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Les sept plaies d’une planète durable

Publié le 11 décembre 2012 par Eldon

terre polluee Les sept plaies dune planète durableArticle de Marc Chevallier parue dans Alternatives Economiques Hors-série n° 083  de décembre 2009

 Depuis le milieu des années 1990, le réchauffement climatique occupe le premier rang des inquiétudes concernant l’environnement. A juste titre: c’est un phénomène d’ores et déjà observable, dont les conséquences futures sont potentiellement dramatiques. De plus, la question ne peut avoir de solution que mondiale. Mais le climat est très loin d’être la seule menace environnementale d’envergure susceptible de mettre en cause la survie de notre espèce.

Certaines paraissent en cours de règlement, comme le trou observé dans la couche d’ozone à partir de la fin des années 1970. Le processus entamé en 1987 avec le protocole de Montréal a en effet mené à l’interdiction progressive des CFC (chlorofluorocarbures) responsables de ce phénomène. En dépit de ce succès, la reconstitution de la couche d’ozone aux niveaux observés avant 1980 n’est attendue qu’autour des années 2060-2075!

D’autres questions tout aussi préoccupantes ne font cependant pas l’objet d’une action d’envergure suffisante: que l’on songe aux dégâts du productivisme agricole, à la pénurie croissante d’eau potable, à l’épuisement de la vie dans les océans, à la progression de la déforestation, à la destruction de la biodiversité ou encore à la dissémination de produits toxiques, de métaux lourds et de polluants organiques persistants notamment… La faible mobilisation sur ces phénomènes pourtant cruciaux s’explique souvent par l’absence d’un consensus à la fois politique et scientifique sur leur ampleur et leurs conséquences. Exactement ce qu’a su aider à construire au niveau mondial le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Le Giec a en effet joué un rôle de premier plan dans l’accouchement du protocole de Kyoto. Il manque encore au monde un Giec des forêts, un Giec des océans, un Giec de l’eau…

1. Le changement climatique s’accélère

En l’espace d’une décennie, la réalité du changement climatique a quasiment cessé de faire polémique. Sans doute l’augmentation des tempêtes et autres événements atypiques ont-ils nourri cette prise de conscience: le nombre des cyclones les plus intenses a en effet presque doublé au cours des trente-cinq dernières années.

Selon le dernier rapport du Giec, publié en 2007, onze des douze années qui séparent 1995 de 2006 figurent parmi les douze années les plus chaudes observées depuis 1850. La température a augmenté en moyenne de 0,7 degré au cours du XXe siècle, tandis que le niveau des mers a gagné 1,8 millimètre par an depuis 1993, sous l’effet de la fonte des glaciers et de la banquise polaire. L’activité cyclonique est, quant à elle, devenue plus intense dans l’Atlantique Nord, alors que le régime des précipitations changeait dans de nombreuses parties du globe, entraînant une progression des sécheresses.

La responsabilité des activités humaines dans ce phénomène – ce qu’on appelle son caractère anthropique – fait de moins en moins de doute. L’explosion des émissions de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle (+ 70% rien que depuis les années 1970) a amené une concentration de ces gaz dans l’atmosphère inédite depuis des centaines de milliers d’années. La source principale de ces émissions a été le recours croissant aux énergies fossiles: charbon, pétrole et gaz. Et, dans une moindre mesure, le changement d’affectation des sols (déforestation, agriculture…).

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Au train où vont les choses, si aucune action drastique pour les limiter n’est mise en oeuvre, ces émissions continueront de croître au cours des prochaines décennies de 25% à 90% entre 2000 et 2030, selon les derniers scénarios du Giec. La température mondiale pourrait alors augmenter en moyenne d’ici à 2100 entre + 1,8 °C et + 4 °C par rapport à 1980-1999. Le niveau de la mer s’élèverait alors de 18 à 59 centimètres. A long terme, cela pourrait entraîner la migration de millions de personnes, car aujourd’hui, 60% de la population mondiale vit à moins de cent mètres des côtes. Canicules, tempêtes, inondations et sécheresses devraient également se multiplier. Les populations de l’hémisphère Sud, en particulier celles du continent africain, devraient être les plus touchées par les conséquences du réchauffement, alors qu’elles n’en sont que très peu la cause, font-elles justement remarquer. Elles devraient en supporter en particulier les conséquences les plus graves du point de vue de la santé, comme l’aggravation des effets de la malnutrition ou la migration d’organismes porteurs de maladies graves.

