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François LAUR (France).

Par Ananda

QUAND LE GRAIN NE MEURT

D’emblée, la croûte de la miche impressionne, image, complète, ou peu s’en faut, d’un paysage montagneux avec pistes et sentiers : on croirait avoir vue sur les Chic-Chocs, l’Apennin, voire quelque région du Pakistan. Un confus amas éruptif s’est coulé dans la fournaise astrale où s’affermissant, tentant de durer, il s’est fait reliefs : vals, croupes, replis, failles…Surfaces désormais clairement structurées, galbes calqués, dirait-on, sur les mammelonnements de la terre, la palette du jour, en ses frémissements, au plus intime les rissole, les mordore. La main, irrésistiblement, s’y porte, l’effleure d’abord, pour jouir de leur grain, tel celui d’un précieux papier de cuve (plus civil, moins grossier certes que tissu de cuculle) – ou celui d’une peau.

C’est alors que s’accroit l’envie de fraser. Aux paumes, aux doigts, avant les lèvres, une chair s’offre, plastique et douce ; auprès d’elle reverdit l’allèchement de vivre, dussions-nous être atteints du haut mal des ardents : par ces temps d’oxygène réduit, respirerions-nous, sans elle, encore ? Je ne sais pas, je ne sais rien de ce qui vient, sinon la dure faim d’être avec toi, et l’irrésumable brûlure.

François Laur


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