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Le livre blanc lave plus blanc

Publié le 22 octobre 2012 par Egea

XYZ, qui se reconnaîtra, m'envoie ce texte, amusant et nettoyeur. Je respecte son anonymat. Et les questions qu'il pose. Car si le LB lave plus blanc, il rince bien : mais qui ?

Le livre blanc lave plus blanc
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O. Kempf

Comment aider les nettoyeurs à laver plus blanc, alors que la machine est sur le mode lavage rapide?

Alors que sont lancés les travaux du livre blanc dans un contexte difficile, il est permis de s’interroger sur ce qui pourrait sortir de la machine à réfé. Mais comment y voir clair sans prendre un minimum de recul. Pour cela, penchons nous sur les exercices précédents pour en tirer “un retour d’expérience”et tentons de suggérer quelques pistes décapantes qui pourraient, peut-être, aux penseurs-nettoyeurs de laver plus blanc sans craindre que des tâches ne ressortent d’ici deux ou trois ans.

Les nettoyages de 94 et 2008 ont-ils évité que les tâches ne ressortent?

L’exercice lancé en 1994 sous autorité du premier ministre constituait une étape importante de l’après guerre-froide. Il succédait au livre blanc de 1972, “passage de la période douloureuse de la décolonisation à l’ère moderne”. Sans porter une appréciation exhaustive sur cet exercice de prospective, force est de constater que le modèle de Défense prônait à l’époque était une armée mixte: Le service national co-habitait avec l’armée professionnelle. Nos penseurs-nettoyeurs de l’époque, s’abritant derrière des arguments notamment financiers, n’avaient pas pu mettre en avant l’option d’une armée uniquement professionnelle comme celle dont disposaient les Britanniques.

Trois ans après, la réforme de la professionnalisation était lancée. Cette transformation voulue par le Président de la République, remettait profondément en cause les analyses qui avaient prévalues en 1994. Pourtant, la dimension humaine n’avait pas été négligée. Les hommes et les femmes de la Défense étaient placés au premier rang du chapitre consacré aux ressources, prenant le pas sur les aspects économiques.

Si l’on se souvient des débats parfois polémiques autour du caractère inégalitaire de l’appel sous les drapeaux, il est permis de se poser la question: Le livre blanc n’a pas permis de résoudre un problème qui était dans tous les esprits mais qui n’avait pas pu se traduire concrètement? Le livre blanc n’a t-il pas pu faire partir définitivement cette tâche, cette inégalité devant la nation?

En 2008, l’exercice livre blanc s’est démarqué du précédent sur de nombreux points. Les enseignements de l’après-guerre froide ont été tirés, les penseurs-nettoyeurs ont tenté de répondre au défi du terrorisme à l’échelle planétaire dans un monde pleinement transformé par les flux économiques, humains et numériques.

La démarche était moins conceptuelle. Des conséquences concrètes y sont insérées, ouvrant la voie à une loi de programmation sans surprise. Au passage l’économie de Défense avait pris le pas sur les hommes et des femmes qui servent la défense, civils et militaires. Même si des mesures détaillées ont été envisagées par le document, notamment, pour la révision des statuts particuliers, le relevé de conclusion final n’y consacre que quelques lignes. La condition militaire qui faisait l’objet d’un chapitre dans le livre blanc de 1994, n’y était plus ici pensée en tant que réalité à part entière. Les aspects humains sont rétrogradés au point 15 des 17 points du relevé de conclusion du livre blanc de la défense et de la sécurité nationale.

Mais même si on peut regretter que cette place relative n’est pas été préservée, le point le plus remarquable est qu’une nouvelle fois, une question était présente sur toutes les lèvres mais qui a fait l’objet d’une réponse “qui fait tâche”, comment tout financer? Pourtant, la question est enterrée puisque les financements sont prévus jusqu’en 2020...D’ici 2020, l’effort total consenti pour la défense, hors pensions,s’élèvera à 377 milliards d’euros. Dépenses d’équipements s’élèveront à 18 milliards d’euros en moyenne sur la période 2009-2020.

Les pressions particulièrement fortes sur les finances publiques conduisent aujourd’hui à reconsidérer l’exercice de 2008. 50 milliards d’euros pourraient manquer à l’horizon 2020 sur l’ensemble de la période considérée par le livre blanc. Il ne s’agit donc pas d’une simple réactualisation.

