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Mon combat

Publié le 23 octobre 2012 par Jplegrand

La quête d'humanisme, le besoin de démocratie

Voici maintenant trois ans, alors que j'étais son directeur de cabinet j'étais "remercié" par le Maire de Montataire pour mes prises de position politiques, sans doute trop révolutionnaires à son goût, en tout cas pas assez conformes aux orientations du parti. Je savais que mes opinions dérangeaient et que l'appareil ne les supportait pas car j'avais franchi les limites de l'acceptable. Il est vrai que je m'affranchissais alors d'une certaine pensée partisane que je ressentais trop souvent sectaire et même éloignée de l'idée que je me faisais de la démocratie.

Après plus de 34 ans d'engagement au sein du "parti", je  décidais de choisir une autre voie que celle de l'engagement dans une organisation car je n'y trouvais plus les motivations indispensables à tout épanouissement. En homme libre, je décidais de me consacrer davantage à ma responsablité d'élu, à travailler pour les projets qui me tiennent à coeur comme le développement de la rivière, le port de plaisance de Creil, l'amélioration des transports dans notre agglomération qui en ont tant besoin, la vie quotidienne de la population notamment pour l'emploi et le logement.

Je le faisais toujours en référence à mes valeurs, à celles que je n'ai jamais abandonnées et qui me conduisent à soutenir des causes aussi diverses que  celle de la révolution au Vénézuéla, celles des sans-papiers, celle de l'école publique ou encore celle des salariés de Continental et des entreprises qui aujourd'hui sont menacées.

Après plus de 20 ans de travail comme cadre politique, assistant parlementaire, puis dirigeant territorial, je retrouvais la classe puisque mon métier d'origine est celui d'instituteur. Je découvrais au plus près des réalités des familles combien la crise du capitalisme avait fait de dégâts dans la vie des enfants frappés par encore plus d'injustices, de misère, de souffrances. Je prenais la mesure du désastre :  les forces politiques qui avaient ces dernières années dirigé le pays, d'abandon en abandon, de servitude en soumission aux forces de l'argent avaient bel et bien sacrifié des millions de gens, et au premier chef les enfants des classes populaires.

Cependant si je remarquais que l'institution éducative publique de notre pays  n'avait pas fait de progrès significatifs dans la vie démocratique, tout au contraire, qu'elle s'enfonçait dans le bureaucratisme, dans l'organisation de la division des personnels, dans une gestion alarmante de l'austérité accompagnée d'un discours culpabilisateur en direction des enseignants, je notais avec satisfaction que des foyers de résistance naissaient çà et là et que des dizaines d'enseignants avec intelligence et courage n'abandonnaient pas la tâche difficile  de conduire les enfants vers le savoir, vers l'appropritaion des valeurs démocratiques et humanistes, conscients qu'ils sont du devoir de transmission de nos plus beaux héritages aux enfants qui sans l'école n'auraient pratiquement aucune chance de culture.

Oui, je veux que tu apprennes à lire, toi le gamin du plateau Rouher ou des Martinets, je veux qu'un jour tu puisses découvrir la grandeur des textes de Victor Hugo, de Jules Vallès, ou de Jean Genet, la richesse de la littérature, celle de l'esprit scientifique et critique qui feront de toi un citoyen créateur, un initiateur d'actions et  d'espérance et non un béni oui-oui aux ordres d'une institution, d'un chef ou d'un parti et non un esclave des forces de l'argent.

Après 20 années en dehors de l'école, je retrouvais donc la classe. Je retrouvais dans leur diversité, ces professeurs tant décriés,  souvent meurtris et révoltés par les disocurs tenus à leur encontre ou par des décisions politiques prises dans la précipitation, mais  je voyais souvent par le simple regard qu'ils portaient sur un enfant ou par la tendresse de quelques mots combien leur métier leur tient tant à coeur et je comprenais que sans eux  notre société irait complètement à la dérive, en proie à la violence, au racisme et à la bêtise fascisante du chacun pour soi.

Je dois ici dire combien j'ai d'admiration pour ces professeurs qui font de leur mieux et j'ai une pensée toute particulière pour cette collègue qui vient de se donner la mort. J'aurais eu envie de lui dire si je l'avais connue : "Ne te décourage pas, nous sommes là, nous sommes des millions, prends encore un peu de temps, nous n'allons pas abandonner, nous n'abandonnerons jamais !"

Ce soir, pour elle, pour nos gamins des quartiers populaires, pour tous les enfants de ce pays, je m'engage à continuer le combat pour que la connaissance soit notre pain quotidien et que notre peuple accomplisse la révolution qui lui permettra de s'émanciper de nos exploiteurs et de leur système inhumain car, oui je les accuse, d'avoir retiré à notre école les moyens nécessaires à l'épanouissement des enfants et aux familles de les avoir privées du droit de vivre décemment.

Le combat de cette libération n'en est qu'à ses débuts... Les mois qui vont venir s'annoncent avec toujours plus de de souffrances pour les plus humbles mais aussi hélas pour ceux qui n'avaient jamais connu une telle régression économique et sociale ni dans leur famille et  ni dans leur entourage.

Les discours politiques sonneront toujours plus creux face à ces réalités.

Car les faits sont têtus : le capitalisme propage ses ravages sur toute la planète et l'Europe qui se croyait épargnée de sa sauvagerie , l'Europe qui lui a donné naissance ne pourra être sauvée que par la grande révolution qui s'annonce.

  J'affirme que les motifs d'espoir existent. C'est aussi cette expérience que je vis. En ayant pris le parti de m'ouvrir davantage à  tous, j'ai découvert  la richesse extraordinaire de centaines de personnes, que ce soit dans mon action d'élu au quotidien ou de président d'association, j'ai acquis la conviction que notre pays, nos territoires avaient les ressources humaines et solidaires de trouver une issue. L'engagement dans une association de développement économique m'a permis de rencontrer des milieux très divers et de prendre conscience que la lutte pour la démocratie devenait universelle et traversait les clivages désuets qu'on nous impose et qui nous enferment dans le carcan politicien. Car si le capitalisme a réussi à acheter les conditions matérielles d'existence des gens, il n'a pas réussi à acheter leur pensée, leurs valeurs humaines, leur coeur et il est sacrément embêté par leur intelligence, qui appuyée par l'essor technologique devient la donnée majeure du combat transformateur. Des millions de gens refusent d'être manipulés, autrement dit  "cause toujours TF1 ou France-Info, on n'en pense pas moins !".

Ce qui se prépare, ce qui mûrit au sein de la société, nul ne sait ce que cela va devenir. Mais ce que le système a produit comme résultat  de  ses contradictions internes est comme une force qui va le dépasser au point que la majorité des  hommes décideront progressivement et parfois très rapidement de passer à un autre mode d'organisation de la vie en société et devront agir en conséquence.

C'est cette rupture avec les idées dominantes et le désastre qui en découle qui est à l'ordre du jour, c'est ce combat pour lequel j'ai décidé de donner toutes mes forces. Je sais que des milliers de gens ont aussi cette conviction, je sais qu'ils sont prêts à donner leur temps, leur totale conviction honnête et désintéressée pour de tels combats.

Le pays n'a de sens que  par ces engagements qui en ont fait la patrie où naquirent les Droits de l'Homme.

Nous n'abandonnerons pas, que ceux qui refuserons l'inéluctable marée de la transformation le sachent, nous n'abandonnerons pas, jamais !


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