Magazine Côté Femmes

Assistante et femme

Par Elleveutoo

On me demande souvent « A quoi ça sert d’être dans des réseaux d’entrepreneuriat féminin, qu’est -ce qu’on y trouve? »… Si la réponse est pluri-elle, l’aspect qui me touche too particulièrement est lorsqu’une experte nous livre la face B de sa profession. Regards croisés bienveillants et écoutes empathiques, au Réseau des Créatrices d’Entreprise à Montpellier, tout était réuni pour que Marie-Christine Sini se confie sur les joies de sa profession de Secrétaire assistante libérale mais également les écueils inhérents aux femmes. Avec beaucoup de gentillesse et forte de son expérience, elle a accepté de témoigner de sa position d’assistante et femme

Cela fait dix ans que j’anime des formations essentiellement pour les secrétaires et assistantes. Assistante, car ce métier est à 98 % occupé par des femmes. C’est d’ailleurs en rencontrant de rares assistants dans mes stages que j’ai pu constater que nos parcours professionnels sont intimement liés à nos parcours de femme.

En effet, si les secrétaires homme ou femme développent les mêmes savoir-faire, leur savoir-être diffère.

La fonction a beaucoup évolué au fil des progrès techniques (téléphone, photocopieur, fax) puis technologiques (ordinateur, téléphone portable, messagerie électronique). Les secrétaires sont devenues assistantes : elles ne sont plus de simples exécutantes mais prennent en charge aujourd’hui l’organisation du travail et du temps d’une ou plusieurs personnes, gèrent des dossiers en autonomie, rédigent tout type de document, etc.

Pour autant, la majorité d’entre elles ne sait pas valoriser ses compétences et donc la place primordiale qu’elle occupe au sein d’une structure ou d’un service. Elle se positionne fréquemment en travaillant pour son responsable, alors qu’elle œuvre avec lui. Cette anomalie est le cœur de leurs difficultés.

Ainsi, une foule de témoignages en formation ou visibles sur les réseaux professionnels virtuels nous permet de visualiser des situations mal vécues par les assistantes :

-   arrêter instantanément un travail en cours pour une lettre urgente qui sera retrouvée non signée et non expédiée une semaine plus tard,

-   s’occuper des affaires personnelles de son responsable au détriment des dossiers en cours,

-   se laisser parler sur un ton trop brutal ou autoritaire,

-   etc.

Autant d’exemples qui mettent en place une frustration importante, voire une rancœur. Pourquoi ne pas poser les bonnes questions ? Pourquoi ne pas donner des limites lorsque les demandes dépassent notre acceptable professionnel ? Pourquoi ne pas oser dire non ?

Voilà le centre de la problématique : l’affirmation de soi, l’affirmation de sa fonction. Mais d’ailleurs, toutes ces femmes, comment agissent-elles dans leur vie privée ?

Il suffit de parler un peu plus « personnel » pendant les pauses des journées de formation pour s’apercevoir que notre vie de femme nous rattrape dans notre fonction d’assistante. En effet, aujourd’hui, nous travaillons, et en parallèle, nous continuons à nous occuper de notre famille, de notre maison et de toute l’organisation quotidienne. Bien sûr les choses ont évolué, mais il suffit de s’intéresser à la question pour s’apercevoir que le temps « corvée » imparti à notre sphère personnelle est encore bien supérieur pour les femmes par rapport aux hommes.

Et ces assistantes reproduisent dans leur sphère professionnelle ce qu’elles font à la maison : elles rendent service au-delà de ce qu’on leur demande et elles n’ont pas appris à dire non. Les rares fois où elles y parviennent, la culpabilité se charge de les rattraper.

Il est amusant pour moi de constater aujourd’hui que mon parcours professionnel m’a permis d’évoluer personnellement en terme de culpabilité.

J’ai fait une quinzaine d’années d’intérim sur des postes de secrétariat qui m’ont permis d’apprendre la polyvalence et l’adaptabilité nécessaires à mon métier, mais aussi d’être relativement disponible pour ma famille. En parallèle, le parcours professionnel de mon époux lui a permis une belle évolution dans son métier. Soyons clair dès le début, je n’ai jamais ressenti de frustration car mon mari a toujours été très présent et à la maison et avec ses enfants.

Puis j’ai intégré une société en CDI qui m’a permis de prendre conscience de mon savoir-faire professionnel. J’ai pu également évolué de façon très satisfaisante au sein de cette structure. Mais des problématiques relationnelles m’ont mis en difficulté. Aujourd’hui, je sais que je suis responsable pour moitié de cette situation car je n’ai pas osé me positionner, dire non : lorsque je l’ai fait, je l’ai mal fait et trop tard.

Je me suis donc installée en tant qu’indépendante, sous l’impulsion de mon conjoint : c’était un projet de vie puisqu’il devait faire de même quelques mois plus tard. Être en freelance, c’est apprendre à se réaliser. Il a fallu que je passe de l’assistante à la formatrice, du rôle de  salariée à celui de fournisseur et que j’apprenne à « vendre » ce que je réalisais. C’est une école difficile mais qui m’a obligé à prendre confiance en moi, à oser m’affirmer et à apprendre à travailler avec et non pour.

Une métamorphose lente mais qui aujourd’hui me fait prendre conscience que le métier que j’aime, celui d’assistante, préfèrerait celle que je suis devenue, en termes de savoir-être, à celle que j’ai été.

Marie-Christine SINI

www.mcsini.fr


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