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47 - Des lois et des peines (3ème partie)

Publié le 04 avril 2008 par Theophile

Livres Dans le bureau, ma mère regarde le juge, puis regarde son avocat.

    - Ma cliente demande une pension alimentaire d'un montant de 2000 francs pour subvenir aux besoins de ses deux enfants mineurs et scolarisés, et ne demande rien pour elle. Concernant le droit de visite de Monsieur L. pour leur plus jeune fils, Théophile L., âgé de 11 ans, en vue de l'éloignement géographique, et pour l'équilibre scolaire de l'enfant, ma cliente demande à ce que Monsieur Jean-Marc L. fasse le déplacement lorsqu'il désire voir son fils, ainsi que pendant les périodes de vacances scolaires pour faire acte de son droit dans l'agglomération de Saint-Velin. De plus, il est préférable, vue les antécédents de violences envers ma cliente et ses enfants, que Monsieur L. voit son enfant non pas à son domicile, mais chez ses parents qui habitent eux aussi à Saint-Velin.
    - La distance ?
    - 400 kilomètres, monsieur le juge.
    - La plainte a été retirée à ce jour, maître Pelsmaker.
    - Monsieur le juge...
    - Oui, maître Bonnard.
    - Mon client vient d'obtenir l'accord de sa mutation. Surveillant de l'établissement pénitentiaire de Bronges, il sera à partir de la rentrée surveillant-chef de la nouvelle prison de Lauhon, à seulement soixante kilomètres du domicile actuel de son fils. C'est important ceci. Mon client tient à être présent pour ses enfants concernant leur évolution scolaire et son droit paternel. Il demande la garde de Théophile.
    - Quoi ?
    - Madame, s'il vous plaît...
    - Il demande la garde et pour ce fait, ne verserait pas de pension alimentaire pour mademoiselle Joséphine L., puisque les deux gardes seraient prise en charge par chacun des parents et, en contre-partie ne demanderait donc aucune pension alimentaire à madame, qui obtiendrait le droit de visite habituel, c'est-à-dire, un week-end sur deux, ainsi que la moitié des vacances scolaires.
    - Maître Bonnard, je crains que la requête ne soit pas véritablement appropriée à la situation.
    - Mon client se rachète, monsieur le juge. Il se bat pour...
    - Soyons réalistes, excusez-moi monsieur le juge, mais nous sommes dans une procédure de divorce pour faute suite à de nombreuses violences domestiques envers ma cliente et ses enfants, et je pense tout à fait inappropriée la séparation de l'enfant d'avec sa mère et sa soeur vue les circonstances actuelles...
    - Oui...
    - Il n'y a pas de plainte, à ce jour, contre mon client...
    - Le dossier contient témoignages et certificats médicaux, puisque la plainte a été retirée par ma cliente suite à plusieurs pressions psychologiques, de votre client, maître Bonnard. Et ce, pour obtenir sa mutation à la grande surprise de ma cliente et de moi-même.
    - C'est un père qui décide de se battre pour ces enfants...
    - S'il vous plaît...
    - Se battre ?...
    - Nous allons procéder...
    - Où battre peut-être ?
    - Monsieur le juge...
    - Maître Pelsmaker, s'il vous plaît...
    - Monsieur...
    - Nous allons procéder à l'audition de votre enfant avant de décider des "mesures provisoires", qui seront établies et par conséquent très peu modifiables dans l'ordonnance de non-conciliation. Je crois que c'est important d'entendre le  point de vue de votre fils.
    - C'est entendu.
    - Faites le entrer.

Toujours assis dans cette salle d'attente, je suis soudainement surpris porte l'ouverture de la porte qui brise ce silence dans lequel je m'étais presque accoutumé. Une femme se trouve sur le seuil de la porte.

    - Tu peux entrer, maintenant.

Son sourire accueillant m'invite à pénétrer à l'intérieur du bureau. Je regarde mon grand-père qui lui aussi me sourit. Mais presque contraint de le faire. Un sourire qui me dit qu'il est plus agacé de se trouver ici, que celui d'un soutien ou d'un réconfort.

Lorsque je rentre dans le bureau, un fauteuil m'attend au milieu, face au juge, avec de chaque côté, chacun de mes parents et leur avocat respectif. Le juge me demande de m'asseoir. Cet homme, maigre, jeune, sous de grosses lunettes, des cheveux noirs peignés, avec une raie sur le côté, ne me sourit pas. Il me regarde à peine. Il regarde ses dossiers. Ses feuilles. Ecrit de trois petites choses. Ma mère me tient la main. Son avocat me fait un clin d'oeil. Je n'ose pas regarder sur ma droite. Il y a "l'autre". J'entends sa respiration. Je ne le regarde pas.

    - Bonjour, jeune homme.

(A suivre)


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