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Iran : l'isthme asiatique

Publié le 08 janvier 2013 par Egea

J'avais évoqué le cinquième isthme européen lors d'un billet sur la Russie et les limites européennes. J'y annonçais deux autres isthmes : celui de la mer Noire menant, via le Bosphore, à la Méditerranée : il est assez connu pour ne pas poser de difficultés. Et un autre isthme, dirigé vers le sud, au travers de l'Iran, et qui séparait l'Asie de l'Ouest du reste du continent. C'est ce dernier isthme que je veux décrire aujourd'hui, puisqu'il me paraît fondateur d'une géopolitique de l'Iran.

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En effet, une analyse de géographie physique montre des caractéristiques frappantes : l'Iran est le pays qui rejoint les rives sud de la Caspienne à la grande entaille du golfe "Persique".

  • Vous savez peut-être la possibilité d'une dispute sur la dénomination de ce golfe : la tradition le nomme simplement "persique" (donc iranien), quand les pays "du Golfe" (ou plus exactement les riverains arabes de la péninsule arabique) souhaitent le désigner par "golfe arabo-persique".
  • Si on accepte cette fonction d'isthme, il paraît logique que la première appellation de golfe persique prévale.
  • Toutefois, et comme nous allons le voir, l'Iran n'existe pas d'abord par le Golfe, à la différence de beaucoup de principautés de la rive sud du golfe : à cette aune, la deuxième appellation semble logique.

Le géographe amateur entend d'abord parler d'un "plateau" iranien. Il est vrai que l'altitude de la majeure partie du pays est supérieure à 1000 mètres. On l'aperçoit bien sur cette carte :

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Au nord, une chaîne montagneuse dessine les frontières septentrionales : le long de la Caspienne au centre (les monts Elbourz), mais aussi à l'ouest la chaîne d’Azerbaïdjan qui mène à la péninsule d'Asie mineure, et à l'est le Kopet Dag qui sépare clairement le pays de la plaine du Turkménistan.

A l'ouest, une chaîne orientée nord-ouest sud-est descend de l'Azerbaïdjan, longe la Mésopotamie (avec d’ailleurs une petite zone de plaine alluviale, au niveau du débouché de l'Euphrate dans le Golfe à hauteur d'Abadan) puis vient marquer la bordure du Golfe (monts Zagros). Le sud est logiquement marqué par l'autre rivage, d'abord celui du Golfe puis, après le détroit d'Ormuz, le débouché sur l'océan Indien au travers du golfe d'Oman puis la mer d'Oman. A l'est, enfin, les frontières sont moins marquées physiquement. On distingue certes une ligne des lacs (celui de Namakzar au nord, celui de Zabol au centre, mais ces confins sont peu marqués : c'est qu'au fond, ces zones ne dessinent pas une vraie frontière linéaire, mais justement des zones de marges, ces "fronts" épais" où la profondeur suffit à la sécurité.

Surtout, et la carte ci-dessous l’illustre bien, les zones en vert montrent les forêts et steppes arborées, quand la zone en rose désigne les zones semi-désertiques qui entourent deux déserts, ceux du "grand désert salé" et du Lut.

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Le système urbain et de routes vient confirmer ce dessin physique. La capitale est placée sur le rebord sud de l'Elbourz et contrôle la grande transversale est ouest qui vient d'Anatolie (Tabriz) à travers l'Azerbaïdjan pour conduire, à travers Elbourz et Kopet Dag, aux différentes routes orientales, et Mechet (nous y reviendrons). Mais cette ville étape de Téhéran sert également à connecter vers la Mésopotamie (via les villes de Kermanchah et Ahwaz). La capitale est également liée au système organisé sur les monts Zagros, au moyen des grands villes perses de Qom, Ispahan et Chiraz.

Vous l'aurez remarqué : les ports sont marginaux, que ce soit sur la Caspienne ou sur le Golfe. C'est que l'Iran contrôle l'isthme et donc les routes qui le traversent d'est en ouest : plus exactement, la fameuse route de la soie. Cette route est asiatique et lie l'Asie occidentale (la Mésopotamie) à l'Asie orientale (la Chine). L'Iran est l'étape indispensable du parcours, avant que les trajets ne diffèrent, au travers de l'Asie centrale pour rejoindre à Samarcande l'autre tronçon, venu du Nord par la rive septentrionale de la Caspienne.

Cette identité préalable explique, en grande partie l'originalité perse : c'est probablement elle qui préside au choix d'une version particulière de l'islam : le chiisme iranien est ajouté à l'Iran, même s'il l’explique aujourd'hui en grande partie.

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Ainsi, l'Iran constitue la vraie articulation entre l'Asie Orientale (le "vrai" Orient ?) et l'Asie occidentale, que nous autres, Européens, dénommons le Moyen Orient. C'est bien la raison pour laquelle l'incorporation de l’Afghanistan dans ce "Moyen Orient" est illogique. A supposer que ce "proche" ou ce "moyen" orient ne soient pas, tout simplement, des représentations européennes héritées de l'histoire et finalement inadaptées.

L'Iran sert en fait de pont entre la grande Asie et l'Asie de l'ouest.

O. Kempf


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