment un tel don ? Serait-ce aussi génial que ça en a l’air, de savoir tout ce que pensent les gens, y compris de vous-même ? C’est ce qu’a fait Robert Silverberg avec l’Oreille Interne.

David Selig est un juif New-Yorkais d’une quarantaine d’années qui possède un don, une malédiction, qu’il n’a avoué qu’à trois ou quatre personnes dans toute sa vie : il peut lire les pensées des gens à volonté.

Bien loin de considérer ce talent comme quelque chose de positif, c’est pour lui un fardeau qu’il traîne depuis son enfance, et qui fait de lui un paria. Obligé en permanence de se cacher, de dissimuler son don, il se considère comme un monstre inhumain, une sangsue mentale, tout juste bon à parasiter l’esprit des personnes qui l’entourent. Et le mépris qu’il a pour son pouvoir est paradoxal, car il ressent un plaisir proche de l’orgasme chaque fois qu’il s’en sert.

Mais depuis peu, et à l’approche de la quarantaine, ce terrible pouvoir est en train de le quitter, ce qui oblige Selig, à la fois soulagé et déçu, à fait un point sur sa vie gâchée…

Ce roman, atypique, est un exemple troublant d’introspection sur fond de regret. Est-ce qu’être différent des autres fait de vous un surhomme, ou tout simplement un paria ? La question est très intéressante, à tel point que Robert Silverberg n’y répond pas, il ne fait qu’exposer différents points de vue. Ainsi, si le roman tourne autour du personnage de Selig et de son incapacité à créer des liens avec les êtres humains qui l’entourent, on rencontre aussi d’autres personnages comme Nyquist, autre télépathe qui vit son don à l’opposée du héros, et qui en use et en abuse sans gène. Deux hommes, deux caractères, deux points de vue. On ne sait pas trop si c’est le pouvoir qui a façonné la vie de Selig, comme il se plaît à le dire, ou s’il aurait de toute façon fini comme ça, que le pouvoir soit présent ou non.

La perte de ce don est d’ailleurs prétexte à un bilan sur sa vie, et sur les années 70 (l’histoire se déroule vers la fin de ces années agitées). Par son incapacité à s’intégrer à l’humanité, Selig devient un témoin idéal de ces années de révolution, car non impliqué dans l’Histoire (avec un grand « H »).

Ce roman est donc très particulier, avec une ambiance mélancolique au possible, et l’introspection permanente du personnage principal. Il ne s’y passe rien, ou pas grand chose. La vie de Selig est un gâchis, et il assiste impuissant à la fuite de son don. Pourtant, on s’accroche à ce récit comme on regarde un film catastrophe. On sait que ça va mal finir, on espère que les choses s’arrangent mais on n’y croit pas vraiment. Et pour ça, le roman ne déçoit pas.

A ne pas conseiller à des lecteurs dépressifs, et à ne pas lire si on ne jure que par l’action. Avec ces deux conseils en tête, on peut aborder ce roman avec tout le plaisir qu’il mérite.

Note : 

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