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Manuel Valls et la militante basque de trop

Publié le 04 novembre 2012 par Juan
Manuel Valls et la militante basque de trop
« C'est une politique que je qualifierai d'autoritariste. »
Le commentaire fut d'Yves Cochet, le député européen écologiste, vendredi soir sur iTélé, à propos de Manuel Valls. Comme d'autres, comme nous, il réagissait très vite à la demande d'une journaliste à propos de l'extradition d'une militante indépendantiste basque vers l'Espagne.
Il avait tort. Cette expulsion extradition d'Aurore Martin, militante d'un parti pourtant légal en France, a certes semé plus qu'un trouble.
Une ire, une révolte, une consternation.
Pourquoi ?
Il y a deux ans, la police avait déjà tenté la chose, en vain, empêchée par des soutiens de la militante. On imagine Aurore Martin, Française, victime d'un délit d'opinion en Espagne. Militante d'un parti légal en France, illégal en Espagne. A l'heure des frontières intra-européennes disparues, la situation semble anachronique.
Nous fûmes choqués, comme d'autres, encore nombreux. A gauche comme à droite. 
Et pourtant ...
1. Les autorités françaises ont juridiquement raison.
Le ministre de l'intérieur ne pouvait rien faire d'autre, sauf à ne pas respecter la loi. La jeune militante a épuisé tous les recours (cour d'appel de Pau, Cour de cassation, Cour européenne des droits de l'Homme). Le mandat d'arrêt européen (MAE) qui la concerne s'impose aux autorités françaises. Elle n'a pas été arrêtée, d'après les premiers éléments d'information, dans le cadre d'une opération policière d'envergure. Elle a été arrêtée lors d'un simple contrôle routier, explique la gendarmerie. « Nous reprochons à Manuel Valls de ne pas respecter le droit français », a déclaré sur i>Télé le député EELV Noël Mamère. Il fait référence à une disposition qui autorise la France à ne pas appliquer un MAE pour les délits d'opinion. Mais dans ce cas précis, répétons-le, Aurore Martin a même été déboutée de sa demande d'annulation du MAE devant la Cour européenne des droits de l'homme.
2. La France ne livre pas ses ressortissants à un autre pays pour des faits qui ne sont pas condamnables en France. C'est la seconde critique, plus fondamentale, contre cette extradition. Bizarrement, la presse française n'a pas fait état du contenu exact des charges qui pèsent contre Aurore Martin. La justice espagnole l'accuse depuis 2007 d'avoir participé à une manifestation de soutien à ETA. ETA est un mouvement terroriste de part et d'autres des Pyrénées. L'organisation a annoncé un cessez-le-feu en 2011 mais n'a pas déposé les armes.
3. L'Espagne n'est pas une dictature. Franco est mort il y a bientôt 40 ans.Aurore Martin n'a pas été encore jugée en Espagne. Nul ne sait même si elle sera condamnée, ni, le cas échéant, à quelle peine elle sera condamnée. Elle risque 12 ans de prison, mais l'Espagne est un pays démocratique. La justice y est largement comparable à la nôtre, en bien comme en mal.
4. Il était surprenant d'entendre un représentant de Batasuna expliquer que Claude Guéant, le prédécesseur de Manuel Valls, avait lui au moins respecter une trêve tacite avec le mouvement indépendantiste:  « Il y avait un accord tacite que Valls a cassé, une étape a été franchie ». Les tensions dans le pays basque s'étaient donc apaisées. Claude Guéant et Nicolas Sarkozy, malgré leurs rodomontades publiques, avaient visiblement choisi un apaisement que les partisans d'Aurore Martin réclament à nouveau. On peut donc comprendre de certaines critiques contre Valls qu'elles lui reprochent d'avoir trouvé ce calme relatif, d'avoir préféré l'application de la loi au pragmatisme.
5. Manuel Valls est un coupable idéal. Ce n'est pas la première fois que Manuel Valls - et par ricochet l'ensemble du gouvernement - est accusé de dérapage sécuritaire depuis mai dernier. A gauche, certains décrivent Valls comme une réincarnation de Sarkozy. A droite, on se pince de gêne pour fustiger la prétendue hypocrisie du collègue de Christiane Taubira.Avec cette arrestation, une belle partie des critiques habituelles du ministre de l'intérieur se sont facilement mobilisées

Cette expulsion/extradition est-elle légitime ? Oui.
Dommageable ? Oui.
Mon dieu, le monde est parfois gris.
Les autorités françaises ont commis une bourde politique. L'arrestation puis l'expulsion de la militante ont déclenché l'ire et la protestation de tous les représentants politiques locaux.
Le mal est-il fait ?
Pas forcément, ça dépend pour qui.
Le lendemain, le ministre a nié toute intervention ni consigne donnée aux forces de l'ordre: « L'exécution du MAE est une décision de la justice. La décision a été appliquée sous l'autorité du parquet général de Pau. Ce n'est pas du ressort du ministre de l'intérieur que je suis. » Même Christiane Taubira a réagi: « la remise de Mme Martin à la justice espagnole s'est opérée dans le strict cadre du mandat d'arrêt européen ».
On a peine à croire que le gouvernement français en général, ou Manuel Valls aient quelque chose à gagner avec cette extradition. C'est plutôt l'inverse, surtout si elle n'est pas davantage revendiquée.
Certains auront besoin de crier au complot élyséen. François Hollande comme son premier ministre ou le locataire de la Place Beauvau ont pourtant d'autres chats à fouetter.


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