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L’opinion, ça se conditionne

Publié le 05 février 2013 par Copeau @Contrepoints

On fait peur à l’opinion avec un pseudo-danger populiste et on la méprise quand elle est préoccupée par d’autres questions.

Par Marc Crapez.

L’opinion, ça se conditionne
Tout est prétexte à effrayer l’opinion : célébration du cinquantenaire du traité d’amitié franco-allemand, annonce d’un projet de référendum par David Cameron et sondage censé indiquer que la société française « glisse de la défiance au rejet, de l’inquiétude à l’anxiété, du repli sur soi à la peur de l’autre ».

Le 30 janvier à l’Assemblée, un député socialiste dénonce un risque de retour au nazisme à cause de l’opposition au mariage gay. Le lendemain, le journal gratuit Metro publie à son tour un sondage opportun : « 34% des Français croient possible un retour au pouvoir d’un parti se réclamant du nazisme ». Et pour mieux conditionner l’opinion, l’amalgame est fait avec l’homophobie, le populisme et la droitisation…

Sans remonter jusqu’aux accusations de fascisme essuyées par de Gaulle et Raymond Aron, observons que le thème de la droitisation est une constante de la propagande de gauche en France. En 1979, une violente campagne imaginait que l’extrême-droite avait pris le contrôle du Figaro magazine et en attribuait la responsabilité à tel passage fascisant d’un livre de Giscard. En 1976, suite à une virulente campagne contre Chirac, 74% des sondés pensaient que son tempérament « peut l’entraîner dans un autoritarisme dangereux pour les libertés » et 24% le cataloguaient « très à droite » (Ifop).

Un commencement de « dé-gauchisation » ?

On voudrait maintenant faire passer pour de la droitisation les réticences de la société face au mariage homosexuel. Mais n’est-ce pas plutôt le contraire qui prouverait une gauchisation significative ? Que personne n’ait l’idée de soulever cette objection montre que les élites ont perdu l’habitude du questionnement. Le seuil d’acceptabilité des opinions divergentes s’est déplacé. L’intolérance s’accroît vis-à-vis de l’altérité politique.

Comme je l’ai déjà souligné, on se base sur des sondages qui, en réalité, sont revenus à l’étiage logique qu’ils avaient il y a quinze ans. Et s’ils accentuent certaines tendances, c’est en raison du contexte. Quoi de plus naturel que de juger les élites peu fiables puisqu’elles ont cherché à cacher le fait que le chômage augmente, que l’homoparentalité soulèvent des objections sérieuses, ou encore que le racisme anti-Blancs est un phénomène réel ? De même, la demande d’autorité ne découle pas d’une doctrine autoritariste mais d’interrogations raisonnables sur la crise de l’école, le laxisme budgétaire et le déficit de leadership au sommet de l’Etat. Parler d’un commencement de « dé-gauchisation » serait plus approprié qu’une droitisation.

Ces sondés ayant des opinions qui indisposent, l’historien Michel Winock les assimilent aux nationalistes obtus des années 1880. Ce parallèle est dépourvu de fondement. L’hostilité aux Juifs à cette époque n’a rien de commun avec la défiance actuelle envers l’islam (et non pas envers les musulmans). De surcroît, il y eut dans ces années 1880 un usage public de sobriquets et d’injures antisémites, des ligues factieuses qui rouent de coups les opposants politiques et des députés membres d’un « groupe antisémite » siégeant à l’extrême-gauche.

Concernant le référendum sur la Grande-Bretagne dans l’Union européenne, en revanche, la réaction virulente des élites sur le thème « à quoi joue Cameron ? » (sous-entendu : il joue avec le feu du populisme) s’apparente aux protestations outragées de la Chambre des Pairs sous la Restauration à l’idée d’élargir le suffrage censitaire. Voilà un parallèle historique pertinent.

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