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Je suis toi et tu es moi

Publié le 22 octobre 2012 par Zenbelle @zenetbelleblog

     La façon dont nous saluons une personne reflète généralement la considération que nous éprouvons à son égard et, sauf hypocrisie de notre part, l’information est transmise à notre interlocuteur. Un homme d’affaire fera ainsi la démonstration de son sentiment de supériorité sociale envers une secrétaire en négligeant volontairement de lui dire bonjour, un parent rappellera son mécontentement de la veille à son enfant en l’accueillant d’un ton sec le lendemain matin, deux amis se salueront chaleureusement afin de se montrer leur respect mutuel… Le salut, que nous pratiquons des dizaines de fois par jour, mérite toute notre attention car il est la toile sur laquelle nous dessinons notre perception du monde, d’une situation ou d’une personne, et dans notre société occidentale actuelle, les émotions laissent rarement la place à un état de conscience supérieure. Pour en arriver là, il faut se mettre en route vers l’Est.

     Une étape transitoire s’impose dans les pays de religion musulmane où se pratique le célèbre « As-salâm’aleïkoum », salutation parlée signifiant « Que la paix [d’Allah] soit sur toi ». Il est apparemment de coutume d’y répondre par une salutation meilleure ou, a minima, égale. Le hadîth rapporté par l’érudit Al-Bukhari et l’auteur Muslim en donne l’explication : « Lorsqu’Allah créa Adam, Il lui dit :  » Va saluer ce groupe d’anges assis là-bas et écoute la manière dont ils te salueront en retour, ce sera là ta salutation et celle de ta descendance. » Il leur dit donc : «   Que la paix soit sur vous «  ; ils répondirent :  » Que la paix soit sur toi ainsi que la Miséricorde d’Allah «  ; ils rajoutèrent ainsi à la salutation d’Adam  » la Miséricorde d’Allah «  ». Bien plus qu’une habitude, le Salam est à son origine perçu comme une manière de faire le bien qui rapporte de bonnes actions à celui qui le pratique.

     Un peu plus loin vers l’Est, dans de nombreux pays d’Asie du Sud tels que l’Inde ou le Népal, c’est l’immortel « Namaste » ou « Namaskar » qui est utilisé, tant comme signe de salutation que de remerciement. Généralement traduit en Occident par l’expression « Je salue le divin en toi », il provient des mots sanskrits « nama » – salutation respectueuse – et « te » – toi. Il s’accompagne du mudra du salut et de la considération, anjali-mudra, où les paumes de mains sont pressées l’une contre l’autre avec les doigts orientés vers le ciel. Les mains peuvent être jointes au-dessus de la tête pour saluer Dieu, devant le visage pour saluer le guru – guide spirituel –, ou devant la poitrine pour saluer nos semblables. « Namaste » fait partie des 5 différentes formes de respect énoncées par les écritures saintes – Veda –, et véhicule la croyance que la vie qui nous habite, le divin en nous, le Soi ou le Dieu qui réside en nous, est le même chez tous.

Je suis toi et tu es moi

     Egalement empreinte d’une profonde signification spirituelle, la salutation maya « In lakesh », que l’on peut comprendre comme « Je suis un autre toi et tu es un autre moi », rappelle que nous faisons tous partie du même « Tout », l’Humanité. Chacun d’entre nous, même s’il suit son propre chemin, demeure un acteur de l’évolution globale, et peut influencer celle d’une personne se trouvant à des milliers de kilomètres. Nous sommes tous étroitement liés les uns aux autres, et « In lakesh » nous rappelle l’importance de prendre en compte le point de vue de l’autre avant de prendre une décision et d’agir. Au-delà des concepts d’unité et d’égalité, ce salut maya nous projette dans un espace d’empathie et de compassion où l’ego n’a pas sa place. Nous y prenons la pleine responsabilité de nos actes vis-à-vis de nos semblables et de l’Humanité tout entière.

     Après ce rapide voyage culturel, il est difficile de ne pas remarquer la pauvreté du « Bonjour » occidental qui, lorsqu’il n’est pas omis, est souvent prononcé machinalement, voire dénué de la moindre intention bienveillante envers son destinataire. Ceci étant dit, « As-salâm’aleïkoum », « Namaste » ou « In lakseh » perdent, à mon avis, toute leur valeur spirituelle s’ils sont aussi prononcés mécaniquement, sans ressentir leur signification profonde. Au-delà des mots qui proviennent de langages différents, le plus important est l’état d’être qui est consciemment projeté vers son interlocuteur. Selon moi, « Bonjour » peut tout à fait véhiculer la même grâce qu’« In lakesh » du moment qu’émane de tout notre être la croyance que «  Je suis un autre toi » et que « Tu es un autre moi ». Soyons donc pleinement conscients du message que nous faisons passer à chaque salutation, car celui-ci n’est pas sans répercussion.

     In lakesh.


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