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Téléphonie mobile : méchant Free, méchante concurrence

Publié le 16 février 2013 par Copeau @Contrepoints

L'arrivée de Free sur le marché de la téléphonie mobile a permis à des millions de Français de bénéficier de tarifs moins élevés mais détruit des emplois autrefois protégés. Ce qui n'est pas du goût de certains économistes plutôt idéologues comme Bruno Deffains.

Par Baptiste Créteur.

Xavier Niel, fondateur de Free

Xavier Niel, fondateur de Free

L'inculture économique des Français est dommageable à un débat qui se heurte à une idéologie déconnectée de la réalité. Les Français n'y sont pas pour grand-chose ; les médias largement subventionnés et l'enseignement minable de l'économie ne facilitent pas leur compréhension d'une réalité pourtant facile, à condition d'analyser les faits rationnellement.

Dans un article intitulé Free : quand l'idéologie de la concurrence dessert l'économie, Bruno Deffains, professeur d'économie d'une université mondialement réputée, affirme que la concurrence introduite par Free est nocive :

ll faut sortir d'une conception éculée de l'économie. Dans le cas des mobiles, l'alibi de la concurrence a été utilisé pour une décision dont les effets sur le bien-être social pour les prochaines années seront négatifs. Avec ce cas, on voit que la concurrence comme idéologie dessert plus qu'elle ne sert les desseins de la concurrence comme système économique fait d'incitations, d'innovations, de recherche d'efficience bénéficiant au bien-être collectif et non à l'intérêt de quelques-uns.

Il dénonce les destructions d'emplois provoquées par une baisse des prix très favorable aux consommateurs. Son point de vue utilitariste est largement biaisé : les 61 600 emplois détruits qu'il estime pour les trois prochaines années seraient plus nuisibles au bien-être collectifs que les milliards d'euros économisés par les consommateurs. Il semblerait pourtant que le bien-être collectif soit ici accru par les gains réalisés par les consommateurs, malgré sa contradiction avec les intérêts de quelques-uns - les salariés des opérateurs historiques et de leurs prestataires dont les emplois seraient détruits. Son analyse comporte par ailleurs plusieurs erreurs impardonnables pour un économiste.

Il évoque, dans son analyse des emplois détruits, l'effet multiplicateur :

Si, pour absorber ce choc, les opérateurs réduisent dépenses et marges de 30 %, 61.600 emplois sont détruits sur trois ans : 10.600 chez les opérateurs, 35.200 chez les partenaires de 1er rang et 15.800 par effet multiplicateur.

L'effet multiplicateur, s'il est pris en compte dans les emplois détruits, doit l'être également dans l'analyse des conséquences côté consommateurs. Comme le disait le brillant Frédéric Bastiat, il y a ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas. L'erreur serait ici de s'arrêter à ce qu'on voit, les emplois détruits, sans prendre en compte l'impact de ce qu'on ne voit pas, les emplois générés par le gain de pouvoir d'achat des consommateurs.

Il mentionne également Schumpeter :

D'aucuns évoqueront l'effet classique de destruction créatrice de Schumpeter. Les consommateurs reporteraient leur pouvoir d'achat ailleurs, qui créerait au moins le même nombre d'emplois. Vision optimiste, et peut-être cynique. En premier lieu, la création d'emplois est à long terme, la destruction est immédiate. Le solde reste négatif pour quelques années. De plus, selon l'Insee, le revenu moyen des salariés (charges incluses) affectés par le choc est de 3.574 euros par mois. Si les emplois ne sont pas recréés au moment où ils sont détruits, ce qui est très probable, ce sont plus de 2,5 milliards d'euros à trouver pour financer dans les trois ans les charges supplémentaires et les pertes de recettes des organismes sociaux. Qui a mesuré ces divers effets au moment de l'introduction forcée d'un nouvel acteur dans le secteur ?

En dénonçant l'optimisme voire le cynisme de ceux qui évoqueraient la destruction créatrice comme un jeu a minima à somme nulle, il oublie que la destruction créatrice est une analyse de l'innovation, pas de la concurrence. A moins de considérer que l'entrée d'un nouvel arrivant sur un marché est en soi une innovation, ce qui n'est pas le cas chez Schumpeter, la destruction créatrice est hors de propos.

L'introduction d'un nouvel acteur dans le secteur des télécommunications n'a pas été forcée ; au contraire, les barrières à l'entrée qui ont des années durant protégé les opérateurs historiques - leur évitant une concurrence qui les aurait incité à innover et devenir plus compétitifs - ont été levées pour Free par l'introduction d'une licence.

Non content de proposer une analyse biaisée faisant appel à des théories hors de propos, le "brillant" professeur d'économie Bruno Deffains expose implicitement une logique qu'il ne prend pas la peine de pousser jusqu'au bout. Si la concurrence, pourtant bénéfique au consommateur, est nocive parce qu'elle détruit de l'emploi, mieux vaut non seulement empêcher l'introduction de nouveaux entrants, mais également supprimer la concurrence dans tous les secteurs. Les monopoles, ainsi protégés par l’État, permettraient aux entreprises qui en bénéficient de ne pas s'améliorer ni innover ; elles pourraient alors employer à l'infini, en répercutant leurs coûts élevés sur les consommateurs. Pour protéger ces monopoles, il faudra recourir à une massive coercition étatique, et fermer les frontières pour se protéger également de la concurrence internationale. L'expérience de l'idéologie sous-jacente au raisonnement du pipoconomiste du jour a déjà été faite par des pays qui ont osé pousser plus loin l'analyse et assumer leurs principes nauséabonds, avec tout le succès qu'on sait.

Si même un professeur d'économie dans une université prestigieuse est capable d'une telle déconnexion vis-à-vis de la réalité et d'analyses aussi fallacieuses, on voit mal comment reprocher aux Français d'adhérer à des programmes politiques dénués de principes et bourrés d'idéologie nauséabonde dont la contrainte et la coercition imprègnent chaque ligne. La crise que traverse la France n'est pas économique, elle est intellectuelle.


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LES COMMENTAIRES (1)

Par michel
posté le 02 mars à 08:11
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C'est vrai il a raison sur un point ce professeur, les français sont nuls en économie, mais avec des enseignants pareils c'est pas étonnant, lui qui prône le monopole pour l'investissement comme au bon temps de l'URSS ou de Cuba peut-être, l'effet multiplicateur sur l'investissement existe, pas sur des fonctionnaires qui ne pensent qu'à leurs avantages et éventuellement à leurs dividendes sur action, le problème est qu'il faut tout le temps se remettre en cause dans l'économie capitaliste, heureusement l'université reste protégée, ça c'est de l'effet multiplicateur...

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