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Francis Pigaglio, premier responsable du PGHM de Chamonix, un hommage familial

Publié le 23 octobre 2012 par Mpbernet

Mission-d-urgence

Nous étions 2,6 millions hier soir à regarder le reportage de Nicolas Moscara (sur FR3) « Missions d’urgences : un hiver avec les sauveteurs du Mont-Blanc » qui nous a plongé dans l’atmosphère haletante du sauvetage en haute montagne.

Il faut dire que l’équipe du film a eu un direct accès, hélas dramatique, à une information brute et terrifiante : le 12 juillet de cette année,  lendemain de l’arrivée des cinéastes, le PGHM est envoyé en haut du Mont Blanc où une avalanche a enseveli plus de vingt alpinistes : on retirera neuf cadavres. Ainsi le reportage s’articule-t-il en deux parties : les sauvetages réussis – skieurs hors-pistes tombés au plus profond d’une crevasse, alpinistes désorientés isolés sur une arête d’un mètre de large, grimpeur les mains écrasées par une chute de pierre, jeune garçon suspendu à sa corde de rappel après avoir dévissé … - mais aussi les regards pleins de tristesse des sauveteurs ne découvrant que des cadavres, des randonneurs partis en haute montagne quasiment en tongs et si mal préparés à la dangerosité du lieu, du climat changeant, des ponts de neige  qui soudain se dérobent. Une leçon de courage des équipes qui risquent tout – pilote d’hélicoptère, médecin urgentiste, gendarmes français et douaniers italiens venus prêter main forte. Un grand moment de télévision.

Henry

jeanvinccendon

Et moi, je me souviens. Parmi les catastrophes les plus spectaculaires qui hantaient mes cauchemars lorsque j’étais petite fille, il y avait un déraillement spectaculaire de train à vapeur, le tremblement de terre d’Orléansville  et l’échec du sauvetage de Vincendon et Henry. C’était avant que l’on ne décide d’une coordination des moyens de secours en montagne, et ce fut une affaire très pénible car elle avait révélé bien des contradictions, bien des affrontements, des égoïsmes.

Nous sommes à la Noël 1956. Deux jeunes alpinistes (22 et 24 ans), l’un parisien, l’autre bruxellois, ont tenté l’ascension du Mont Blanc par la Brenva en plein hiver. Mais l’expédition tourne au drame. Les alpinistes sont bloqués à plus de 4000 mètres d’altitude, juste en dessous du Mont Blanc. La France entière va suivre leur calvaire puisqu’on peut les voir aux jumelles depuis la vallée. Car tout va s’enchaîner de manière diabolique … et malheureusement humaine.

hélico

lionnelterray

match

Qui va les secourir?  On se tourne vers la Compagnie des guides de Chamonix, c'est aussi leur job. Mais les guides hésitent. Le temps est exécrable : certains rechignent à l’idée de risquer leur vie en tentant de sauver celle de quelqu’un qui a volontairement risqué la sienne. Il y a d’autres motifs d’hésitation : on est pleine période touristique et le secours repose sur le volontariat et le bénévolat...

Les secours civils ne sont absolument pas organisés. Les militaires sont requis. Ils possèdent des hélicoptères. Ce petit bijou technologique dont on vient de découvrir l’utilisation pendant la Guerre de Corée. L’hélicoptère apparaît comme la clé à tous les problèmes : la solution viendra des airs !

dans l'hélico

L’Alouette est un outil révolutionnaire récent, mais peu adapté aux conditions météorologiques de la haute montagne en plein hiver. On doit le ménager. Les militaires vont donc faire avec ce qu’on leur concède : deux hélicoptères d’ancienne génération, dont nul ne sait comment ils réagiront à plus de 4000 mètres d’altitude. Car l’hélicoptère chargé de sauveteurs s’échoue à quelques mètres des alpinistes. Ils étaient deux naufragés, ils sont désormais six. Une tempête s’annonce, elle durera plusieurs jours. Lionel Terray, héros de l’Annapurna, tente une opération terrestre avec des Genevois et des amis des naufragés. Insulte suprême pour la Compagnie des guides de Chamonix dont il fait pourtant partie. Les médias s’en mêlent, l’affaire devient priorité nationale. Il faut sauver les sauveteurs ...

Les Alouettes iront les chercher après la tempête. L’un d’entre eux restera entre la vie et la mort pendant plusieurs jours. Il survivra mais perdra plusieurs doigts. Quant aux deux naufragés d’origine, qui avaient été placés dans la carcasse de l’hélicoptère sinistré, que faut-il en faire ? On ne sait même pas s’ils sont encore en vie. On finira par les déclarer morts de froid, après un dernier survol.

plaque

Le rapatriement des corps de Vincendon et Henry s'effectuera seulement au mois de mars … Dans le cockpit de l’hélicoptère, le corps du premier alpiniste est retrouvé à la même place que là où il avait été installé par les sauveteurs. Le corps du second alpiniste, lui, n’était plus à sa place. Dans un ultime sursaut, il avait ouvert la porte basse de l’appareil pour tenter de descendre par ses propres moyens ( ?) Ce drame fera prendre conscience de la nécessité de former une unité d’élite, le Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne – PGHM – de Chamonix créé en 1958. Son premier responsable fut le Lieutenant Francis Pigaglio, mon cousin … presque mon grand frère.

Car c’était le deuxième fils de la sœur aînée de ma mère, Henriette, dont l’album de famille est visible sous forme de diaporama, ici à droite. Ma tante s’était retrouvée veuve à 38 ans avec quatre enfants. Son mari, Pierre, fut dans sa jeunesse Bersaglier, c’est-à-dire gendarme, de l’autre côté des Alpes. Je porte en son honneur ce même prénom. Mon père, à moi, avait toujours regretté de ne point avoir de fils. Il s’était occupé de Francis, lui avait ramené des USA les premières ampoules des antibiotiques qui guérirent sa tuberculose d’enfant grandi trop vite pendant les privations. Plus tard, Francis, nanti de son seul certificat d’études, passa les concours pour devenir Saint-Cyrien. Je me souviens parfaitement de son mariage, en grand uniforme avec le casoar … Puis il choisit la gendarmerie où il fit toute sa carrière jusqu’au grade de colonel, un des plus importants de la hiérarchie de cette arme.

Et il fut le premier commandant du PGHM, cette unité de spécialistes du don de soisans aucune contrepartie, au cœur des situations les plus dangereuses. Honneur donc à Francis Pigaglio, mon cousin. Que l’on peut retrouver dans le livre écrit par le Commandant du PGHM de 1999 à 2002, Blaise Agresti,  intitulé « In extremis »*

*In extremis, par Blaise Agresti, éditions Guerin à Chamonix ….


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