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Le cinéma américain, une histoire d'influence

Publié le 30 mars 2008 par Bigmac
Dès 1920, l’industrie américaine du cinéma avait pressenti le potentiel d’influence des techniques audio-visuelles pour préparer et installer une influence américaine durable à l’étranger. Le plan était de rendre populaire le mode de vie américain à l’étranger. Le mode de pensée américain suivrait et cela préparerait le terrain pour faire accepter une hégémonie américaine future.
Avant que leurs films ne soient doublés, les producteurs américains devaient les "retourner" dans une large gamme de langues européennes avec des acteurs étrangers de façon à pouvoir les exporter. Cependant, il s’agissait là d’une solution terriblement onéreuse. Claude Autant-Lara fut l’un des premiers producteurs étrangers à être engagé par la MGM à la fin des années 20 pour retourner en français les films américains. Quelques années après son engagement, la MGM lui demanda d’appliquer et de développer la nouvelle technique du doublage qui venait d’être inventée par l’Allemand Jakob Lukas. Le résultat fut un succès total. A partir de ce moment là, Clark Gable put faire croire à un Allemand qu’il était allemand, à un Espagnol qu’il était espagnol et à un Français qu’il était français.
La MGM offrit à Autant-Lara le poste de directeur du département de doublage en français et on tripla son salaire. La technique du doublage fut cependant toujours utilisée par les Américains pour exporter les films américains, jamais pour importer des films étrangers. Encore aujourd’hui, l’importation de films doublés aux Etats-Unis demeure strictement interdite quelle que soit leur provenance. Tous les films étrangers, qui ne proviennent pas de pays anglophones, sont sous-titrés en anglais. Cela n’est bien évidemment pas une question de goût et les objectifs sont totalement clairs. Le doublage sert à faire digérer par un auditoire étranger un substitut dont le but est d’empiéter sur les cultures locales et, à terme, de les remplacer par saturation. En complète opposition avec cette directive, les producteurs de films étrangers sont soumis à l’obligation d’importer aux Etats-Unis seulement des films sous-titrés. Cela permet de maintenir, encore aujourd’hui, les Américains en isolation culturelle presque totale par rapport au reste du monde.
Le problème était considéré comme si important que, dans le cas de la France, à la fin de la seconde guerre mondiale, les États-Unis annulèrent la dette française en échange de l’instauration d’un quota minimum d’importation de films américains. Ce fut l’objet des accords Blum-Byrnes signés en 1946. Aujourd’hui, la proportion de films américains sur les écrans français ne tombe jamais au-dessous de 60% alors que la totalité des films étrangers importés non doublés ne représente même pas 4% des longs métrages qui passent sur les écrans américains.
Le but n’est pas l’enrichissement culturel réciproque. De la même manière, on commettrait une erreur stratégique si l’on pensait qu’il s’agit seulement pour les Américains de gagner des parts de marchés. La langue fait partie de l’arsenal stratégique de puissance qui est utilisé pour étendre un réseau d’influence selon un plan préétabli qui s’inscrit clairement dans une logique impérialiste. Si l’on refuse de voir ce problème, il devient invisible. Faire comme si la situation linguistique de l’Europe était le résultat d’une évolution naturelle serait une erreur stratégique dramatique.
Source : thèse d’un professeur d’histoire sur le site Jeune France

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