Grappillages 2012 (12)

Par Mauss

Le vin devient un peu une des locomotives de la presse papier, comme l'immobilier, les placements, les meilleures écoles de business, les hôpitaux, les hommes du cru.

Ainsi, dans le FigMag de ce week-end, on parle de dames du vin, des incontournables comme Carol Duval ou Catherine Péré-Vergé jusqu'à de totales inconnues (au moins pour bibi) comme Adeline Fernandez, sommelière à l'Auberge Bressane.

Même le "Hors-Série" du Monde sur "Les Nouveaux Paysans" y va de son couplet en racontant la belle histoire (page 58/59) de Jean-Christophe Barbe qui a planté en terres bordelaises du riesling et du gewurztraminer.

Il est un peu dommage qu'il n'y a pas quelques pages dans ce beau supplément sur la petite vérole insidieuse apportée par des administrations, financées - ne l'oublions pas - par ces agriculteurs, et dont le seul but semble de les emm………… avec de la paperasse les assimilant à des fraudeurs ou à des statisticiens devant alimenter des rayons poussiéreux d'archivages inutiles, jamais lus ou exploités. Bon, ne généralisons pas : il y a probablement quelques bons apôtres parmi ces enfants de Courteline.

DROITS DE PLANTATION

On sait depuis des lustres grâce aux archives de Guiraud (premier cru classé de sauternes) au début du XXème siècle, que près de 30 % du vignoble était à base de cépages venus d'Alsace.

Personne de sensé ne peut être contre ces essais, ces tentatives curieuses de plantations a priori bizarres, mais si cela se généralisait : où irions nous ? Certes, il y aurait fatalement à terme une sanction des marchés qui accepteraient ou rejetteraient ces vins "étranges". Mais on aurait aussi, peut-être là quelques découvertes intéressantes. Par contre, ce serait éventuellement une porte ouverte au n'importe quoi et le vin doit quand même rester, quelque part, avec des racines locales, historiques qui font que le chenin, par exemple, c'est plus que beau en Loire  … alors qu'en Rhône… va savoir, Charles !

Mais que dit la loi française ? Faut-il des autorisations spéciales pour faire cela, ou suffit-il simplement de ne réclamer aucune appellation et se contenter alors d'appeler son vin "Vin de France" ? Affaire à suivre.

LECTURE

Le roman du mois : le début est prometteur et pour une fois la critique semble plus que juste. "Le sermon sur le chute de Rome" de Jérôme Ferrari se dévore, d'autant plus qu'Actes Sud, l'éditeur, a là un format qui tient facilement en mains… comma le mini-Ipad qui sort début novembre.  On vous dira tout :-)

VINS

César Compadre, le journaliste "vins" du Groupe Sud-Ouest, évoque dans le supplément week-end, la quasi quarantaine de châteaux bordelais acquis par des investisseurs chinois. Ils restent discrets, sont avides d'apprendre, d'apprendre vite. Il est vrai que Bordeaux leur apporte outre un nom connu mondialement, de belles pierres de châteaux, un "outil" de promotion qui parle de lui-même en Asie. Il suffit de compter les reproductions à l'identique en Chine des plus belles propriétés bordelaises.

Revenons aux pages "liquoreux" du FigMag : où l'on constate que les prix de ces vins rares, souvent difficiles à créer, dépendant comme peu d'autres, de conditions atmosphériques particulières (venue du botrytis), sont finalement bon marché. Pour moins de €30, on trouve déjà de très belles choses.

Alain Sarraute (autant que je sache, "la" plume de Enrico Bernardo - ce qui n'est pas systématiquement écrit dans le quotidien - ) nous décrit là encore des vins dignes d'intérêt qui ne vident pas d'un seul coup votre porte-monnaie. Ce qu'il y a de bien et de pratique, c'est qu'Alain nous donne chaque fois l'adresse où ces vins sont disponibles. Voilà du concret pour l'amateur !

CRITIQUE

J'aime ses descriptions. L'exemple du cidre d'Eric Bordelet est frappant : la lecture du commentaire pousse à l'achat et à la consommation. 

Il évite l'excès d'analyse tel qu'on le lit trop souvent. D'autant plus que c'est généralement pour se donner un côté savant parfaitement inutile. Il n'est que temps pour la critique de comprendre que ce qui compte pour l'amateur, c'est de connaître surtout le ressenti. Le vin a t'il plu ou non ? Et si oui, à quel niveau ? Bof ?, Bah ? Couci-couça, plaisir, émotion, nirvana

GASTRONOMIE

Ce qui est bien avec les critiques de Maurice Beaudoin (FigMag) ou Philippe Couderc (Challenges) - certes pas des perdreaux de l'année, et avec tout le respect dû - c'est qu'on sait in petto qu'on ne va pas louanger les mousses à savon et les molécules dopées aux essences d'arômes artificiels créées honteusement dans quelque laboratoire ± chimique. Avec ces deux sympathiques lascars de la vieille école, les maisons recommandées méritent attention pour tout gastronome ayant un tantinet de sérieux dans son approche de la cuisine. Non mais !

ECONOMIE

On ne va pas faire de l'anti-Minc (trop certain d'avoir raison) ni du mini Attali. Mais il me semble que de plus en plus de concitoyens ont compris que les choses changeront réellement quand l'Etat réduira sérieusement ses dépenses hors obligations régaliennes. C'est en fait une course de vitesse entre ce que feront les politiques - toujours suiveurs de leurs électeurs - et cette conscience encore diffuse dans l'opinion des structures qu'il va falloir bousculer vigoureusement.

MUSIQUE

Le Grand Jacques est tout marri d'avoir loupé hier soir le concert plus qu'intime des Rolling Stones à Paris. Mais entre les îles grecques et le Priorat (quel beau rapport sur son blog), notre ami zwingliste de gauche (©FM) est l'homme des choix difficiles.

Mais de quoi je me mêle ? Sorry, Grand Jacques :-)

Le challenge, l'everest va venir en décembre : trouver des places honnêtes et à prix juste pour Lohengrin à la Scala, sous la direction de Barenboim. On va réveiller le ban et l'arrière ban des amis milanais pour cette quête du graal !

Vous rendez vous compte ? 2013 sera l'année anniversaire de deux géants de l'opéra : Wagner et Verdi. A quel niveau s'écoutaient-ils l'un et l'autre ? Le rêve : prendre une année sabbatique pour parcourir l'Europe des festivals, sans oublier quelques vignerons à qui on passerait dire bonjour et quelques tables à honorer de sa présence. La vie est si courte : mais pourquoi faut-il jouer au loto et surtout le gagner ? Il y a de ces injustices, je vous jure !

Bon : la chance qu'on a et que Stendhal n'avait pas : les instruments de reproduction sonore et même visuelle maintenant ! Parcourir les ruelles du vieux Paris en écoutant Mirella Freni dans les Noces. Arrêtons de pleurnicher ! L'homme n'a jamais eu autant de facilité à s'élever le goût, les plaisirs, la connaissance, l'âme même !

SANS RAPPORT

 

Alessandro Masnaghetti qui vient de publier une somme sur les grands crus du Piémont : on vous en parlera vite !

 

Entre deux soirées au Staatsoper, faite le tour de Vienne en calèche : c'est bettanien en diable !

Ça devait être sacrément frigo en hiver, ce genre d'endroit !