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Le réchauffement devrait également soumettre les écosystèmes à rude épreuve, alors que ceux-ci sont souvent déjà très éprouvés par les activités humaines. Avec des risques de réactions en chaîne: les scientifiques s’interrogent en particulier sur le seuil à partir duquel les puits de carbone de la planète, au premier rang desquels les forêts, qui absorbent le CO2 de l’atmosphère par la photosynthèse, et les océans, dans lesquels le CO2 se dissout, se transformeront en émetteurs nets de carbone avec l’élévation des températures.

Même une baisse importante des émissions de gaz à effet de serre ne suffirait pas à stopper le processus en cours, en raison de la durée de vie des gaz dans l’atmosphère, qui s’étale sur plusieurs décennies. Selon le scénario le plus optimiste du Giec, il serait possible de contenir le réchauffement à 2,4 °C d’ici à 2100 à condition que les émissions de gaz à effet de serre dues à l’homme plafonnent d’ici à 2015, avant de décroître. Limiter à deux degrés le réchauffement, c’est l’objectif que s’est fixé la communauté internationale avant le sommet de Copenhague.

2. Le productivisme agricole en butée

Nourrir 9,2 milliards d’humains en 2050, tel est le défi qui se pose à l’agriculture mondiale. Un tel défi rend nécessaire d’accroître la production alimentaire mondiale de 40% d’ici à 2030 et de 70% d’ici à 2050, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Une gageure alors que les superficies consacrées à l’agriculture stagnent depuis des années et que le modèle d’agriculture productiviste qui s’est imposé dans la majeure partie du monde montre ses limites.

L’usage des sols à des fins d’alimentation a en effet été très disputé par l’urbanisation incontrôlée, mais aussi de plus en plus par l’essor des agrocarburants: même s’ils restent à des niveaux marginaux au niveau mondial, ils absorbent déjà plus du quart de la production de céréales aux Etats-Unis. Par ailleurs, après avoir augmenté continuellement depuis l’après-guerre, les rendements des cultures ont commencé à stagner au début des années 1990, tant dans les pays industrialisés que dans les pays du Sud, où une « révolution verte » avait été lancée pour répondre à l’augmentation de la population. Les causes de cette stagnation sont complexes et variées: salinisation des terres liées à une irrigation excessive, carence en nutriments causées par l’intensification, ou premiers effets du changement climatique.

Dans certaines régions du monde, la dégradation des sols est particulièrement avancée. Ainsi, seuls 12% des terres du continent latino-américain n’ont pas perdu en fertilité, tandis que l’Afrique concentre un quart des terres affectées par la salinisation dans le monde. Les méthodes qui ont prévalu jusqu’à ce jour pour améliorer la fertilité des terres ne peuvent plus fournir de solutions durables: l’irrigation gaspilleuse d’eau bute sur la rareté croissante de la ressource (voir ci-après), tandis que le recours massif aux engrais a entraîné une pollution dangereuse à la fois pour la santé humaine et pour les écosystèmes. Une autre agriculture reste donc à inventer, plus adaptée aux spécificités locales, moins dépendante d’une monoculture, mais aussi moins gourmande en eau et en engrais chimiques. L’agroforesterie en particulier, qui mêle plantations d’arbres et cultures, paraît être l’une des voies à privilégier pour empêcher l’érosion des sols et stimuler les rendements.

