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Faut-il s’inquiéter de la réduction du budget de la culture ? *

Publié le 10 janvier 2013 par Carnetdedoute
Ce n’est assurément pas à cause de la crise que le budget du ministère de la Culture a été réduit de -5%, puisque le budget de l’Etat de 2013 présente un ajustement de l'ordre de 70 millions de dinars, au titre d’augmentations à certains corps, tels que l’intérieur, les affaires religieuses, la présidence et les membres de l'ANC. 
Certes, il est symptomatique qu'on ne parle de politique culturelle que sous l'angle budgétaire. Car c’est souvent la faiblesse des propositions en matière de culture, qui contribue à en empêcher le renouvellement. 
Pour preuve, le gigantesque budget alloué à l’interminable Cité de la culture n’a jusques là servi en rien l’art, son espace et son public. Mais dans le contexte actuel, cette baisse est doublement marquante, car non seulement, le nouveau budget favorise les dépenses de gestion relativement aux dépenses de développement, mais rappelle aussi et surtout que des espaces artistiques sont spoliés et que des artistes sont agressés et traduits en justice.
En l’occurrence, les affaires les plus retentissantes demeurent celles des deux attaques salafistes contre la salle CinemAfricArt, en juin 2011,  et contre le Printemps des arts au palais Abdellia, en juin 2012. Les réactions dépitées des milieux artistiques sont en ce sens tout à fait légitimes.

Faut-il s’inquiéter de la réduction du budget de la culture ? *

"La culture n'est pas provisoire"


Après avoir déploré, lui aussi, « le peu de considération pour la culture », Mehdi Mabrouk, le ministre de la Culture, est redevenu soudain plus optimiste en affirmant que cette légère réduction n’affectera pas les subventions artistiques, tout en relevant, au passage, que les besoins culturels dans les régions ont augmenté.
L'idée que la culture peut accompagner et même aider à sortir d'une période de marasme ne vient-elle donc pas à l’esprit de nos politiques ?
Pourtant, en mars dernier, le ministre avait dénoncé l'occupation de l'espace public par les symboles de l’islam « dur » dans les villages, affirmant sur une radio privée que « le salafisme peut être traité par la culture, l'art, la beauté, la musique et la danse".
Le cadrage des débats ne présage pas que cette réduction du budget va susciter une mobilisation d'hostilité massive. Mais c'est, sans doute, un calcul à courte vue que de prendre le risque, à moyen et long termes, d'affaiblir la culture dans un pays où, du nord au sud, des jeunes talents réinventent tous les jours la révolution artistique, pour panser les plaies causées par une longue dictature, qui a momifié la culture et ses dépendances.
* Article publie dans Spot-mag

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