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Modèle allemand : attention à l'arnaque

Publié le 08 décembre 2012 par Omelette Seizeoeufs
 

Dans Les Echos, Thibaut Madelin publie une analyse intitulé : "Les trois limites du si envié « modèle » allemand".

Les trois limites sont :

  1. Les fameuses réformes Hartz ont quand même abouti à une paupérisation de masse qui n'est pas assez soulignée quand on admire l'Allemagne de l'autre côté du Rhin. C'est la dévaluation interne et austérité permanente dont je parlais récemment.
  2. Le modèle allemand est fondé sur l'exportation.
  3. La démographie : bientôt il n'y aura plus que des retraités en Allemagne. (Voir le billet de Dagrouik là-dessus.)

C'est le numéro 2 qui me préoccupe aujourd'hui, car sur la question de l'exportation, Thibaut Madelin ne va pas assez loin dans sa critique.

 

Que dit-il donc ?

Deuxième limite au « modèle allemand », sa dépendance par rapport aux exportations. Si celles-ci représentaient plus de 30 % du PIB de l'Allemagne au début des années 2000, leur proportion est aujourd'hui de plus de 50 %. Les entreprises allemandes ont profité de leurs gains de compétitivité, mais aussi de la croissance mondiale et du succès du made in Germany dans les pays émergents. Mais aujourd'hui cette croissance s'essouffle, en particulier en Europe, vers laquelle l'Allemagne assure 60 % de ses exportations. Et la demande domestique, elle, ne prend pas suffisamment vite le relais, malgré les hausses de salaires récentes et les quelques timides mesures de soutien à l'économie décidées par le gouvernement de la chancelière Angela Merkel.

Il faudrait d'abord enfoncer le clou sur la demande intérieure. Un jour, nos experts économiques finiront par comprendre que la paupérisation de masse peut parfois compromettre la demande intérieure. Ceux qui vivent dans la précarité permanente, allant de minijob en minijob sous-payés, semble-t-il, achètent moins de BMW 535i, Mercedes Classe A ou même de Porsche Cayenne. Un jour peut-être la science nous expliquera pourquoi ce segment de la population renonce à soutenir la croissance nationale.

En attendant, jettons un coup d'oeil sur la question des exportations. 60 % des exportations allemandes sont destinées aux pays de l'Europe. Pas étonnant alors que la dévaluation interne appliquées à ces pays se traduise par un ralentissements des exportations. Comme la Finlande et les Pays-bas, pourtant des pays vertueux en termes de déficits, et excédentaires en termes de balance commerciale, l'Allemagne entre en récession. Comme je l'ai expliqué ailleurs, l'exception allemande, son excédent commercial, était financé en réalité par la dette des pays cigales. En coupant les crédits à ces pays, l'Allemagne a coupé en même temps la source de sa propre richesse.

Et on arrive au vrai problème de l'Allemagne en tant que modèle. On ne peut pas nier que le modèle allemand a fonctionné pour l'Allemagne (si on ignore les pauvres, bien sûr). Pour les autres pays, c'est plus compliqué, pas seulement parce qu'ils n'ont pas la réputation du "Made in Germany", mais parce que tous les pays de l'Europe ne peuvent pas être excédentaires en même temps. Chacun veut être du côté des gagnants, mais les perdants sont nécessaires pour financer le succès des gagnants.

Autrement dit, à l'échelle européenne, ou la plupart des exportations des pays membres sont destinées à d'autres pays membres, la compétitivité, la dévaluation interne (qui ne marche que si un pays est encore plus "dévalué" que ses voisins) et l'austérité ne peuvent rien résoudre.

 

L'ensemble austérité/dévaluation interne/compétitivité reste une technique nationale, une tentative de dévancer les autres pays de l'Europe en termes de coût du travail. Ce sont presque des agressions économiques, dont le but est de tirer un avantage pour soi aux dépens des autres. Et comme ce sont aussi des tours de vis monétaires, la seule chose qui sera bientôt partagée par tous, c'est la récession.


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