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Suisse: la fin des parachutes dorés

Publié le 04 mars 2013 par Eldon

 Suisse: la fin des parachutes dorésLa Suisse donne l’exemple et il est heureux de voir ce pays prendre ce tournant majeur qui espérons-le fera jurisprudence. Oui, on peut être motivé et assurer des responsabilités importantes sans pour autant prétendre gagner 35 000 euros par jour comme Carlos Ghon. Le pillage légal des entreprises, basta!

Le patronat suisse n’a pas mégoté pour contre combattre cette limitation des salaires abusifs des grands patrons, dite « Initiative Minder » du nom de son auteur (cinq à huit millions de francs suisses selon « Economie Suisse », le Medef français). Belle mentalité.

La France, c’est quand elle veut…

Rappelons que cette initiative suisse remonte à loin.

Elle a éclaté en 2001 quand les Suisses ont appris que les responsables de la débâcle de Swissair, la compagnie aérienne emblématique du pays, étaient partis avec un « parachute doré ». Tout comme, quelque temps plus tard, Marcel Ospel, le banquier qui a mené l’UBS au bord du gouffre.

En 2003, quand la publication des rémunérations des dirigeants des sociétés cotées en bourse est devenue obligatoire, les Suisses ont découvert avec stupéfaction que Daniel Vasella, le patron de Novartis, touchait une rémunération annuelle de 20 millions de francs suisses, soit 226 fois plus que l’employé de base du groupe pharmaceutique bâlois. Depuis, l’homme de la fusion de Sandoz et Ciba incarne l’image des « patrons mercenaires cupides », appelés « Abzocker » en allemand, un terme du langage courant proche de l’injure.

L’affaire de la prime de départ de 72 millions de francs suisses octroyée à Daniel Vasella a été perçue par de nombreux Suisses comme l’illustration d’un salaire abusif. Et a aussi fait l’affaire de Thomas Minder, le patron d’une entreprise de Schaffhouse produisant du dentifrice, à l’origine de ce référendum.

 »

Les Suisses l’ont décidé, ils viennent de décider d’interdire les parachutes dorés de leurs patrons dont les salaires seraient désormais fixés par les actionnaires. Lors d’une initiative populaire contre les «rémunérations abusives» dimanche, les Suisses ont voté à 67,9% des voix l’initiative Minder, du nom de son initiateur, et tous les cantons ont dit «oui», ce qui est très rare. En Suisse, les initiatives – un droit donné aux citoyens suisses de faire une proposition de modification de loi – doivent être approuvées par la majorité du peuple et des cantons.

Selon ce texte, quiconque ne se conforme pas à ces nouvelles règles – qui ne s’appliqueront qu’aux sociétés suisses cotées en bourse en Suisse et à l’étranger – pourra être sanctionné d’une peine d’emprisonnement de trois ans au plus et d’une «peine pécuniaire pouvant atteindre six rémunérations annuelles», prévoit le texte de l’initiative.

Cette initiative s’attaque aux «rémunérations excessives» à travers trois principales dispositions.

La durée du mandat des membres du conseil d’administration sera limitée à une année, et certaines formes de rémunérations, telles que les indemnités de départ – communément appelées parachutes dorés – ou les primes pour des achats d’entreprises, seront interdites.

En outre, les rémunérations du conseil d’administration et de la direction devront être approuvées obligatoirement par l’assemblée générale des actionnaires. Concrètement, les actionnaires devront voter chaque année, à l’assemblée générale, la somme des rémunérations qui sera soumise à disposition des membres du conseil d’administration et de la direction.

Trop de parachutes

Apparus aux États-Unis au début des années 1980, les «golden parachutes» devaient permettre d’attirer des dirigeants capables de redresser la situation des multinationales. Peu à peu, les sociétés européennes ont, elles aussi, eu recours à ce dispositif. Mais d’énormes indemnités de départ touchées par certains patrons, indépendamment de leur bilan, ont suscité de vives polémiques.

La prime de départ de 72 millions de francs suisses (60 millions d’euros), que le conseil d’administration du groupe pharmaceutique Novartis avait prévu pour son futur ex-président Daniel Vasella, avait soulevé en Suisse un véritable tollé fin février. Daniel Vasella, qui a été pendant des années le patron le mieux payé de ce pays, a finalement renoncé à ce parachute en or massif.

Les montants astronomiques de certains hauts cadres ont ainsi fini par convaincre quelque 100.000 Suisses de signer l’initiative populaire dite «initiative Minder» du nom de son initiateur.

Thomas Minder a repris en 1999 les rênes de Trybol, l’entreprise familiale dédiée aux produits cosmétiques, et est devenu depuis sénateur UDC (Union démocratique du centre, droite populiste). Mais c’est la faillite de Swissair, la compagnie aérienne qui faisait la fierté de la Suisse, qui a scellé son engagement politique. Quelques mois après la suspension des vols, les Suisses apprennent que Mario Corti, le dernier patron de Swissair, avait touché une avance de 12,5 millions de francs suisses (10,2 millions d’euros actuels) pour quitter son poste chez Nestlé et rejoindre la compagnie aérienne au bord du gouffre.

Excédé, Thomas Minder part alors en campagne et propose son texte, qui devrait donc bientôt faire loi.

Le gouvernement, qui craint que certaines grandes entreprises décident de «transférer leur siège à l’étranger», et la Chambre haute (sénateurs) suisses se sont prononcés contre cette initiative. »

Source: Libération


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