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Promène-moi dans le bois

Publié le 04 novembre 2012 par Desfraises
Promène-moi dans le bois
Au trou du... de la Bourgogne, dans l'Yonne, par une belle éclaircie de fin d'après-midi, je suis d'humeur baladeuse, je laisse mes hôtes du premier week-end de novembre. « Laurent, gare aux chasseurs ! Reste sur la route, tu prends la première à droite, tu fais le grand tour et tu reviens par le chemin. Ne va pas dans les bois. » L'esprit de contradiction chevillé au corps ou la simple envie de respirer la solitude, le silence du bois gâtinais, m'obligent à désobéir. Pour fouler le parterre moelleux de feuilles et de branches en décomposition. Reconnaître le tac-tac-tac du rouge-gorge au presque soir.
Au détour de la petite route ornée d'herbes folles en son milieu, j'enjambe le grillage fatigué pour rejoindre le bois. Un chevreuil et sa chevrette crapahutent. Les bienheureux et sauvages personnages de ce bout de campagne préservée. Le bas de jeans humide d'avoir traversé la prairie, j'accroche les ronces, j'entre dans le bois. L'esprit chatouillé par l'espoir de trouver un cèpe et le brandir fièrement à mes hôtes, je marche d'un pas alerte, je franchis un fossé, j'atteins un autre bois, croise des bouteilles de bières que caresse le sous-bois. L'épais manteau de chênes me protège de la pluie qui commence à tomber. Je m'agenouille pour cueillir victorieux un vieux cèpe, fourrage autour –car on m'a appris tout petit qu'un cèpe en cachait toujours un autre.
L'obscurité tombe.
Je sais sans me l'avouer que je me suis perdu. Promenons-nous dans les bois, tant que le loup n'y est pas. Armé de l'iPhone, je cherche la 3G. Sur le plan, je distingue quelques traits figurant de timides routes, j'hésite à reprendre le bois –chemin le plus court pour retourner à la maison– ou continuer. Le bonnet censé me protéger de la pluie contient ma récolte sur un lit de feuilles humides. Le Parigot venu s'encanailler en campagne plisse les yeux au passage d'une voiture, fonçant pleins feux; il flippe deux minutes, s'amuse de s'imaginer gisant inerte au fin fond d'un bois. Il faut bien une fin. Qu'elle soit bucolique ou orgiaque !
La raison prend vite le pas. Attraper un morceau de réseau pour appeler les copains à la maison. Qui, je l'entends, s'inquiètent. « Mais Laurent, on t'a dit pas dans les bois. Quoi ? Tu es à vingt minutes à pied ! Bouge pas. On arrive. » Le visage fouetté par la pluie devenue battante, je réfléchis. Une route, il faut la prendre ou la traverser. Attendre ou marcher. Je marche, me promène, sur la route, tant que le loup n'y est pas. La voiture vient au loin, elle me reconnaît, fait des appels de phares, ouvre sa portière. Un sourire honteux et reconnaissant aux lèvres, je tends mon bonnet de laine : « Regardez les garçons ! J'ai trouvé deux cèpes et trois girolles. »

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