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Je me fais de l’argent sur ta tête, et avec tes photos.

Publié le 20 décembre 2012 par Ecribouille @Ecribouille

fantomasCette semaine, il y a eu la vraie fausse annonce de la ventes des photographies des utilisateurs produites avec et chez Instagr.am. J’ai regardé silencieusement tous ces tweets insurgés et ces captures d’écran de réglement dans Facebook (mortdelol) pour mettre en garde la population. J’ai alors cru que nous étions face au premier signe de fin du monde maya… Puis j’ai réalisé qu’il y avait ce terrible tabou entre la gratuité – quand elle nous arrange – et l’envie le payant. Gagner de l’argent est scandaleux, chercher à en gagner est pire encore.

Soupir fatigué, et le cas Marine Le Pen (oui j’ose)

La pseudo annonce de Instagr.am ne m’avait fait ni chaud ni froid, et à vrai dire c’est avec un regard quelque peu fatiguée que j’ai lu les commentaires outrés de la population digitale. Il faut tout de même admettre qu’il s’agit d’une entreprise appartenant à Facebook. Mais j’en parlerai plus dans le dernier paragraphe… où je me défoule un peu plus au lieu de jouer aux intellectuelles.

Je reprends en titre l’expression de la charmante Marine Le Pen. La semaine dernière, Madame Le Pen refusait de se faire photographier par l’AFP, son argument principal étant le fait que ces photographies revendues avec son image ont un objectif purement commercial et non pas un objectif de diffusion de l’information. C’est pourtant, techniquement, la première activité de l’Agence France Presse.
La présidente du Front National développe :

Je considère que ces gens font de l’argent sur notre image, puisqu’ils vendent les photos qu’ils prennent.

Ah bon c’est la liberté de faire de l’argent avec notre image ? Eh bien ma liberté c’est de leur dire non. Pour des raisons trop longues à expliquer.

Ce n’est pas la liberté de la presse, c’est une entreprise commerciale. Vous faites de l’argent bien souvent avant de faire de l’information, c’est en tout cas le cas de ce photographe qui prend un malin plaisir à déformer des photos, ce qui ne me parait pas très professionnel, pour pouvoir les vendre. Donc j’ai dit stop.

Lorsque j’étais tombée sur cet article relatant la rebellion contre l’image publique quand on est un personnage public, j’avais doucement rit de cette vision arriérée de la gestion de sa propre image de personnalité politique.

Les malins répondront qu’elle joue sur le droit sur l’image. Même si c’est plutôt déconseillée de refuser d’être pris en photographie par une agence de presse lorsqu’on est au front de l’actualité toute l’année, Marine Le Pen a tout à fait le droit de ne pas vouloir être photographier. En effet, toutes les conditions sont réunies. À partir du moment où le photographe ne se cache pas, ni lui ni son appareil, et qu’on lui dit directement qu’il ne peut pas tirer le portrait d’une personne… la photographie est considérée comme étant volée.
Par contre si on pointe sur vous un objectif photographique et que vous n’émettez aucune réticence, vous avez tacitement cédé le droit d’exploitation de l’image de votre propre personne.

Mais ça, c’est pour la presse.

L’imaginaire collectif de la propriété de l’image

En dehors de toute considération juridique, je ressens l’intervention de Marine Le Pen sur l’exploitation de sa propre image comme une piqûre de rappel. En effet, ce n’est absolument pas rare de voir défiler des revendications de propriété ou des retraits d’images. Ceci est autant valable sur la toile que sur les supports papiers.

Dans l’imaginaire collectif, une photographie t’appartient de près ou de loin dans différents cas :

  • j’en suis l’auteur,
  • je suis présent dessus,
  • le sujet photographié est bien qui m’appartient.

