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Un automne sous le signe de l’or

Publié le 02 octobre 2012 par Sylsol

Par sa réputation de valeur refuge, l’or représente pour beaucoup le meilleur moyen de se protéger contre la perte de pouvoir d’achat découlant de la crise de l’euro. Depuis le début du mois d’août, il a grimpé de plus de 12%. Par Stephan Müller, product Management & Development, Swiss & Global Asset Management.
De janvier à août 2012, l’évolution du cours de l’or était principalement dictée par la crise de la dette et de la croissance sévissant aux Etats-Unis et en Europe. Dans un premier temps, sous l’effet des incertitudes planant sur le sauvetage de l’Irlande, du Portugal et de la Grèce, le métal jaune a atteint un sommet annuel à 1784 dollars l’once à fin février, avant de se replier et de toucher un plancher provisoire à 1527 dollars l’once à mi-juin suite à l’élargissement du plan de sauvetage de l’Union européenne (UE) et de la stabilisation de la zone euro. Durant les mois d’été, l’or s’est négocié dans une fourchette de prix allant de 1550 à 1630 dollars l’once, reflétant ainsi la valse des espoirs et des déceptions engendrées par les mesures et les annonces des gardiens de la monnaie.
Si cette phase, qui a duré de la mi-juin à début août, semble des plus banales à première vue, elle recèle néanmoins des informations intéressantes sur les activités des banques centrales. Les statistiques du CMO (Conseil mondial de l’or) et du FMI (Fonds monétaire international) révèlent ainsi que les banques centrales ont procédé à des achats massifs d’or au cours du premier semestre 2012 – à hauteur de près de 250 tonnes, soit 25% de plus qu’au premier semestre de l’année précédente. Etant donné que les banques centrales ne publient leurs positions en or qu’au moment de la présentation de leurs bilans, cette quantité ne peut être calculée qu’indirectement. Les institutions américaines sont par exemple tenues de divulguer régulièrement leurs investissements en or et certains gestionnaires de fonds comme John Paulson communiquent activement, via les médias, leur allocation en or (ou sa modification), ceci afin de se rappeler au bon souvenir des investisseurs. Les statistiques signalent une demande d’or inférieure à la moyenne de la part des acteurs privés du marché au premier semestre, laquelle a cependant été compensée par les importants achats des banques centrales. Il s’en est suivi une période de stabilité du cours aux environs de 1600 dollars l’once – les banques centrales et les fonds spéculatifs ayant tiré parti des corrections de cours sous cette barre pour procéder à des achats. Les acteurs du marché sont très attentifs aux statistiques relatives au marché de l’or, car les interventions sur le marché des changes de la banque centrale américaine ont jusqu’à présent eu des répercussions positives sur l’évolution du cours du métal précieux. Depuis 2008, la Réserve fédérale (Fed) a injecté près de 2800 milliards de dollars en liquidités dans le système, ce qui, sur les cinq dernières années marquées par des taux d’intérêt à des niveaux planchers record, s’est révélé un important moteur de la hausse de plus de 150% du cours de l’or. Détenant 77% de leurs réserves monétaires en or (plus de 8100 tonnes), les Etats-Unis profitent bien davantage des fluctuations de cours du métal jaune que la Suisse, dont la couverture en or atteint à peine 19% (1000 tonnes) et qui s’avère déjà pénalisée par ses achats d’euros visant à maintenir un cours plancher à 1,20.
Jusqu’à fin août, le cours de l’or s’est inscrit à la hausse en anticipation des décisions en matière de politique monétaire des banques centrales européenne et américaine, respectivement attendues pour le début et la mi-septembre, avant de se stabiliser à un niveau de 1690 dollars l’once. Après le discours de Ben Bernanke le 31 août lors de l’ouverture du symposium de la Fed, dans lequel il qualifiait de «très préoccupant» le taux de chômage persistant à plus de 8% aux Etats-Unis et évoquait la possibilité de nouvelles interventions sur le marché des changes, l’or a gagné plus de 2% en l’espace de 24 heures. Le 6 septembre, l’annonce par la BCE de son nouveau «programme OMT» (Outright Monetary Transactions), consistant en des rachats illimités d’obligations d’Etat d’une durée résiduelle pouvant aller jusqu’à trois ans, a clairement mis en évidence l’attrait du métal précieux.
La détermination affichée par la BCE et la Fed à lutter contre la crise de la dette à l’aide de tous les moyens nécessaires, conjuguée aux faibles chiffres du marché du travail américain, s’est traduite le 7 septembre par une nouvelle hausse du cours de plus de 2% en l’espace d’une journée. Le 13 septembre, le cours de l’or a encore bondi de 3% pour s’inscrire à 1776 dollars l’once en quelques heures seulement, suite à l’annonce de la de racheter des obligations supplémentaires à hauteur de 40 milliards de dollars par mois, en sus de son programme de relance «Twist».
Tout ceci montre que l’or, métal précieux à caractère monétaire ne pouvant cependant subir aucune inflation relative à des interventions étatiques, a jusqu’à présent directement tiré parti des interventions des banques centrales sur le marché des changes. A ce jour, nous avons pu en profiter sous la forme d’un véritable automne doré, qui pourrait même se prolonger sur plusieurs années, du moins jusqu’à ce que les banques centrales tentent de résoudre l’endettement à coup de nouvelles dettes.
(Stephan Müller - leTemps.ch - 01/10/12)


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