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Le socialisme du 21e siècle : échec sur toute la ligne

Publié le 12 mars 2013 par Copeau @Contrepoints

Le Chili et l'Uruguay, aussi riches que le Venezuela en 1998, présentent aujourd'hui des indicateurs sociaux très supérieurs dans presque tous les domaines, tandis que le Pérou et la Colombie, beaucoup plus pauvres en 1998, ont connu une évolution de ceux-ci beaucoup plus notables.
Par Juan Ramón Rallo, depuis Madrid, Espagne

Patria, socialismo o muerte

En 1998, le Venezuela était le quatrième pays le plus riche d'Amérique latine par revenu par habitant ; en 2012, il était descendu à la septième position malgré la bulle pétrolière que connut le pays et l'environnement régional très favorable. Le legs de ces quatorze années d'application du socialisme du 21e siècle s'est soldé par une croissance exiguë du revenu moyen réel de 0,8% par an, quelques quatre fois moins que des pays non bolivariens comme le Chili, la Colombie, le Pérou ou l'Uruguay.

Malgré cela, on trouve des gens qui tentent de mettre en valeur l'héritage économique chaviste en faisant référence aux grands succès sociaux récoltés par le régime, comme si les améliorations de la qualité de la vie des citoyens n'étaient pas une conséquence directe de l'enrichissement de ces citoyens, c'est-à-dire, de la croissance économique. Si le Venezuela a prospéré sous le gouvernent de Chávez (et il le fit, bien que beaucoup moins que ses voisins), alors nous tomberons inexorablement sur divers indicateurs qui dévoileront une certaine amélioration et que la clique de service interprétera hors contexte, comme une revendication de la peu raisonnable et très liberticide politique économique du régime bolivarien.

[...] De nouveau, comme tant d'autres fois en économie, nous nous trouvons face au célèbre problème de « ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas » : ce qui est réellement significatif est la richesse et la prospérité que le Venezuela aurait été capable de créer avec les conditions si favorables qu'il a connues. Partant de ce point, il convient de comparer ses présumées « réussites sociales » avec celles des autres pays qui n'ont pu compter sur des revenus annuels dérivés de l’exportation du pétrole équivalents à 40% du PIB mais qui, au moins, ont évité d'imposer tant d'incongruences socialistoïdes. Pour ce faire, nous utiliserons la base de données de la Banque mondiale, en comparant l'évolution de paramètres distincts analysés depuis 1998 jusqu'aux derniers disponibles.

Pauvreté, salubrité et espérance de vie

Par exemple, on a beaucoup écrit sur le taux de pauvreté vénézuélien qui a chuté de 50,4% à 31,9%, mais il convient de ne pas oublier que celui du Chili est tombé de 21,6% à 15,1%, celui de l'Uruguay de 24,3% à 13,7%, celui de la Colombie de 49,7% à 34,1% et celui du Pérou de 58,7% à 27,8%. Certes, le taux de pauvreté est une (mauvaise) mesure de l'inégalité économique, mais dans ce cas les indicateurs de pauvreté absolue – pourcentage de la population qui gagne moins de deux dollars par jour – nous fournissent des résultats assez similaires (ici, les données s'arrêtent en 2007) : au Venezuela celle-ci est passé de 20,4% à 12,9%, au Chili de 6,2% à 3,2%, en Colombie de 27,2% à 17,7%, au Pérou de 26,3% à 18,2% et en Uruguay, il est resté autour de 3%. La diminution de la pauvreté est par conséquent, un phénomène généralisé dans la zone, fruit de la croissance économique.

Dans le même temps, les conditions de salubrité ont connu une certaine amélioration durant la chavisme. Les habitants des campagnes ayant accès à l'eau sont passés de 74% à 94% ; mais au Pérou, ce furent 53% qui passèrent à 89%, au Chili de 62% à 99%, en Colombie, de 70% à 98% et en Uruguay, de 85% à 99%. De même, le pourcentage de la population avec accès aux installations sanitaires s'est à peine amélioré au Venezuela entre 1998 et 2007 (dernière donnée disponible) : montant de 88% à 91%, tandis qu'au Pérou, il a augmenté de 61% à 69%, en Colombie, de 71% à 76%, au Chili, de 91% à 96% et en Uruguay de 96% à 100%.

