Magazine Journal intime

…plop! 4

Par Emia

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Sur la route d’Hermance, elle prend à droite, là où il y a peu de trafic ; plus haut, la petite route est libre, elle le sait. Il n’y aura personne. Le chemin longe un parc qui paraît s’étendre jusqu’au pied du Salève. En été, l’herbe y est haute et l’ombre profonde sous les cèdres et les chênes ; dans le ciel s’en vont de gros nuages lents. Mais maintenant, les prés sont coupés ; le vent forcissant agite les branches des arbres et remue les fourrés, faisant jaillir des éclats d’ombre froide.

Et là, au bord de la route, un coussin nonchalamment jeté.

Elisabeth s’arrête.

Cuddle-muddle donne corps à vos rêves

Elle quitte la voiture et se penche. Observe longuement le coussin, le touche : son doigt rencontre une peau douce et tiède. Et ce liséré de tissu noir ? Elle s’assied par terre, à côté de la chose. Rien ne bouge. Et puis – pop ! – voilà qu’il y en a deux. Elle attend. Le vent chuinte dans les branches. Elle prend un coussin sans vraiment y penser, le serre contre elle ; celui-ci, par une pression exactement équivalente à celle de ses doigts et de son buste, lui répond. Elle presse encore ;  il l’enserre ; elle relâche – il la laisse aller. Elle prend l’autre coussin, le glisse sous ses reins qu’il soulève doucement – mais « pop ! » : voici qu’ils sont deux, et – « pop ! » – encore deux. Jolie couche. Elisabeth s’étire ; les choses la bercent et la font tanguer. Plus rien ne sert de se dépêcher. Elle se tourne et rapproche encore deux coussins – et voilà que – hop ! – ils se … soudent ! Se fondent l’un dans l’autre ; ne font plus qu’un, qu’un seul traversin. Elisabeth y presse un autre coussin, qui s’y colle. Mais à côté d’elle, de nouveaux coussins sont nés. Elle les accouple par le liséré. A présent trois traversins ou troncs de simili-chair brune gisent sur le tapis de feuilles mortes. Elle en marie deux. Se couche dedans. « C’est mieux, » songe-t-elle avant de sombrer, « comme c’est bon ! », et puis : « Ingmar ! ».

Plus tard, Elisabeth se réveille blottie contre le tronc tiède et souple. Peu de temps s’est passé ; Frank et les enfants l’attendent toujours. Elle porte le matelas dans la voiture, il faut montrer ça à Frank, lui expliquer le fonctionnement de l’idéal-objet sensuel brut.



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