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Nicolas Le Floch

Publié le 28 février 2013 par Rolandbosquet

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   De la Sicile au Japon, la terre tremble. Un volcan islandais déverse sur l’Europe ses vapeurs délétères. L’État en déficit court d’un pas allègre vers la banqueroute. Le pouvoir politique oscille sur ses bases, rongé par les ténébreuses menées des  charlatans, comploteurs et autres forces contraires. La société en déliquescence se désagrège peu à peu dans les remugles des affaires. Rassurons-nous. Il ne s’agit ici que de la situation du monde et du royaume de France à la veille de la révolution française. Mais l’interrogation d’aujourd’hui se posait déjà. Est-il possible qu’un homme providentiel aussi courageux et talentueux soit-il, tel un Nicolas Le Floch ci-devant marquis de Ranreuil, parvienne à redresser le cours de l’Histoire ? Il côtoie d’un œil critique les plus hautes sphères de l’aristocratie, jusqu’à la Reine et ses entours et jusqu’au Roi en son petit cabinet. Il traverse, l’âme compatissante, les sombres venelles du petit peuple que des libelles assassins incitent à se révolter contre les injustices. Il s’incline encore devant des clergés  plus soucieux d’enrichir leurs ordres que de distribuer la charité aux pauvres mais c’est en se demandant comment Dieu peut bien retrouver  ses serviteurs dans ces onctueux mais dévoyés salmigondis. Il ne remet pas l’ordre des choses en question. Intimement persuadé qu’il est établi par Dieu depuis toujours et pour toujours. Il n’en bataille pas moins, de cœur et d’intelligence, pour déjouer les agissements criminels des ennemis du royaume. Avec "L’année du volcan", Jean-François Parot nous entraîne une fois encore au cœur de cette époque fascinante qu’est la fin du XVIIIème siècle. Il nous raconte la vie trépidante d’un Paris envahi par des hordes de miséreux affamés fuyant les disettes qui ravagent leurs campagnes. Il nous découvre les arcanes sournoises des escrocs et des corrompus. Il nous décrit les manières et les vêtures des plus pauvres comme des plus riches avec force détails des couleurs, des textures et des coupes. Au potager, nous accommodons avec la cuisinière les mets les plus goûtus selon des recettes aussi riches et précises que celles d’un Paul Bocuse et d’un Joël Robuchon réunis. Nous goûtons les vins auxquels on commence à accorder la meilleure importance. Nous fréquentons les maisons galantes les mieux tenues et les estaminets les plus louches. Nous croisons dans des boudoirs tout aussi troubles des comtesses de petite vertu mais de grandes ambitions. Nous parlons en leur bureau de secrets d’État avec les ministres du Roi et ses  Lieutenants de polices. Nous courons d’un quartier malfamé de Paris aux rues les plus huppées  au milieu de ces embouteillages qui faisaient déjà se demander à Boileau qui frappait l’air de ces horribles cris. Devant tant de science et de réalisme, le lecteur en vient à s’interroger sur l’âge réel l’auteur. Ne serait-il pas contemporain de ce fameux comte de Cagliostro qu’il nous présente au milieu de ses artifices et dont il se serait administré quelque drogue de longue vie ? D’autant qu’il nous fait partager avec gourmandise le parler de ses créatures. Une langue riche en vocabulaires importés des provinces, chantournures alambiquées, métaphores fantasmagoriques, périphrases entortillées et litotes amphigouriques. Tant et tant qu’à l’issu du maigre déjeuner composé d’oiseaux sans tête farcis de veau, noyés dans leur gelée, largement mitonnés au cidre et serrés de cornichons et d’une salade de concombre qui clôt l’enquête du commissaire du Chatelet, l’envie reste encore au lecteur de retourner visiter ces contrées de l’Histoire.

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