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Lectures pour tous

Publié le 09 novembre 2012 par Toulouseweb
Lectures pour tousDes bouquins, encore des bouquins.
** Saint Ex, suite. On attendait avec impatience le second tome, le voici : ŤAntoine de Saint Exupéry, la gloire amčre, 1937-1944ť, dű ŕ l’infatigable Bernard Marck, aux Editions de L’Archipel. Un récit exhaustif, précis, mais qui ne prétend en aucun cas analyser l’œuvre littéraire du pilote-écrivain. Une biographie de cette ampleur ne se résume pas mais on en retiendra quelques points forts qui suscitent un intéręt particulier, remarque qui s’applique notamment ŕ l’attitude de Saint Exupéry vis-ŕ-vis des politiques. Qu’il s’agisse du régime de Vichy ou encore du général de Gaulle, sur lesquels il pose un regard d’autant plus distant, par exemple en 1941/42, qu’il séjourne alors ŕ New York.
Le Général, explique Bernard Marck, apprécie Saint Ex, l’homme, le combattant, l’écrivain, le pilote de guerre Ťet mesure tout le profit qu’il pourrait tirer de sa notoriété aux Etats-Unis. A plusieurs reprises, il lui envoie des émissaires pour tenter un rapprochement, mais Antoine se dérobe ŕ chaque foisť. Question claire et nette du Général ŕ René Pleven : Ťne peut-on rallier Saint Exupéry ?ť Un peu plus tard, quand Giraud a remplacé Pétain, aux yeux de Saint Ex, le Maréchal n’était pas condamnable mais plutôt Ťune victime, une de plus, de cette maudite guerreť, un soutien que les gaullistes digčrent mal. Décidément, dans ce parcours, rien n’est simple. Dans les mois qui suivent, le jugement de Saint Ex sur le Général évoluera lentement, ŕ l’époque du retour en France, des missions depuis Borgo.
Lŕ, on rejoint pleinement l’auteur en regrettant que le Général et Saint Ex ne se soient jamais rencontrés. D’autant que le premier, pour autant qu’on sache, reprochait au second son manque de perspective politique. Une critique qui n’était peut-ętre pas fondée et qui aurait pu susciter d’intéressants échanges.
Bien entendu, le lecteur en dira autant chaque fois qu’il sera question de Consuelo de Saint Exupéry, complexe, difficile, imprévisible, inconstante, dont la personnalité est bien cernée par notre biographe. Et, ŕ propos de la Ťvérité ultimeť, Bernard Marck s’en tire bien, encore qu’il adopte une attitude un peu trop laxiste vis-ŕ-vis de certains de ses collčgues qui ont cherché le scoop dans des circonstances qui ne s’y prętaient pas tout ŕ fait.
**L’Autorité. Voici un ouvrage sorti de nulle part qui plonge le lecteur dans une profonde perplexité. ŤLe Commandant de bord : l’autoritéť, de Michel Mouton, publié chez Jérôme de Bentzinger, est inclassable en męme temps que difficile ŕ lire. Qui plus est, il relčve d’un genre qui pęche par absence dans les librairies, fussent-elles spécialisées. Il s’agit, en effet, du premier d’une série d’ouvrages écrits par un pilote de ligne dans le but d’analyser sa profession, de la disséquer, de la replacer dans une perspective qui se situe trčs loin des propos souvent stériles et ŕ courte vue des syndicats.
C’est d’ailleurs lŕ que réside toute la difficulté, l’obligation pour l’Honnęte Homme du XXIe sičcle de passer sans transition du tract syndical version SNPL ŕ un exercice qui rappelle indirectement les travaux menés par une brillante équipe de la Sorbonne il y a plus de 25 ans. Rien entre les deux, par la moindre planche de salut, des pilotes de ligne français vivant plus que jamais enfermés dans leur tour d’ivoire.
C’est d’ailleurs pour cela que ce pilote-écrivain d’un tout autre genre nous déroute, nous met ŕ rude épreuve. On s’interroge dčs les premičres pages quand il est dit que Ťle commandant de bord n’a pas de statut, que la responsabilité découle de l’autorité et que le leadership ne correspond pas ŕ l’autorité, le commandant de bord étant plus qu’un leader, et imparfaitement un leader, pas le seul leaderť. Pour s’expliquer, 300 pages bien tassées n’y suffiront pas.
Le problčme est que Michel Mouton met probablement la barre trop haut, męlant psychologie, sociologie, philosophie, le droit, bien sűr. Il faudrait qu’il remette son ouvrage sur le métier tout simplement pour le mettre ŕ la portée du plus grand nombre. D’autres le lui suggéreront, ŕ n’en pas douter.
** Crise de nerfs. Jean-Louis Baroux revient en librairie avec 350 pages de commentaires amusés, acerbes, narquois, désespérés, consacré au secteur aérien qu’il connaît par cœur, ŕ force de l‘explorer depuis tant d’années : ŤTransport aérien : une profession au bord de la crise de nerfsť, aux Editions de l’Archipel. Il s’agit de chroniques publiées au fil des mois par les lettres électroniques professionnelles Déplacements Pros, Tourmag et La Quotidienne. Toutes sont bien tournées et rappellent, si besoin est, que la quasi-totalité des compagnies aériennes marchent sur la tęte.
Un monde de fous, nous le rappelons ici-męme presque tous les jours. Nous sommes d’accord avec Jean-Louis Baroux, de la premičre ŕ la derničre ligne et nous devinons que ses lecteurs ignorent tout simplement qu’ils rient ŕ leurs dépens. C’est la cerise sur le gâteau, un plaisir gratuit, sans cesse renouvelé, et une lecture rafraîchissante. Bravo !
** Déco. La collection Ciels du monde du Cherche Midi nous offre un repos pour les yeux : Fabrice Marie et Philippe Arhab ont réuni les ŤCouleurs dans le cielť nées de livrées d’avions souvent trčs belles, originales, plus variées qu’il n’y paraît ŕ premičre vue. C’est un effet induit de la déréglementation, l’apparition de nouvelles compagnies aériennes faisant éclore des livrées variées comme il n’en existait pas dans le passé.
Parmi les ténors, Qantas, ANA, Etihad s’y sont risquées. Mais ce sont surtout des transporteurs plus rares, peu connus en dehors de leur petite sphčre d’influence, qui ont donné toute liberté ŕ leurs décorateurs. Ou, mieux encore, ŕ des artistes de talent. D’oů cette profusion de belles images, une respiration dans un monde difficile.
Pierre Sparaco - AeroMorning

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