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Biodiversité: encore un échec

Publié le 27 octobre 2012 par Eldon

©Inconnu

Qu’a donc donné la onzième conférence de l’ONU sur la biodiversité de Hyderabad, en Inde dont nous vous faisions part dans un précédent article et aux enjeux considérables? Rien, un échec complet. La nature et ses 61 000 espèces n’intéressent décidément personne ou peut-être que ceux qui pensent pouvoir la vendre.

La réunion qui s’est achevée le 19 octobre  n’a même pas réussi à dégager les sommes nécessaires au sauvetage de milliers d’espèces menacées de disparition sur tous les continents, estimée à 100 milliards d’euros par an, soit 10% du budget militaire américain.

On a même pas  annoncé une seule des mesures susceptibles d’enrayer l’érosion de plus en plus rapide de la richesse naturelle indispensable à la survie de la planète.

Surexploitation des ressources, déforestation, pollution, changement climatique : le taux d’extinction des espèces végétales et animales est aujourd’hui jusqu’à mille fois plus élevé que ce qui était connu jusqu’ici, selon les scientifiques.

Près d’un tiers des espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction, a rappelé cette semaine en Inde l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en présentant sa nouvelle « liste rouge » des espèces en danger. C’est le cas pour une espèce d’amphibien sur trois, plus d’un oiseau sur huit, plus d’un mammifère sur cinq, plus d’une espèce de conifère sur quatre.

Pas assez important semble-t-il pour qu’on se mobilise alors que les conséquences de la destruction de la biodiversité va entraîner des crises humaines et économiques considérables (famines, exodes, pauvreté, ….).

En attendant ceux qui se frottent les mains sont les financiers et les multinationales, les « biopirates » qui pillent la biodiversité et se l’approprient:

- en brevetant le vivant:

Les exemples ne manquent pas : « celui du margousier et de l’huile de neem (huile extraite des fruits du margousier) est particulièrement parlant. Les paysans indiens, qui utilisent l’huile de neem depuis des siècles pour ses propriétés insecticides et acaricides, se sont vus privés du droit d’accès aux fruits du margousier, à cause d’un brevet déposé par une société américaine. Ce brevet a d’ailleurs été annulé en 2005 par l’Office Européen des Brevets pour cause de biopiraterie.

La liste des espèces vivantes concernées par un brevet (sans accord avec le pays « fournisseur ») est longue, en voici quelques-unes :

  • Homolanthus nutans, aussi appelé Mamala, est une plante native du Samoa. Les populations locales l’utilisent depuis des siècles pour soigner la fièvre jaune. Le US National Cancer Institute en a extrait la prostratine, qui pourrait être utilisée dans le traitement du Sida, sans aucune compensation financière pour le pays d’origine de la plante.
  • Banisteriopsis caapi, ou Ayahuasca, est une plante ligneuse qui pousse en Amérique du Sud. Son écorce est utilisée par les shamans indigènes pour traiter différentes maladies. La plante fait depuis 1986 l’objet d’un brevet américain.
  • Aspalathus linearis, ou Rooibos, est une plante native d’Afrique du Sud, plus connue sous le nom de thé rouge. Une filiale du groupe Nestlé a déposé en catimini, en 2010, plusieurs brevets sur les applications de la plante. L’administration sud-africaine (l’Afrique du Sud est l’un des rares pays à avoir prévu dans sa législation les conditions d’accès aux ressources et de partage des bénéfices) a réagi afin de rétablir une équité dans la répartition d’éventuelles retombées financières.
  • Deux espèces de Pelargonium issues d’Afrique du Sud sont utilisées par les populations locales pour soigner les bronchites. Schwabe, une société allemande, a tenté de déposer en 2008 plusieurs brevets sur les propriétés de la plante et ses méthodes d’extraction. Le bureau européen des brevets a révoqué ces brevets en 2010 pour défaut d’inventivité…« 

- en s’accaparant les terres: Au moins 5 millions d’hectares de terres ont été achetés ce jour en Afrique par des Etats étrangers, des multinationales ou des fonds de pension.

© Inconnu

La FAO s’inquiète un peu des violations des droits des paysans que ces accaparements de terres peuvent entraîner, et s’interroge sur la participation des populations locales aux bénéfices générés.

- en imposant les OGM

- en s’emparant des circuits de distribution

«  En 2010, l’économiste indien Pavan Sukhdev avait comptabilisé les services rendus par la nature, estimant que l’érosion de la biodiversité coûtait entre 1 350 et 3 100 milliards d’euros par an. Et on a préféré économiser 100 milliards par an….. 

© Inconnu

Pendant la conférence, Sandrine Bélier la députée européenne avait déclaré: « S’il n’y avait pas d’accord sur les financements, ce serait au pire la mort des objectifs de sauvegarde de la biodiversité définis lors de la conférence de Nagoya en 2010 et, au mieux, deux années de perdues ».

Bon ben voilà, c’est fait.

Voir:

- l’indispensable Earthlings

- Les moutons enragés

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