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Le changement climatique est cependant en train de compliquer un peu plus la donne. Si le réchauffement devrait stimuler les rendements agricoles des pays situés aux latitudes élevées de l’hémisphère Nord (du moins dans un premier temps), il devrait entraîner leur baisse ailleurs, en raison du changement du régime des précipitations et de l’élévation des températures. En cas de réchauffement supérieur à 3 °C, l’impact serait toutefois négatif partout.

En France, les chercheurs de l’Inra, au terme d’une grande étude pluridisciplinaire, ont récemment conclu que la stagnation des rendements des grandes cultures était d’ores et déjà imputable au changement climatique. D’où la nécessité d’adapter les pratiques et les semences à cette évolution. Dans certains pays d’Afrique, le continent qui devrait le plus subir les effets du changement climatique, les rendements de l’agriculture arrosée uniquement par l’eau de pluie pourraient décroître de 50% d’ici à 2020. L’adaptation au réchauffement y sera donc plus difficile, voire impossible.

3. La pénurie d’eau s’aggrave

A peu près partout dans le monde, l’intégrité des écosystèmes aquatiques se dégrade, réduisant leur capacité à produire de l’eau douce potable. Cette capacité est réduite du fait des ponctions excessives réalisées dans le cadre des activités humaines sur les eaux de surfaces comme dans les nappes phréatiques. Mais aussi à cause de leur pollution, et de plus en plus en raison de précipitations réduites et d’une évaporation accrue liées au changement climatique.

Dans de nombreuses parties du monde, comme en Asie de l’Ouest, dans la plaine du Gange en Inde, en Chine du Nord ou sur les hauts plateaux d’Amérique du Sud, la consommation d’eau dépasse déjà la capacité des ressources à se régénérer. La situation est particulièrement tendue en Asie, qui abrite 58% de la population mondiale avec seulement un tiers des ressources en eau de la planète.

L’avenir s’annonce plus difficile encore: d’ici à 2025, les prélèvements d’eau devraient encore augmenter de 50% dans les pays en développement et de 18% dans les pays développés. A cette date, environ 1,8 milliard de personnes dans le monde devraient vivre dans des pays ou des régions connaissant des pénuries d’eau, tandis que les deux tiers de la population mondiale seront sous conditions de stress hydrique (*) .

L’agriculture représente de 30% à 80% de l’eau consommée selon les pays; elle est la première responsable de l’exploitation excessive des eaux souterraines, utilisées essentiellement à des fins d’irrigation. Pourtant, 70% de l’eau disponible sur la planète est retenue en surface et accessible aux plantes et une meilleure gestion des terres et de l’eau permettrait d’éviter une partie de ces ponctions. Une urgence, alors que la production agricole nécessaire pour réduire la faim dans le monde devrait imposer de doubler les quantités d’eau utilisées par l’agriculture d’ici à 2050.

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L’agriculture est aussi la première source de pollution des ressources en eau, par le biais des engrais et des déchets issus de l’élevage. Les rejets en nitrates des engrais et les métaux lourds contenus dans le lisier de porc contaminent les rivières, les nappes phréatiques et les eaux côtières. L’autre source majeure de pollution des eaux, c’est le rejet des eaux usées domestiques et industrielles. En Asie, 70% de la population vit dans des bidonvilles, sans installations sanitaires appropriées. Sur l’ensemble du continent latino-américain, seuls 14% des eaux usées sont retraitées. Les conséquences de la pollution des eaux sur la santé humaine sont légion: maladies gastro-intestinales, diarrhées, choléra, vers solitaire…; trois millions de personnes meurent dans le monde chaque année à cause d’une eau insalubre. Une pollution qui a également des effets destructeurs sur les écosystèmes, en particulier au large des côtes où les rejets d’eaux usées domestiques et industrielles et les résidus d’engrais agricoles génèrent un phénomène d’eutrophisation (*) . De gigantesques zones mortes ont ainsi fait leur apparition, comme dans le Golfe du Mexique ou en mer Baltique, d’où la vie marine disparaît totalement.

