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DEB | La promesse, non tenue de Chaban-Delams à Jacques Fornier

Publié le 25 septembre 2012 par Dominique-Emmanuel Blanchard @DEBEMMANUEL

Jacques Fornier et le rêve de la décentralisation

de 1953 à 1971

par Colette Godard

Extraits d’un livre inachevé de Colette Godard fondé sur des entretiens avec Jacques Fornier

Dans l’idée d’Emile Biasini et de Jacques Fornier, il s’agit de fonder à Bordeaux un supercentre-dramatique, dont le rayonnement s’étendrait au département, à la région, à la France entière y compris sa capitale, et au delà des frontières: une “para-maison de la culture”. Tout semble devoir s’enchaîner parfaitement:

« - Mon premier rendez-vous avec Chaban-Delmas a eu lieu à Paris, à l’Assemblée Nationale, il en était président. Je lui présente un projet sur trois ans, il écoute, s’intéresse, en accepte le financement. Les grands politiques m’étonneront toujours.

« Il me fixe rendez-vous à Bordeaux, m’envoie son chauffeur dans sa voiture blindée parce que, à l’époque, il était condamné à mort par l’OAS. Nous déjeunons, il me dit : “Visitez Bordeaux, prenez votre temps, voyez tous les lieux possibles, et venez m’en parler”.

« Effectivement, je parcours la ville, et je tombe en arrêt devant l’Eldorado, un ancien caf’conc transformé en cinéma, à ret

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aper mais une merveille, avec une salle de mille cinq cents places. Je me renseigne, j’annonce le prix, Chaban me dit “d’accord, j’achète”. Et me demande de revenir huit ou quinze jours plus tard.

 « Je reviens avec l’administrateur et le secrétaire général du TB. Nous avions commencé à préciser le projet, j’envoie les notes de frais, pas de problème, Chaban nous donne rendez-vous.

« Il me demande de venir la veille pour me faire connaître les personnalités culturelles et artistiques de la ville.

« Il me reçoit, fait entrer l’un après l’autre des gens que je ne connaissais pas du tout. Pas n’importe qui, le directeur de l’Opéra, des gens comme ça. Je me tenais derrière Chaban, à son bureau. Il me présentait en disant à chacun “mon cher ami, voici Jacques Fornier, c’est lui qui va diriger l’ensemble culturel de la ville, vous êtes à sa disposition à partir du jour où il sera nommé officiellement...

« La gueule des autres! Vraiment, c’était comme si j’étais le bon dieu! Jamais il ne m’avait parlé de ça. J’étais abasourdi, je les voyais l’un après l’autre marmonner “Oui monsieur le Président, bien entendu monsieur le Président, quand monsieur Fornier voudra” et puis ils n’en pensaient pas moins. L’ambiance était de plus en plus tendue. Le cauchemar a duré toute la journée, de dix à dix-huit heures, je ne savais pas comment m’en sortir. Je n’étais pas l’intime de Chaban, je ne pouvais pas lui dire d’arrêter, qu’on courait à la catastrophe... A la fin, épuisé, j’ai bredouillé “on va voir, on verra, on va établir l’inventaire de tout ce qu’il y a à faire”...

« A la fin de la soirée, lui, il était content! Il m’a dit “voyez, vous êtes le patron”. Quinze jours après, il m’envoie une lettre “vous savez, finalement, ce n’est pas possible”... Un maire comme celui-là, on ne doit pas en rencontrer souvent. À Bordeaux, il y avait certainement beaucoup à inventer, à réaliser. Et puis bon, ça s’est arrêté là. Je ne dis pas que j’étais soulagé, mais franchement, la conclusion de l’affaire ne me déplaisait pas. Je sentais que nous devions passer à autre chose. Nous n’étions pas en perte de vitesse, mais personnellement, je commençais à me répéter. »

 NB : Je ne suis pas certain que l'Eldorado évoqué dans ce texte soit Le théâtre Français. Mais c'est ce qui m'a semblé le plus plausible. Si vous voyez mieux, dites-moi.

Pour accéder au texte sur le net


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