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On avait pas dit qu’on arrêtait de parler des rapports entre B.D. et cinéma ?

Publié le 21 novembre 2012 par Legraoully @LeGraoullyOff

On avait pas dit qu’on arrêtait de parler des rapports entre B.D. et cinéma ?

Ici Brest, les Bretons parlent aux Lorrains ! C’est quand même incroyable, tous les feuilletons débiles qu’ils passent à la télé ! Tenez, le dernier en date : ça se passe dans les locaux d’un parti politique qui a gouverné tout un pays pendant dix ans ; les militants votent pour élire leur leader mais il y a tricherie et chaque jour, on annonce un vainqueur différent ! Ça tient pas deux secondes, un scénario pareil ! Une chose pareille ne pourrait jamais arriver dans un parti politique sérieux ou, alors, le peuple ne l’aurait jamais laissé gouverner ! Aucun sens des réalités, ces scénaristes de sitcoms ! Autant imaginer qu’une poignée de rétrogrades agités fasse reculer le président de la république sur l’application d’une importante réforme morale, tant qu’à rester dans l’invraisemblable !

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Vous l’avez compris : la télé, pas plus qu’hier et encore moins que demain, n’a quoi que ce soit à nous offrir, alors autant jeter « l’étrange lucarne », comme l’appelait jadis Le Canard enchaîné, par la fenêtre et, avec l’argent économisé en ne payant plus la redevance, aller au cinéma. Tiens, il y a Astérix et Obélix au service de sa majesté qui est toujours à l’affiche ! Ça doit bien marcher, dites donc ! Dix mois avant la sortie du film, qui était déjà annoncée, j’avais écrit ceci : « Après le massacre d’Astérix aux jeux olympiques, je n’ai aucune envie d’aller voir ce film où Catherine Denevue joue la « reine d’Angleterre » et où Charlotte Le Bon, l’ex-miss-pimbêche-météo de Canal+, joue l’épouse infidèle de Jolitorax… Arrêtez le saccage, par Toutatis ! »

Et bien vous savez quoi ? J’ai maintenant la confirmation qu’on devrait toujours tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de dire quelque chose ! Il est vrai qu’à l’époque, j’étais encore passablement échaudé par la gigantesque arnaque du film de Thomas Langmann et qu’en bon admirateur de Goscinny, je regrettais que le monde de la tune saccage une des mes bédés préférées rien que pour faire les poches aux bouffeurs de pop-corn. Qu’Uderzo ponde des scénarios pas terribles-terribles pour se faire une retraite, à la rigueur, il a co-créé Astérix avec son défunt et génial ami, il a le droit, je lui pardonne. Mais quand un cinéaste entreprend d’adapter cette série mythique, qu’il fasse preuve du minimum de talent et d’intelligence qu’on est en droit d’attendre de quelqu’un qui relève pareil défi ! Et il se trouve que Laurent Tirard et son équipe ont su faire preuve de ces deux qualités, j’avais donc perdu une belle occasion de fermer ma gueule, il y a dix mois.

Bon, d’accord, on ne se poile pas autant que devant le film d’Alain Chabat ; d’accord, mêler les intrigues d’Astérix chez les Bretons et d’Astérix et les Normands ne se justifiait pas outre mesure (même si la mayonnaise prend assez convenablement) ; d’accord, certaines scènes sont un peu trop vite expédiées, comme celle du match de rugby ou celle de la visite chez le voleur de charrettes ; mais n’empêche. N’empêche que l’esprit de Goscinny est respecté, on retrouve des caractéristiques essentielles du génial humoriste telles que la caricature des identités (l’Angleterre de pacotille dans laquelle évoluent les personnages est savoureusement kitsch), les allusions culturelles (à commencer par une délirante parodie d’Orange mécanique !) et même la fâcherie entre Astérix et Obélix s’inscrit à merveille dans la continuité des scénarios goscinniens (cf. Le cadeau de César ou Obélix et compagnie).

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Car les principaux atouts du film, c’est sa distribution et ses jeux d’acteurs formidables: Gérard Depardieu est fidèle à lui-même dans un rôle taillé sur mesure pour lui (quel dommage que notre dernier comédien de légende soit un gros con dans la vie !) et Édouard Baer remplace avantageusement Christian Clavier dans le rôle du petit gaulois qu’il a su cerner à merveille : malin et rusé mais teigneux, colérique et incapable, quoi qu’il dise, de se passer de son gros copain ; il n’en reste pas moins fidèle à son personnage de bavard impénitent se perdant dans des considérations à n’en plus finir – la scène où un bourreau romain le torture, c’est un sommet ! Le reste du casting ? Nickel chrome aussi : Guillaume Gallienne campe un Jolitorax plus british que nature ; Vincent Lacoste, qui joue Goudurix, est parfait dans ce rôle d’adolescent capricieux qui n’aspire qu’à pouvoir traîner des pieds en paix – j’en connais, des comme ça ! On a presque envie de donner des baffes à Jules César tant il est arrogant et suffisant, on en oublierait presque que c’est Fabrice Luchini, et Catherine Deneuve se révèle à même de remplacer la vraie reine d’Angleterre tant elle est royale. Même Charlotte Le Bon, que je ne supportais pas quand elle présentait la météo sur Canal+, est très bonne dans le rôle de la fiancée de Jolitorax, la jolie québécoise ferait donc bien de trainer en justice les réalisateurs, script-boys et maquilleurs de la chaîne cryptée qui l’ont fait passer pendant un an pour une pétasse sans charme ni talent ! Citons aussi Dany Boon jouant Tetedepiaf (un ch’ti qui joue un normand, ‘fallait oser !), Atmen Kelif jouant le « sans-papyrus » (paf, encore un « goscinnisme » !) Paindépis et Gérard Jugnot dans le rôle de Barbe-rouge, histoire de le venger de ne pas avoir pu réaliser le troisième Astérix ; mais ma chouchoute du casting, c’est incontestablement la grande Valérie Lemercier, absolument formidable dans le rôle de la gouvernante d’Ophélia : plus caricaturalement british, tu meurs ! On n’avait pas vu ça depuis Alice Sapritch jouant la duègne dans La folie des grandeurs ! Même si elle s’est parfois laissée aller à jouer dans de grosse daubes, Valérie Lemercier est une vraie grande dame de la comédie, dont on sous-estime trop souvent le talent et le caractère unique : on ne peut pas la remplacer dans quelque rôle que ce soit, et ce n’est pas Muriel Robin qui me convaincra du contraire !

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Conclusion : le film de  Laurent Tirard mérite le détour, son succès de fréquentation n’est pas usurpé, je lui accorde un satisfecit ! Dire que si je n’avais pas eu la curiosité d’aller voir, j’aurais probablement gardé mes aprioris négatifs, mais bon, faute avouée est à moitié pardonnée, non ? Allez, salut les poteaux !

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