4. Les ressources halieutiques épuisées

Six décennies de pêche industrielle ont porté l’exploitation des mers et des océans à des niveaux insoutenables. Alors que le monde prélevait 13 millions de tonnes de poissons des milieux marins en 1950, ses ponctions atteignent désormais chaque année 70 millions de tonnes. Signe de l’épuisement de ces écosystèmes, les prises stagnent depuis les années 1980. Les trois quarts des stocks de poissons du monde seraient aujourd’hui exploités au maximum de leurs capacités, et bien souvent au-delà: en témoigne l’effondrement soudain de certaines pêcheries multiséculaires, à l’instar de celle de la morue au large de Terre-Neuve dans les années 1990. Les populations de grands prédateurs, comme le thon ou le cabillaud, sont aujourd’hui largement décimées et la pêche se tourne désormais vers des espèces jugées moins nobles, parce que situées à un maillon inférieur de la chaîne alimentaire. Malgré de nombreux signes alarmants, cette surexploitation ne faiblit pas. De plus en plus consommé dans les pays du Nord comme dans ceux du Sud (particulièrement en Chine), le poisson occupe en effet une place importante dans les régimes alimentaires: il représente ainsi aujourd’hui 20% de l’apport moyen de protéines pour 1,5 milliard de personnes dans le monde. Il est aussi devenu un enjeu croissant dans le commerce international. D’où l’inflation de subventions publiques qui ont irrigué le secteur au cours des dernières décennies et créé une flotte de bateaux de pêche nettement surcapacitaire: on estime que la flotte mondiale de bateaux de pêche possède actuellement une capacité 2,5 fois supérieure à ce que l’océan peut « produire » de manière durable.

Au-delà des quantités excessives prélevées, la pêche s’apparente souvent à une opération de destruction massive en raison des techniques employées. La plus utilisée de toutes, le chalut, ramasse toutes les espèces sans faire de détail et ravage les fonds marins dont il détruit la flore. Cette absence de discrimination explique que même en dehors de la pêche illégale (qui n’a pas disparu), les espèces théoriquement protégées comme les baleines, les dauphins ou les tortues connaissent toujours une mortalité importante.

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Le développement impressionnant de l’aquaculture – plus d’un tiers de la production mondiale de poissons aujourd’hui, contre 15% au début des années 1990 – constitue paradoxalement une pression supplémentaire sur les écosystèmes marins: un quart des poissons pêchés en mer sert en effet à l’alimentation de poissons d’élevage carnivores. Une activité qui est, en outre, une source de pollution majeure des zones côtières, déjà souvent très endommagées par l’eutrophisation (U) et la destruction des mangroves.

Les ressources halieutiques pourraient également pâtir du réchauffement climatique, bien que son impact exact reste très mal connu. On peut néanmoins déjà observer que l’élévation des températures des océans entraîne le blanchissement des coraux et leur mort. En 2000, 27% des récifs coralliens mondiaux étaient dégradés. Or, ceux-ci sont un maillon indispensable de la vie marine, puisqu’ils abritent et fournissent de quoi se nourrir à environ un million d’espèces sous-marines: poissons, éponges, anémones, étoiles de mer, méduses…

5. La déforestation progresse toujours

La situation mondiale des forêts est contrastée. Le déclin historique de la couverture forestière observé dans les zones tempérées s’est inversé à la fin du XXe siècle et celle-ci a gagné 30 000 km2 entre 1990 et 2005. A l’inverse, dans les tropiques, la déforestation, qui a démarré beaucoup plus tard, a continué pendant la même période au rythme annuel de 130 000 km2. Le bilan global est donc lourdement négatif.

L’Amérique latine, qui représente un quart de la couverture forestière mondiale, est en train de la perdre rapidement: 66% des surfaces de forêt disparues entre 2000 et 2005 sont situées sur ce continent. Les programmes de contrôle ont néanmoins permis ces dernières années d’y ralentir le rythme de déforestation, notamment en Amazonie où elle a été réduite de moitié entre 2004 et 2006. L’Afrique est quant à elle le continent qui connaît le taux de déforestation le plus rapide au monde. La région perd 40 000 km2, soit 0,62% de ses forêts chaque année (contre une moyenne de 0,18% dans le monde), même si ce rythme de destruction ralentit lui aussi depuis 2000. Le commerce international du bois, l’urbanisation anarchique et la conversion en terres cultivées ou en pâturage pour l’élevage restent les principales causes de ce phénomène.

