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Nostalgie du nez rouge

Publié le 07 septembre 2012 par Riwal

Nostalgie du nez rougeRegardez bien cette image en concentrant votre attention sur le nez rouge qu'arbore cette personne, pendant 10 secondes au moins. Puis fixez immédiatement une surface bien blanche, par exemple un mur. Etonnant, non?
L'un des phénomènes physiologiques à l'oeuvre dans cette expérience est (entre autres) ce qu'on appelle "la persistance des impressions rétiniennes": notre perception de la réalité (le mur blanc) est influencée par une représentation qui s'est inconsciemment imprimée dans dans notre cerveau. En l'espèce, une représentation bien différente de la réalité "imprimée".
C'est apparemment un phénomène de même nature qu'on observe dans le tohu-bohu politico-médiatique du moment. A ceci près que la phase d'imprégnation inconsciente du cerveau des protagonistes a duré davantage que 10 secondes. Cinq ans, pour être précis.
Depuis le 6 Mai dernier, la scène politique française a été brusquement privée d'un de ses acteurs les plus tonitruants, Nicolas Sarkozy. Retiré sur on ne sait quel Aventin de l'ouest de la région parisienne, l'ancien président a subitement décidé de la fermer, ne sortant de son silence que pour, à la suite de BHL (voir post précédent), réclamer une action plus musclée de la France en Syrie. Et c'est tout (même si, en soi, ce n'est pas rien, mais c'est une autre question). Le silence, donc et, dans ce monde où la parole tient lieu de preuve de vie, l'absence.
Mais un silence bruyant, en l'occurrence.
Dans sa famille politique, on s'est bien sûr attelé à combler ce vide: les "primaires à droite", ça s'appelle. L'exercice consiste à départager les prétendants au trône laissé vacant, c'est-à-dire à décider de qui présidera l'UMP et, ipso facto, sera candidat à la présidentielle en 2017. Punto, basta, car on serait bien en peine de déceler dans cet affrontement le début d'un commencement de débat. Non qu'ils soient a priori d'accord sur tout - même si, sur le plan économique, on sent bien qu'une très légère adaptation de l'agenda du MEDEF ferait unanimement l'affaire - mais la seule question qui semble se poser est: lequel d'entre eux est digne de succéder à Nicolas Sarkozy. Alors en lieu et place d'un débat, on assiste à un chassé-croisé où l'ombre tutélaire de l'ex-président se pose successivement sur l'un - Copé adoubé par fifils, le "prince Jean" en personne - et sur l'autre - un Fillon que rallie Christian Estrosi, Sarkozyste pur-sucre et leader de la mouvance Pernod-Ricard au sein du parti. Lorsqu'on s'échine à affirmer, comme la droite le fait, que ce n'est pas François Hollande qui a gagné l'élection mais Nicolas Sarkozy qui l'a perdue, on pourrait immédiatement en tirer la conclusion que le "business model" politique de l'ancien leader avait peut-être un peu de plomb dans l'aile - une fois ânonné le couplet sur "la faute à la crise et aux médias". Mais non. L'image "imprimée" est celle du Génial Leader, celui qui avait tout compris, tout prévu, tout fait bien comme il faut. "Et si Sarkozy avait eu raison?" s'interroge faussement "L'Express" de cette semaine... Cela étant, malgré tout, on comprend qu'à droite on rechigne à faire table rase de ce passé vieux de quelques mois. Un reniement aussi rapide serait, somme toute, assez indécent.
En revanche, on reste pantois devant le procès récurrent que font certains commentateurs à François Hollande et son gouvernement, un procès en "inaction". Déclencheur: une série de sondages qui donnent le duo exécutif en chute libre. Pourquoi, s'interroge-t-on? La réponse est simple, en substance: "les Français affrontent une crise sans précédent, le chômage explose et le gouvernement ne fait rien pour répondre à leurs angoisses". Les gens ayant un peu plus de deux neurones - les journalistes politiques en font a priori partie - savent qu'il est objectivement impossible, en quatre mois, de faire bouger des curseurs à la sensibilité au mieux semestrielle, sinon annuelle (sans parler de l'inertie issue de l"héritage" de dix ans de gouvernements de droite... et de la furie dé-régulatrice de plusieurs gouvernements de gauche antérieurs).
Alors qu'a-t-on en tête, dans les médias, lorsqu'on critique "l'inaction" de François Hollande? C'est bien simple: le contraste avec "l'autre", le désormais absent, le silencieux. Souvenez-vous: pas une semaine voire un jour ne se passait sans que, dans un permanent coq-à-l'âne à donner le tournis, le président ne vienne abreuver les médias, en "on", en "off", de ses vues et de ses projets sur à peu près tout et n'importe quoi, flot auquel venait s'ajouter la chronique de sa vie sentimentale et familiale. Le "coup d'éclat permanent", c'était pain-bénit: des news, coco, des news, le mois dernier c'est déjà la préhistoire - de toute façon, c'est bien connu, le lecteur-auditeur a une mémoire de poisson rouge. Nicolas Sarkozy avait érigé le faire-savoir en savoir-faire donc, en ce XXIème siècle d'hyper-communication, en "faire" tout court. Et ce à un rythme infernal. Avec François Hollande, rien de tout cela, les journalistes s'emmerdent à cent sous de l'heure. Et certains d'entre eux, encore sous le coup de l'impression rétinienne du précédent quinquennat, tentent de nous faire croire que leur propre ennui est un fait politique en soi - François Hollande est inactif car il ne les distrait pas: la chute dans les sondages de l'exécutif n'aurait à voir, finalement, qu'avec leurs bâillements de chroniqueurs blasés.
Mais observez, de nouveau, l'image ci-dessus: si le "souvenir" fugace que vous en projetez sur la surface blanche est différent de la réalité objective qui aurait a priori dû s'imprimer dans votre cerveau, c'est à cause d'un élément: le nez rouge dont est affublée la pin-up. Un truc de clown. Un clown, c'est distrayant. En l'occurrence, ce nez rouge transforme un film négatif en un "positif".
Au-delà de la loyauté, on admettra qu'à droite on puisse regretter cette magie du spectacle. Mais il est plus embêtant que des gens supposés éclairer le débat politique se laissent aller à ce genre de nostalgie, enfin moi je trouve.
See you, guys.

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