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Heureux qui, comme Saroo Munshi Khan, a fait un beau voyage

Publié le 18 octobre 2012 par Kamizole

Heureux qui, comme Saroo Munshi Khan, a fait un beau voyage

S’il me lit de là-haut, Joachim du Bellay ne m’en voudra sans doute pas de détourner ce vers du trente unième sonnet de son recueil des Regrets, d’autant qu’il doit y avoir prescription après plus d’un demi-siècle. Or, donc selon ce que je lis sur le blog Big Browser, DE RETOUR – Vingt-cinq ans après s’être perdu, un Indien retrouve sa maison grâce à Google Earth (Le Monde 12 oct. 2012). Durée qui doit à quelques années près correspondre à celle du périple d’Ulysse dans l’Odyssée d’Homère. Au terme duquel il ne retrouva point Ithaque et Pénélope mais Khandwa et sa mère.

En cette période si troublée et difficile où les mauvaises nouvelles ne manquent guère, ici comme ailleurs et où nous sommes abreuvés chaque jour que Dieu fait du récit des pires atrocités commises par de vrais salopards de toute nature, quelque happy end met un peu de baume au cœur. Je dois être d’ailleurs comme la plupart d’entre vous : j’ai toujours préféré les romans et les films se terminant bien. Pas plus idiote que n’importe et sachant très bien qu’il n’en est pas toujours ainsi dans la « vraie vie ». Raison de plus pour savourer sans modération ce plaisir d’un dénouement heureux.

Or donc, à l’âge de cinq ans, Saroo Munshi Khan, partit mendier dans un train avec son grand frère. Le train se mit en route vers Buranpur, à deux heures de là. Epuisé, il s’endort sur un banc de la gare. Son frère s’est absenté et n’est jamais revenu. Le garçonnet monte dans le premier train venu et s’endort de nouveau. Quand il s’éveille, il voit défiler le paysage de la campagne indienne. « Il n’avait pas de nourriture, pas d’argent, ne savait pas jusqu’où il était parti, ni où il allait » selon le journal Vanity Fair. Il parvint à la nuit tombante dans une gare inconnue. « Il vit ce qui lui sembla une mer d’hommes, de femmes et d’enfants sans domicile et passa aussi à côté de cadavres, ne sachant pas à ce moment, qu’il avait atterri à la gare principale de Calcutta ».

Heureux qui, comme Saroo Munshi Khan, a fait un beau voyage

Analphabète et ne connaissant pas le nom de la ville d’où il était venu, il prit des trains au hasard pendant plusieurs semaines dans l’espoir de retrouver sa maison. Après force nuits passées dans la gare de Calcutta, il est « recueilli » dans une prison pour enfant, et ensuite placé dans un orphelinat par une association. Adopté par un couple d’Australiens, il vivra confortablement et sans doute heureux en Tasmanie.

Il reste néanmoins taraudé en secret par le désir d’élucider le mystère de son passé - comme grand nombre d’enfants adoptés, abandonnés ou retirés très jeunes à leur famille - et de retrouver sa maison dans le vaste sous-continent indien. Miracle de la technologie : il lui vient l’idée de la rechercher sur Google Earth, à partir des quelques souvenirs visuels subsistant dans sa mémoire. Il y consacrera plusieurs années, suivant méthodiquement les voies ferrées à partir de Calcutta. Tenant compte de la vitesse des trains indiens dans les années 1980, il limite ses recherches à un rayon de 960 km autour de Calcutta.

Une nuit, il repère enfin un paysage qui lui semble familier : « un pont très près d’un réservoir industriel, à côté d’une station de train ». C'est Burhanpur, la première gare, où il a perdu son frère… il continue d’explorer les voies ferrées sur Google Earth : « il passe les ponts, les arbres, et tombe sur une rivière qui éveille en lui des images. De là, il parcourt sur son écran, de mémoire, le chemin vers le centre-ville. Ses espoirs se confirment grâce aux réponses des membres du groupe Facebook de son village : "Khandwa my home town"… »

La suite est bien évidemment touchante. Presque comme s‘il rêvait, il prend l‘avion pour aller en Inde et se retrouve devant une petite maison en terre au toit en tôle. Il est guidé par un villageois qui lui dit « voici ta mère ». Celle-ci, sans rien dire s’avança et le serra dans ses bras. Comme le rapporte Vanity Fair, « Il ne pouvait parler, ne pouvait penser, ne pouvait pas faire grand-chose de plus que de tendre ses bras et la serrer aussi. Puis sa mère le prit par la main et ramena son fils à la maison ».

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