La croissance économique, la réduction de la pauvreté et la meilleure salubrité ont débouché sur une moindre mortalité infantile, une moindre mortalité des mères accouchant et, en somme, sur une meilleure espérance de vie. Les chiffres du Venezuela ne sont pas mauvais en ce qui concerne cet aspect des choses (le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans est passé de 24 pour mille à 15 pour mille, le taux de mortalité des mères se maintient à 0,9 pour mille et l'espérance de vie a augmenté de 73 à 74 ans), mais de nouveau ils sont relativement moins bons que ceux des autres pays : la mortalité infantile a été réduite de 45 à 18 pour mille au Pérou, de 12 à 3 pour mille au Chili, de 27 à 18 pour mille en Colombie et de 18 à 10 pour mille en Uruguay ; la mortalité maternelle chute de 1,3 pour mille à 0,9 pour mille en Colombie, de 1,2 pour mille à 0,67 pour mille au Pérou, de 0,29 à 0,25 pour mille au Chili et de 0,35 à 0,29 pour mille en Uruguay ; et l'espérance de vie monte de 70 à 74 ans au Pérou et en Colombie, de 74 à 76 ans en Uruguay et de 76 à 79 ans au Chili.

Alphabétisation, communications et environnement

À par les précédents, il existent d'autres indicateurs qui illustrent comment a évolué le bien-être des Vénézuéliens sous la botte du chavisme en comparaison avec celui de ses voisins, par exemple le taux d'alphabétisation, qui ne s'améliore pas seulement au Venezuela (de 93% à 96%) mais bien dans tous les autres pays, conséquence de leur plus grande richesse (en Colombie, il passe de 91% à 93%, au Pérou de 87% à 90%, en Uruguay de 97% à 98% et au Chili de 96% à 99%).

La pénétration et l'usage des télécommunications sont un autre paramètre illustratif. Les usagers d'Internet sont montés jusqu'à 40,4% de la population vénézuélienne, face aux 40% de la Colombie, aux 36,5% du Pérou, aux 53,9% du Chili et aux 51,6% de l'Uruguay ; mais les différences sont plus accusées quand on analyse la qualité de la connexion Internet (au Venezuela seulement 0,87% a accès à la bande large, face aux 3,5% du Pérou, aux 6,9% de la Colombie, aux 11,6% du Chili et aux 13,4% de l'Uruguay) ou la présence de serveurs sécurisés (seulement 8 au Venezuela, contre 19 au Pérou, 21 en Colombie, 67 au Chili ou 70 en Uruguay). De même, le Venezuela reste à la traîne en nombre de téléphones portables pour 100 personnes : 98 pour le Venezuela et la Colombie, contre 110 au Pérou, 130 au Chili ou 141 en Uruguay.

Un autre indicateur possible est la consommation annuelle d'électricité par habitant, qui a à peine grandi de 23%, de 2.656 kWh par personne à 3.287 kWh, face aux plus grandes augmentations du Pérou (de 645 kWh à 1.106 kWh), de l'Uruguay (de 1,817 kWh à 2.673) et du Chili (de 2.168 kWh à 3.297) ; seule la Colombie a moins augmenté cette consommation, de 893 kWh à 1.106. Et, bien sûr, les gaucho-écologistes qui s'attendent à trouver en Chávez un modèle de gestion politique respectueux de l'environnement devront y penser à deux fois : le Venezuela produisait 0% de son énergie à partir de sources renouvelables, contre 0,9% pour la Colombie, 2% pour le Pérou, 5,7 % pour le Chili ou 8,8% pour l'Uruguay. C'est également le pays qui a émis le plus de tonnes métriques de CO2 par habitant en 2009 (dernière année disponible) : 6,5 face aux 3,9 du Chili, les 2,4 de l'Uruguay ou les 1,6 de la Colombie et du Pérou. Et, dans le même sens, c'était le territoire qui voyait le plus reculer sa masse forestière : de 2000 à 2010, elle tombait de 55,7% à 52,5%, alors que le Pérou passait de 54,1% à 53,1%, la Colombie de 55,4% à 54,5%, le Chili de 21,3% à 21,8% et l'Uruguay de 8,1% à 10%.