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L’amplitude et la fréquence croissantes des feux de forêt, notamment en Europe, sont un autre phénomène inquiétant. Les forêts sont des puits de carbone naturels: comme les océans, elles absorbent le CO2 contenu dans l’atmosphère et le stockent. La lutte contre la déforestation est donc un enjeu important pour limiter le réchauffement climatique, en particulier dans les zones tropicales où les forêts sont les plus gourmandes en CO2. A l’échelle mondiale, la déforestation serait actuellement responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre.

L’autre raison de sauvegarder les forêts de l’intervention humaine, c’est leur caractère essentiel pour la préservation de la biodiversité: à elle seule, l’Amazonie représenterait 50% de la biodiversité mondiale.

6. La biodiversité compromise

C’est un fait peu connu, mais une majorité de biologistes considèrent que la Terre avance à grands pas vers la sixième crise d’extinction massive des espèces de son histoire. Un événement comparable à l’extinction des dinosaures, à la nuance près que, cette fois, c’est l’homme qui est responsable de cette catastrophe.

Concrètement, le taux d’extinction d’espèces est estimé entre cent et mille fois plus élevé à l’heure actuelle que ce que l’on a connu jusqu’ici au cours de l’évolution de la vie sur Terre. Chaque année, entre 17 000 et 100 000 espèces disparaîtraient de la planète. L’homme en est directement responsable, en particulier par la fragmentation des habitats, l’exploitation directe des espèces ou encore la destruction des écosystèmes les abritant. Le réchauffement climatique menace d’accélérer ce mouvement: le Giec observe ainsi que si le réchauffement moyen de la planète excède 1,5 à 2,5 °C par rapport à la période 1980-1999, le risque d’extinction de 20% à 30% des espèces connues serait « probablement accru ». Que la planète se réchauffe de plus de 3,5 °C et ce sont alors 40% à 70% des espèces qui pourraient disparaître.

La préservation de la biodiversité n’est pas seulement un souci pour les amis de la faune et de la flore. Elle est la condition même de la vie de l’Homme sur la Terre. L’alimentation humaine repose pour une partie importante sur le bon fonctionnement des écosystèmes. Sans parler du rôle joué par les océans, plus de 70% des cultures, dont presque tous les arbres fruitiers, les légumes, les oléagineux, les protéagineux, les épices, le café ou le cacao – soit 35% du tonnage de ce que nous mangeons – dépendent fortement ou totalement d’une pollinisation animale. D’où l’inquiétude légitime que la disparition des abeilles peut susciter.

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Autre exemple: la destruction des écosystèmes côtiers comme les mangroves, au profit d’installations touristiques ou de fermes d’aquaculture, ont non seulement souvent tari les moyens de subsistance des communautés locales, mais elles ont augmenté la vulnérabilité aux inondations et aux événements climatiques extrêmes. Ainsi, dans le cas de l’ouragan Katrina qui a dévasté La Nouvelle-Orléans en août 2005, comme lors du tsunami qui a submergé l’Asie du Sud en décembre 2004, les conséquences en ont été accrues du fait des altérations opérées par les humains aux zones côtières.

Par ailleurs, l’agriculture productiviste mondialisée engendre une homogénéisation génétique croissante des variétés de plantes cultivées. Or, l’utilité de la diversité n’est plus à prouver: en 1970, 85% du maïs cultivé aux Etats-Unis étant quasiment homogène, les récoltes furent décimées par un champignon particulier auquel cette variété était très vulnérable. Enfin, outre le fait qu’elle est encore la source essentielle des médecines utilisées par les populations des pays en développement, la biodiversité occupe également une part croissante dans la pharmacopée moderne: en 2002-2003, 80% des nouveaux produits pharmaceutiques étaient issus de produits naturels.