C’est ainsi qu’est né le très célèbre effet Streisand du nom de la chanteuse qui refusa qu’on diffuse des clichés de son domicile. Il y a l’autre cas célèbre de je ne sais plus quel grand photographe – Willy Ronis peut-être – qui photographia la devanture d’un fleuriste. La photographie a été publiée, diffusée… et un jour le fleuriste sous conseil de son ami avocat a porté plainte pour exploitation abusive du clichés. Le problème était surtout que la photographie avant entre temps généré beaucoup d’argent. Mince alors !

L’exode pour la gratuité

Pourquoi est-ce si choquant que cela de payer ? Mais qui vous a mis dans la tête que le service payant était une invention du Grand-Méchant-Loup ?

Bordel (oh la vulgaire), Instagr.am a été racheté par Facebook. Or Facebook, c’est le service où vous vous amusez tous les 2 mois à cocher de nouvelles conditions de refus de tout pour ne pas qu’on utilise ce que vous y mettez, sans jamais vous désinscrire.
À l’heure actuelle, la seule personne à avoir réussi à réellement retirer quelque chose d’Internet s’appelait F.B.I. et s’était personnellement chargé de MegaUpload.

Dès que vous mettez quelque chose sur Internet dans un espace de stockage ne vous appartenant pas, vous laissez sa gestion à quelqu’un d’autre. Alors même si vous avez signé et coché tout un tas de trucs disant le contraire, je vous souhaite bon courage.

À chaque fois qu’un service en ligne gratuit fait une annonce de passage au payant, c’est le scandale du siècle. Parfois seul le fait d’afficher un bandeau publicitaire relève de l’affront et de l’irrespect envers l’internaute. Tout d’un coup, un site ou un service devient sale et pourri jusqu’à la moelle comme s’il avait d’un coup dévoilé son vrai visage.
Non, le service payant n’est pas diabolique tel Fantomas, et le gratuit ne va pas vous sauver telle Fantomette.
C’est comme le principe de dire qu’on est pris en otage par les transports en commun, alors que le bus est arrêté à un feu rouge.

C’est ainsi qu’on assiste à des vagues de migration de service en service. On adore un produit, on le squatte jusqu’au fond de l’oesophage, et en ténia lassé on finit par aller voir ailleurs lorsqu’il s’agit de payer un loyer.

Le cas des photographies de l’Elysée et le libre de droit en France

Autre scandale du moment, c’est le refus de mettre sous licence libre des photos prises pour le site Internet de l’Elysée, sous la pression. Alors ça râle, et ça veut lancer la révolution du libre de droit. Mais mon petit, le libre de droit pour les images fixes n’existe pas dans le droit français. Tu peux en conséquence aller te brosser !
En revanche faire céder les photos au domaine public, parce que, ce sont les photos de l’Elysée aurait été une bonne idée. Et ça, il fallait y penser avant. :D

Depuis que la notion de licence libre fait parler d’elle sans évoquer dans l’esprit de la population une bande de geeks poilus, c’est la solution à tout. Mais toutes les personnes qui connaissent le logiciel libre te le diront sans aucune hésitation : libre ne veut pas dire gratuit. C’est d’ailleurs ainsi que les sociétés spécialisées dans le libre se rémunèrent, ils gagnent de l’argent par le service !

Cette belle ironie bien hypocrite

La photographie est une technologie, officiellement mise au point par la France, et ouverte au monde comme s’il s’agissait d’un don. On laissait au monde entier (sauf à l’Angleterre car ils inventaient en même temps le calotype), au XIXe siècle, développer comme il le voulait la photographie sur le principe de fixer une image sur un support. Chacun faisait ensuite ce qu’il voulait, et c’est grâce à cela que se sont développé des clubs, des studios, et de grandes marques qui ont amélioré au fur et à mesure des années le procédé.

Quelque part, la photographie est par essence open source. Voici un article sur ce sujet si vous êtes intéressé.

Alors je ricane doucement dans mon coin, derrière mon écran, en me frottant les mains, parce que finalement on tourne en rond depuis deux siècles.


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