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Vers la fin de la démocratie ? (1/2)

Publié le 26 juin 2012 par Cambronne @CambronneLondon

La réflexion qui va être développée ci-après, et qui a pour objet le système politique démocratique, est née de la conjonction des trois observations suivantes :

    - Tocqueville (dont je suis en train de lire De la Démocratie en Amérique) qui sentait poindre la vague démocratique qui allait emporter les Anciens Régimes européens, et qui mettait ainsi la première brique à ce qui allait devenir la théorie de la « Fin de l’Histoire »;
      - Les technocrates qui prennent de plus en plus de place en Europe, et dont l’intégration européenne à venir va encore renforcer le pouvoir, mais qui peinent à trouver une légitimité démocratique ;
      - Le Hat Trick islamiste au Maghreb (trois révolutions, trois gouvernements islamistes en Tunisie, Libye et Egypte), symptomatique d’un élan démocratique qui déroule le tapis rouge à ceux qui lui sont opposés ;
La démocratie est le système politique le plus arrogant qui soit : elle est tellement sûre de son fait qu’elle offre une tribune aux personnes et idéologies qui veulent la détruire. Curieux système, dont il est effectivement inscrit dans l’ADN la conviction profonde qu’il est la fin de l’Histoire. Un peu comme si je me sentais tellement invincible que j’autorisais les gens à me tirer dessus. Il faut vraiment avoir confiance dans ses capacités. Cela va même encore plus loin tant il est même dans l’essence du système démocratique de donner la parole à tous, même ceux qui souhaitent lui substituer une autre forme de pouvoir, sous peine de voir le « démocratique » se transformer en « autoritaire » et ainsi gâcher plusieurs centaines d’années d’efforts.
Mais qu’est-ce qui justifie cette arrogance (ou inconscience ?) inhérente au système démocratique ? Qu’est-ce qui garantit que le système est dans une dynamique d’auto-perpétuation et que la démarche démocratique ne va pas le conduire vers d’autres contrées politiques plus ou moins malheureuses ? Il y a selon moi trois réponses possibles :
     - Le consensus national. Les citoyens, notamment du fait de leur niveau d’ « éducation », ont intégré le fait que la démocratie représentative était le moins mauvais des systèmes politiques et sont donc soucieux de le perpétuer. Ainsi, la majorité se détourne des idées destructrices et privilégient les candidats en phase avec le système ;
  - L’existence d’une forme de perversité dans le système qui en fait une forme de totalitarisme soft où aucune vraie remise en question n’est vraiment possible ou seulement en apparence. Cela pose notamment la question du rôle des médias à l’heure où les technologies de la communication en font un véritable pouvoir, certainement capable de décider de ce dont il faut ou ne faut pas parler, si ce n’est de ce qu’il faut ou ne faut pas penser. Cela pose aussi le rôle des institutions, chargées de traduire la volonté démocratique sous forme de pouvoirs ;
     - La présence de variables externes au paradigme citoyens-régime et qui auraient un rôle dans la légitimité du second vis-à-vis des premiers. La prospérité économique est la plus importante de ces variables car crise économique et crise politique sont rarement éloignées l’une de l’autre. Au fond, le consensus national autour de l’idéal démocratique serait une fumisterie car il ne ferait que cacher un consensus pour le système qui permet le mieux la croissance économique.
La vérité provient certainement des trois réponses à la fois, toutes étant certainement des conditions nécessaires mais non suffisantes pour assurer la vitalité de la démocratie. Prenons l’exemple le plus emblématique, à savoir celui de la montée du nazisme en Allemagne dans l’entre deux guerres : cette ascension a été permise par la présence de trois facteurs : une crise économique violente qui a atrophié la loyauté des gens pour le système politique en place ; un régime politique, la République de Weimar, aux institutions pas assez mûres pour garantir la stabilité politique ; et enfin un déficit de culture démocratique au sein du peuple allemand, qui plus est traumatisé par la défaite de 1918 et l’humiliation des Traités qui ont suivi. Autre exemple, celui des Révolutions arabes : les régimes autoritaires en place ont été balayés par des mouvements révolutionnaires nés de la réaction à l’incapacité de ces régimes à apporter des solutions à la pauvreté et à l’explosion du prix des matières premières. Mais ces « élans » démocratiques ne peuvent aboutir à l’installation de systèmes démocratiques en raison d’un déficit important de culture démocratique.
Néanmoins, là où la démocratie est censée être devenue la fin de l’Histoire, dans le monde occidental, je crains qu’elle ne se soit construite sur un grave malentendu, à savoir en surestimant sa première forme de légitimité (la culture démocratique), et en sous-estimant la nécessité de prospérité économique pour se maintenir. C’est ce qui expliquerait, au fond, son arrogance : en construisant de nouvelles générations de démocrates par le biais de l’éducation, nous pensons que cela est suffisant pour perpétuer la démocratie. Mais la démocratie n’est pas qu’une somme de démocrates, et le danger réel pour la démocratie vient selon moi de l’impasse économique actuelle dans laquelle se trouve le monde occidental. Cette crise économique pourrait, même en Europe, réveiller de vieux démons révolutionnaires au cas où les gouvernants ne trouveraient pas de solutions durables, et participeraient même à leur propre chute en cautionnant des coups d’Etat technocratiques uniquement destinés à mettre en œuvre l’austérité.
Nous devons prendre garde à ce que le piège de la démocratie ne se referme pas sur elle-même, car si l’élection est la forme d’expression démocratique la plus aboutie, n’oublions pas que la révolution en est sa forme la plus absolue.

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