7. Des produits toxiques de plus en plus disséminés

Les courants marins ou atmosphériques transportent très loin de leur lieu d’émission les produits toxiques, lesquels imprègnent les écosystèmes. De plus, ils sont souvent difficilement à éliminer et ils s’accumulent dans la chaîne alimentaire. Toxiques à faible dose, ils comportent des effets cancérigènes, altèrent la fertilité et perturbent les systèmes nerveux, immunitaire ou endocrinien. Ce sont notamment les POP (pour polluants organiques persistants), comme l’insecticide DDT ou les dioxines produites par l’incinération des déchets et l’industrie métallurgique, ou bien encore les métaux lourds, comme le mercure, l’arsenic ou le plomb.

En raison de leur situation dans la circulation des courants atmosphériques et océaniques, les zones polaires sont des lieux d’accumulation privilégiés de ces polluants, où ils menacent la chaîne alimentaire traditionnelle et la santé des populations locales. L’utilisation des produits toxiques a cependant régressé dans les pays riches au cours des dernières années, grâce au renforcement de la législation environnementale. L’essence au plomb ou le DDT ont ainsi été interdits. Mais ce renforcement de la contrainte environnementale dans les pays riches peut paradoxalement avoir des effets négatifs dans le reste du monde, qui accueille de plus en plus les activités les plus polluantes dont le Nord ne veut plus. 90% des déchets électroniques mondiaux finissent ainsi au Bangladesh, en Chine, en Inde, au Myanmar ou au Pakistan: leur recyclage expose notamment les populations locales à des métaux aussi dangereux que le mercure, le plomb ou le cadmium.

Parmi les produits toxiques posant le plus problème, on trouve également les déchets issus de la filière électronucléaire. Seule une faible partie de ces déchets fait à l’heure actuelle l’objet d’une valorisation, le reste doit être stocké. Rien que pour le combustible usé, le stock mondial de déchets à haute activité et à vie longue serait d’environ 250 000 tonnes en 2008. Ces déchets issus du coeur des réacteurs sont hautement radioactifs et le resteront pendant des centaines de milliers, voire des millions d’années. Aucune solution de stockage ne peut prétendre être efficace sur une telle durée. La gestion de ces déchets a souvent été très critiquable: jusqu’en 1982, une dizaine de pays ont ainsi déversé dans les océans plus de 100 000 tonnes de déchets radioactifs dans des conteneurs en béton. Certains d’entre eux sont déjà fissurés, alors qu’ils étaient prévus pour durer cinq cents ans…

Même si leur effet reste mal connu, la dissémination de résidus de produits pharmaceutiques dans l’environnement pose aussi question. Quel est l’effet à long terme des antibiotiques, des antidouleurs ou bien des contraceptifs sur l’homme et les écosystèmes? Des études récentes (1) ont ainsi affirmé que les urines de femmes prenant la pilule contenaient suffisamment d’hormones pour modifier le sexe de certains poissons dans les milieux aquatiques où elles sont rejetées…

* Stress hydrique : quand la demande en eau dépasse les ressources disponibles.

* Eutrophi-sation : dégradation du milieu aquatique par manque d’oxygène.

En savoir plus

« Global Environment Outlook Geo 4″, Pnue, 2007, accessible surwww.unep.org/geo/geo4/report/GEO-4_Report_Full_en.pdf
« Climate Change. Synthesis Report », le dernier rapport du Giec, accessible surwww.ipcc.ch/publications_and_data/publications_ipcc_fourth_assessment_report_synthesis_report.htm
http://faostat.fao.org: les statistiques en ligne de la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.
http://iucn.org: le site de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Marc Chevallier | Alternatives Economiques Hors-série n° 083 – décembre 2009
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 NOTES

(1)

Voir « Les effets de la pilule sur les poissons », accessible sur ww.eawag.ch/publications/eawagnews/ www_en53/en53f_screen/en53f_suter_s.pdf


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