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302ème semaine politique: bidoche, brouzouf et bisbilles

Publié le 16 février 2013 par Juan
302ème semaine politique: bidoche, brouzouf et bisbilles L'actualité est ainsi faite que l'on consacrera davantage d'efforts de pédagogie sur le circuit de fabrication de lasagnes au boeuf où l'on a découvert du cheval qu'au circuit bancaire où nos découverts méritent des remèdes de cheval.
Bidoche
Bruxelles vient de ré-autoriser l'alimentation des poissons d'élevage avec de la farine animale. Mais le scandale est ailleurs. L'entreprise Findus, puis sa collègue Picard tombent dans l'effroi quand des analyses révèlent que le boeuf de leurs lasagnes surgelées n'était en fait que du cheval. Rapidement, la presse s'encombre d'incroyables graphiques géographiques où l'on découvre comment les ingrédients de nos plats cuisinés cumulent les "miles" à force de trading mondialisé et d'échanges aux quatre coins du continent. On s'esbaudit devant l'efficacité de nos contrôles. Yves Calvi, l'animateur "journaliste" de France2, laisse entendre que le cheval roumain trouvé dans nos assiettes serait victime d'une directive bruxelloise interdisant les charrettes. Benoit Hamon, ministre notamment en charge de la consommation, connaît enfin sa première guerre médiatique.
On est (à peine) surpris d'apprendre que ces plats multi-cuisinés tiraient leurs formules de la même filière. Les étiquettes changent, marketing oblige, mais les plats sont les mêmes. En l'occurrence, une entreprise familiale du Sud Ouest a été prise les mains dans le sac. Des factures d'achat de viande de cheval sont retrouvées. Dès vendredi, elle subit une interdiction sanitaire. Chômage technique et général pour les 300 salariés. 
Le cheval était-il de surcroît impropre à la consommation ? Emissions spéciales, pages triple, longs reportages et courts témoignages à l'appui, l'arnaque à la viande occupe tous les esprits.
Ou presque.
Brouzouf
Une bien plus grande pédagogie aurait pu se manifester sur la réforme bancaire. Le sujet est ardu, complexe, parfois technique. Pourtant, il faut être prudent, très prudent.
L'argument technique est l'ennemi de la politique.
Les opposants sont nombreux. Les trois députés du MRC confirment leur soutien, à regret. Jacques Sapir, Dominique Tadei et Jacques Généreux publient une énième tribune contre le texte, qui, selon eux, "laisse libre cours aux activités spéculatives des banques et sauvegarde leur pouvoir." D'autres écrivent que le gouvernement s'est "couché". Des économistes atterrés sont encore davantage atterrés.
Pourtant, à y regarder de plus près, personne - insistons sur le terme - personne n'explique en quoi tronçonner la séparation des activités bancaires procurerait davantage d'avantages que d'inconvénients.. Ni quels en seraient les conséquences sur le financement du crédit. On mesure bien les risques et périls de notre modèle universel. La loi isole le pire dans des filiales, prévoit une mécanique de scission supplémentaire en cas de problème, renforce les pouvoirs de contrôle.
Le débat débute, mais le texte est difficile. Les députés socialistes et écologistes l'ont durci.
Karine Berger, la députée qui "rapporte" a fait un gros boulot. Laurent Baumel, un socialiste de la Gauche populaire, se félicite modestement: " On ne l'a pas modifié radicalement comme l'auraient souhaité certaines ONG, mais on a trouvé un équilibre". Les banquiers, n'en déplaise aux critiques, se sont dévoilés. On leur impose de communiquer précisément leurs implantations dans les paradis fiscaux. L'ineffable Gilles Carrez (UMP), donneur de leçons de rigueur, s'agace de cette transparence qui affaiblirait nos banques... Que l'homme comme sa critique sont trop prévisibles !  On vote un plafonnement des frais bancaires, une avancée - peut-on le reconnaître ? Le projet initial du gouvernement - un plafond sur ces commissions d'interventions restreint aux foyers les plus modestes, est élargi. Le patron de la BNP s'inquiète "des frais bancaires considérables" que cette loi lui occasionnera.  On interdit aussi le trading à haute fréquence à partir d'ordinateurs.
Bisbilles
L'UMP a disparu. On la cherche. Balladur a été viré de ses bureaux au siège du Parti. Manque de place, il y a trop de sous-chefs. Et tous s'imaginent candidats en 2017. La baronne Kosciusko-Morizet de Longjumeau annonce son amour de Paris. Courageuse comme Jean-Louis Borloo, elle s'est abstenue sur la loi légalisant le mariage gay. Une abstention forcenée et de "conviction". On sourit. Jean-François Copé, lui, ne sait plus comment rebondir. François Fillon promet de belles annonces le 26 février. L'UMP est comme un terrain en jachère victime de la PAC. 
Alain Juppé sent que Nicolas Sarkozy a envie de revenir pour 2017... Pas nous. La page est tournée depuis des lustres. Qu'il reste là où il est là. La droite, avec ses éditocrates, est si désemparée, qu'elle se cherche des chefs dans le passé.
Manuel Valls, par ailleurs très inquiet des "dizaines de Merah potentiels" que compterait le pays, n'a pas fini de nous énerver. Il explique qu'il sera difficile d'appliquer le non-cumul des mandats dès l'an prochain. Hollande décide, Valls exécute. Et le premier a promis la règle.
D'autres libertés publiques progressent. Mardi 12 février fut un grand jour. La loi sur le mariage pour tous est enfin adoptée, après 109 heures de "débat".

Il y a ce chômeur, immolé devant une agence nantaise de Pôle emploi, qui décède. Il a prévenu; la police est là, mais le rate. Il y a cette autre tentative, le lendemain, un autre chômeur en flammes. La guerre du feu, ose écrire un confrère. Le malaise social, héritage d'une sale décennie, est évident. le drame est collectif. On grimace de rage quand un grand patron automobile propose de décaler le versement de quelques millions d'euros de son salaire.
La Cour des Comptes révèle combien la trajectoire budgétaire lui convient, mais fustige les prévisions de croissance. Hollande ajuste. En fait, dans le fatras de son habituel bilan annuel, la Cour nous confirme l'ineffable: certaines aides sociales comme le RSA sont sous-utilisées par leurs bénéficiaires.
On glose sur une autre nouvelle, une véritable bombinette hivernale. Jean-Marc Ayrault craque: l'objectif de réduction du déficit budgétaire à 3% ne sera pas respecté, reconnaît-il. C'est une sacrée et très belle nouvelle. Il faut la vendre à l'Europe.
On attendait des flambées de joies, des manifestations de citoyens joyeux célébrant la nouvelle. Il n'en est rien.
Pas un mot.
L'Humanité se satisfait à peine.


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