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Anne Hidalgo, historienne de comptoir

Publié le 25 septembre 2012 par Tchekfou @Vivien_hoch

Anne Hidalgo, historienne de comptoir

Voici une question à poser au Comité de Vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) : « Préférez-vous les énormités historiques d’Anne Hidalgo, candidate PS à la mairie de Paris, proférées lundi 24 septembre sur I>Télé, ou bien les légères approximations de votre ami Lorànt Deutsch sur son livre Métronome ? ».

Imaginez maintenant que le journaliste Christophe Barbier qui l’a interrogé ne soit autre qu’un membre du jury d’admission à l’ENA et Anne Hidalgo, la candidate : vous ne devineriez pas chez lui un léger rictus tentant de contrôler un rire frénétique, entourant plusieurs fois le zéro qu’il lui inflige sur sa feuille de note pour ne pas perdre sa concentration ?

Imaginez plus loin que cet oral ne fut autre que le baccalauréat, ne croyez-vous pas que ces paroles pussent faire partie des fameuses perles publiées sur le net que l’on retrouve tous les ans au même mois ?

C’est évident.

Enfin, non, pas si évident que ça, non.

Christophe Barbier gardait un sang froid remarquable qui se justifie, me semble-t-il, par le fait que, penché sur son chronomètre, il se préparait déjà à la question suivant. Et puis, de toute façon, qu’aurait-il pu dire d’une telle absence de culture politique et historique à la candidate officielle du PS à la mairie de Paris ? Ici, c’est bien ce degré zéro du savoir qui inquiète, à ce si haut niveau de la classe politique.

Rappellons les propos : « Le Front national n’est pas un parti qui s’est constitué dans le cadre républicain, c’est un parti qui a lutté contre la République, qui a soutenu pendant la guerre la collaboration avec les nazis ». La polémique lancée, elle persiste, quoiqu’elle incline légèrement l’argumentaire : « J’ai dit cela parce que je pense que l’on perd le sens de l’histoire », « la filiation historique du Front national ne s’est pas élaborée dans le cadre républicain », a-t-elle souligné. Voilà l’erreur modifiée – sans l’avoir admise pour autant.  Puis de s’en remettre à la science… historique : « Je crois qu’en consultant les ouvrages consacrés au FN, on trouve les éléments qui justifient mon propos de manière scientifique ». Ce serait donc au CVUH d’en décider ? Demandons-lui, lui qui est seul juge… et parti, à la fois ; souvenons-nous.

Je me tourne alors vers vous, chers confrères, quelle sentence ?

Les socialistes ont trop souvent pris l’habitude de faire négation de leur propos. Et nous devinons ici quelques médias solidaires. « Selon l’AFP, le premier bureau politique du Front national était notamment composé de François Brigneau, qui s’engagea dans la milice du gouvernement de Vichy le 6 juin 1944, ou de Pierre Bousquet, engagé volontaire dans la division Charlemagne, qui regroupait des Waffen SS français », précise le Monde. Tiens, un journaliste de l’Agence France Presse partial ?

Erratum donc, Anne Hidalgo candidate à la succession de Bertrand Delanoë, ex-maitresse du Président, ne s’est donc pas trompée ; son intention est bonne, l’intention de la gauche est bonne, malgré les erreurs qu’il faut savoir minimiser. Pardonnez-nous en effet, c’est le Front national qui se trompe en assimilant le PS à Pétain puisque François Mitterrand a été décoré de la francisque. Erreur en-deçà de la gauche, vérité au-delà.

Lundi, Anne Hidalgo a transmis un savoir multi décennal qui associe le Front national au nazisme. Mais à force d’association, on finit par se mélanger les pinceaux.

Pierre Mayrant,

journaliste et historien


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