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L’état de grâce du Premier ministre est de plus en plus éphémère

Publié le 23 octobre 2012 par Delits

La loi de la gravité est la même pour tous. Les courbes de popularité de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault déclinent l’une avec l’autre. A priori, c’est l’ex-candidat à la présidentielle qui suscite, dans un contexte certes peu propice aux grands élans populaires, une certaine déception. Et le couple exécutif ne faisant qu’un aux yeux de l’opinion, le Président entraîne son Premier ministre vers le même abîme.

Élément rassurant pour l’élu nantais: depuis 30 ans, l’état de grâce du Premier ministre est de plus en plus éphémère. Ses prédécesseurs eurent toujours moins de temps pour apprécier des courbes de popularité élevées. Selon le baromètre TNS Sofres, au mois d’octobre, les anciens Premiers ministres n’ont fait que décliner:

- Mauroy (70%)

- Rocard (66%)

- Raffarin (56%)

- Fillon (52%)

Avec ses 41% d’opinion positive après quatre mois d’exercice du pouvoir, Jean-Marc Ayrault ne fait que suivre cette tendance. Cependant, l’écart est assez marqué avec son prédécesseur (11 points) et le vecteur de comparaison le plus proche de ce niveau n’inspire pas à l’optimisme: depuis 1981 en effet, parmi l’ensemble des Premiers ministres arrivés à Matignon dans la foulée d’une élection présidentielle, seul Alain Juppé était moins plébiscité (39%) au mois d’octobre, dans un contexte de crispation sociale exceptionnelle.

QUE FAIRE POUR REMONTER LA COTE DE POPULARITÉ DU PRÉSIDENT

Sous la Vème République, en dehors des parenthèses exceptionnelles de cohabitation, la popularité du chef de l’État et celle du chef de gouvernement sont étroitement associées, même si le Premier ministre, du fait de sa plus grande exposition, est souvent le plus impopulaire des deux. Depuis la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, la même histoire se répète systématiquement. Une fois le candidat élu Président, sa cote de popularité et celle de son Premier ministre plongent aussi rapidement que profondément. Au bout de deux ou trois ans, l’exécutif est politiquement épuisé, avec des courbes de popularité flirtant avec seulement un gros tiers de soutien. Fragilisé, il offre le flan à la critique tout azimut, les réformes sont contestées, la légitimité du pouvoir remise en questions. Mais le Président, contrairement à son chef de gouvernement, dispose alors de trois armes pour relancer sa présidence.

1) Débarquer son Premier ministre encombrant

La première consiste à se délester de son chef de gouvernement, par principe moins populaire que lui. La nomination du nouveau Premier ministre est orchestrée à coup de formule choc: Barre, « meilleur économiste de France », Fabius, plus jeune Premier ministre nommé en France, Cresson, première femme Premier ministre, Villepin, l’homme du « non » en 2003. En mai 2005, Chirac n’était assis que sur un modeste socle que de 21% de popularité. Carbonisé, la nomination de Villepin le hisse mécaniquement à 26%. A chaque nomination, le Président en recueille les dividendes, le vent frais du changement boostant sa cote. Le Premier ministre s’apparente bien à un fusible. Mais la formule n’est en rien magique, et les effets bénéfiques liés au changement se dissipent en quelques mois. Le lien entre François Hollande et son premier ministre permet-il d’envisager ce type de remède choc?

2) Le coup du référendum

La deuxième possibilité est de redonner la parole au peuple par la voie du référendum. Il s’agit évidemment d’un chemin plus « hasardeux ». Mitterrand, très impopulaire en 1992, avait momentanément profité de la victoire du « oui » à Maastricht (passant de 36% à 42%). Cela ne l’empêcha pas de sombrer à nouveau dans une vive impopularité jusqu’à la défaite historique de la gauche en 1993. Les tentatives de Chirac pour casser la spirale impopulaire, par la dissolution sous le gouvernement Juppé et par le référendum sous le gouvernement Raffarin, se sont quant à elles révélées particulièrement catastrophiques.

3) Sortir par le « haut »: l’international

La troisième arme est l’action internationale. La guerre du Golfe en 1991, l’opposition à l’aventure irakienne des Américains en 2003 et la médiation dans le conflit russo-géorgien en 2008 ont permis aux présidents d’alors de créer un consensus national. Perchés sur l’Olympe de l’Histoire, leur popularité explose subitement, tandis que leurs premiers ministres continuent à se débattre dans les questions intérieures du chômage ou de la délinquance. Les deux courbes se détachent alors fortement. Mais, une fois l’actualité internationale passée, les courbes Président-Premier ministre se rejoignent de nouveau sur un front commun.

Le quinquennat de Nicolas Sarkozy a constitué une notable exception. Remplacer son Premier ministre pour générer une nouvelle dynamique aurait été délicat, François Fillon étant plus populaire que lui. Les deux instruments constitutionnels, dissolution et référendum, s’étaient retournés contre leur utilisateur précédemment, ils étaient devenus désuets. Et, sur le plan international, il n’a tiré aucun bénéfice de l’action militaire engagée en Libye. Rongé par l’impopularité, Sarkozy n’a pu jamais regagner le temps d’une campagne tout le terrain perdu en 5 ans.

HOLLANDE/ AYRAULT, SARKOZY / FILLON : MÊME COMBAT

Les courbes de popularité de François Hollande et de son premier ministre empruntent pour l’instant le même chemin que leurs prédécesseurs puisque, selon la dernière mesure de l’institut LH2, le Premier ministre est plus populaire que le Président (45% contre 40%). L’élection confère une aura éphémère dont la disparition se traduit plus violemment dans les sondages. Le moment venu, François Hollande aura besoin de regonfler les voiles de son quinquennat. Or, il reste difficile de remplacer un Premier ministre plus populaire. Mais, si le premier ministre ne sert plus de fusible, quelle est sa légitimité dans notre fonctionnement politique?

Il s’agit de l’une des conséquences du quinquennat: le Président reste en première ligne, concentre les critiques ce qui affaiblit sa popularité. Le Premier ministre ne doit quant à lui sa plus grande popularité qu’à sa moindre visibilité. Il peine désormais à trouver sa place dans le paysage institutionnel.

Retrouvez la tribune sur le site de l’Express.fr http://www.lexpress.fr/actualite/politique/l-etat-de-grace-du-premier-ministre-est-de-plus-en-plus-ephemere_1176959.html


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