Sécurité, corruption, impôts et régulations

D'autres indicateurs de bien-être sont, bien sûr, la sécurité, la transparence et le caractère non arbitraire des pouvoirs publics, l'agressivité fiscale ou la flexibilité pour gérer sa propre entreprise. Dans toutes ces rubriques, le Venezuela se trouve en très mauvaise place face aux autres pays : les homicides volontaires ont explosé sous le chavisme, passant de 0,19 pour mille à 0,49, à la différence de ce qui s'est passé au Chili, au Pérou ou en Uruguay (où ils se se sont maintenus autour de 0,05 pour mille) ou en Colombie, où ils se sont effondrés de 0,6 pour mille à 0,33. Le Venezuela a le pire classement selon l'indice de perception de la corruption (1 indique la corruption maximale), en obtenant 19 points, contre 36 pour la Colombie, 38 pour le Pérou, ou 72 pour le Chili et l'Uruguay. De même, la pression fiscale n'est pas seulement bien supérieure à celle de ses voisins (37% face aux 31% de l'Uruguay, aux 27% de la Colombie, au 23% du Chili ou aux 21% du Pérou), mais la variété d'impôts et les désagréments découlant de leur paiement sont aussi très supérieurs : au Venezuela, les entreprises doivent s'acquitter de 71 impôts, et les individus doivent consacrer 792 heures par an pour gérer leur paiement ; face aux 33 impôts et les 310 heures en Uruguay, 9 impôts et 293 heures au Pérou, 9 impôts et 203 heures en Colombie et 6 impôts et 291 heures au Chili. Ce qui, évidemment, se reflète aussi dans la facilité de gestion de sa propre entreprise : le Venezuela obtient un score de 180 (1 étant la flexibilité maximale), l'Uruguay, 89, la Colombie, 45, le Pérou, 43 et le Chili, 37.

Pour finir, beaucoup ont chanté les louanges du régime chaviste pour sa réduction des inégalités sociales. Certes, l'indice Gini (où la valeur zéro exprime l'égalité maximale) a chuté de 47,2 à 43,5, le Chili et le Pérou l'ont réduit de même manière ou plus : au Chili, il est passé de 55,5 à 51,9 et au Pérou de 56,1 à 47,2. De son côté, la Colombie est resté stable (à 56,5) et en Uruguay, il a monté légèrement jusqu'à 45,3.

En résumé : le Chili et l'Uruguay, qui ont démarré en 1998 aussi riches que le Venezuela, présentent aujourd'hui des indicateurs sociaux très supérieurs au Venezuela dans presque tous les domaines, tandis que le Pérou et la Colombie, qui ont commencé en 1998 beaucoup plus pauvres, ont connu une évolution de ceux-ci beaucoup plus notables dans presque tous les indicateurs sociaux. Cependant, à la différence de ces autres pays, le Venezuela a construit sa légère amélioration sur les faibles pieds d'argile de la bulle pétrolière, de l'étatisation de l'économie, de la rapine fiscale et de la destruction des classes moyennes.

En ce sens, un dernier chiffre sera suffisamment illustratif : la valeur boursière des entreprises cotées (un des actifs par excellence où la classe moyenne peut commencer à construire son patrimoine). Depuis l'arrivée au pouvoir de Chávez, la valeur de la bourse s'est effondrée de 8,3% du PIB à 1,6% ; en revanche, au Chili, elle a augmenté de 65,3% à 108,7%, en Colombie de 13,6% à 60,4% et au Pérou, de 20,5% à 44,8%. Chávez, à aucun moment, n'a cherché à créer une société de propriétaires libres, auto-suffisants et autonomes de l'État, mais un territoire remplis de serfs attachés à la glèbe dépendants des cadeaux du gouvernement. Et c'est bien ce qu'est le Venezuela aujourd'hui même. Pourvu qu'il change de cap dans le futur.

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Traduit de l’espagnol.


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