Au bilan, si en 1994, nos stratèges n’avaient pas vu ou anticiper le passage inéluctable à l’armée professionnelle, en 2008, ils n’ont pas non plus anticipé la tempête budgétaire qui s’annonçait. Les tâches sont ressorties dans les deux cas trois à quatre ans après la diffusion du livre blanc.... Dans le même temps, l’ordre des priorités a changé. Par ailleurs, entre 1994 et 2008, l’économiste et le financier semblent avoir pris le pas sur l’humain.

Quelles conclusions en tirer pour notre lavage rapide?

Tout d’abord il est indispensable de constater que tout exercice de prospective comporte des risques. Il vaut mieux réfléchir et imaginer que de rester à regarder le bout de ses pieds. L’exercice mérite donc d’être conduit. Deux types d’enseignements peuvent être tirés des lavages précédents: - les questions qui sont écartées ou les non-dit au moment de leur réalisation ont été traitées par la suite. Enseignement numéro un: intéressons nous aux sujets sur lesquels nous disons qu’il n’y a pas de problème ou qu’il y a consensus: la dissuasion nucléaire, la condition militaire, l’adhésion de la nation, ... - malgré la volonté des penseurs-nettoyeurs de 2008 et contrairement au mouvement amorcé, les aspects interministériels sont-ils réels? Quelles ont été leur traduction concrète? Le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale a t-il réellement franchi les frontières du ministère de la défense?

Voici identifiées quelques pistes qui comportent des similitudes avec celles non dites de 94 et 2008.

Parmi celles-ci, intéressons nous à ce qui sous-tend toujours l’effort de défense: l’adhésion de la nation et au delà la capacité des français à s’engager concrètement dans cet effort de défense. Au cœur de ces questions la condition militaire tient une place particulière. Sujet apparemment consensuel, il mérite aujourd’hui probablement un coup de projecteur pour ne pas devenir une tâche qui va ressortir.

L’adhésion de la nation se traduit par l’effort consacré aux équipements et au personnel. Dans une armée professionnelle, la relation de l’individu avec l’institution militaire passe par une adhésion volontaire. Celle-ci peut être difficile à obtenir car le métier est singulier. Il est donc essentiel que le militaire se sente bien dans l’institution. Il en est alors le meilleur porte-parole. La condition militaire est l’une des clefs de cette volonté de rayonnement. Elle constitue un signe tangible pour les militaires de la reconnaissance de la nation.

Alors que nous sommes lancés dans un cycle de lavage court, il est d’autant plus utile de s’appuyer sur des travaux de fond récents. Une institution indépendante a été instituée par la loi, dans le statut général des militaires de 2005. Le Comité d'évaluation de la condition militaire remet un rapport sur cette condition militaire tous les ans.

La mobilité est au cœur des préoccupations. Elle conditionne le regard des militaires et de leur famille. Elle rejaillit sur l’attractivité du métier. Des recommandations existent dans les rapports qui seraient susceptibles de créer de nouvelles conditions de reconnaissance de la condition militaire. Elles nécessitent une approche sans tabou qui dépasse les frontières du seul ministère de la défense. Citons par exemple: Réserver 20% des postes vacants au ministère de la défense pour le rapprochement des conjoints; Conclure des accords avec les principaux ministères concernés pour faciliter le rapprochement des fonctionnaires conjoints de militaires;

Il ne s’agit pas simplement d’inclure quelques mesures supplémentaires dans le prochain lavage. Il paraît nécessaire de redonner davantage de lisibilité à la condition militaire afin de garantir aux militaires mais aussi à l’ensemble des citoyens que les militaires sont à leur place dans la société du XXIe siècle.

De cette forme d’assurance réciproque pourra naître une adhésion de la nation, sans non-dit. Ainsi éviterons nous sans doute de faire ressortir une tâche que seule un pressing américain pourrait rattraper comme ce fut le cas à plusieurs reprises au XXème siècle...

“La défense n’est réelle et solide que si elle repose sur une conception politique juste, et considérée comme telle par l’ensemble de la nation.” Extrait de l’introduction du livre blanc de 1994, le premier ministre.

XYZ


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