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Retour glacial, totalement givré, de l'hiver. Etat des voiries et perspectives

Publié le 12 mars 2013 par Micheltabanou

Le retour abrupt de l’hiver dérégule notre quotidien tant il vient nous surprendre après un épisode climatique qui nous laissait envisager des jours plus cléments. Ce matin, à 6h30 hormis la surprise désagréable d’avoir eu le visage cinglé, balafré de givre et d’avoir à progresser en évitant quelque chute maligne je ne me suis pas abandonné au sentiment bien français de maugréer le temps et de vouloir mâchonner une quelconque revanche sur les aléas des intempéries pour trouver l’idéal bouc émissaire sur lequel faire peser l’incurie supposée de l’état d’une voirie abandonnée au sort d’un cantonnier négligent. J’imagine le nombre de râleurs – aujourd’hui aussi nombreux que les cons – pour dans la journée ou demain venir se plaindre d’un service public d’entretien des voies et trottoirs indifférent du sort des riverains et habitants ! Le coup du sort d’une météo capricieuse venant nous rappeler que la nature n’a que faire de nos conforts et qu’elle demeure encore et pour longtemps le seul élément que notre outrecuidante intelligence ne saurait dominer vient souligner que nos responsabilité sont limitées… Cet entretien de voirie et la mobilisation des services va devoir faire face aujourd’hui à cet épisode et je ne doute pas un seul instant de la volonté de ces « ouvriers climatiques » de nous apporter le réconfort d’un entretien qui puisse faciliter nos déplacements…

Je voudrais rappeler à tous les détracteurs, aux aboyeurs de remarques politiques ou mesquines en nous notifiant l’affichage d’un déni d’entretien des voies publiques qu’en hiver, le gel pénètre profondément le sol et les cycles de gel-dégel engendrés par la hausse et la chute des températures endommagent nos routes en formant des fissures et des nid-de-poule. L’hiver que nous vivons est rigoureux et surtout une succession de réchauffement et de refroidissement viennent à accroître les difficultés. Les services de voirie utilisent pour le dégel des chaussées des fondants routiers qui si ils sont abondamment utilisés affectent d’une part l’état du revêtement et d’autre part l’environnement. Le sel par exemple pouvant affecter les arbres qui le captent par leurs racines. Au Canada il a été ainsi observé que les arbres meurent au-delà d’un certain taux meurent. On en est loin à Fontenay. Mais cela m’entraîne à entreprendre une petite incursion au pays du grand froid où les problèmes d’entretien des chaussées est une question récurrente qui doit trouver une réponse efficace…

La recherche pour améliorer l’entretien et le dégel des voies routières par hiver rigoureux s’oriente au Canada vers un mélange bien curieux de salé / sucré ! En effet les canadiens s’orientent sur un produit issu de l'agriculture, écologique, économique et efficace à très basse température, qui accélère la fonte et qui améliore l'épandage et l'action du sel : la betterave ! Environ le quart de la production mondiale de sucre provient de la betterave, mais c’est un peu par hasard que les propriétés du jus résultant du processus d’extraction du saccharose ont été découvertes.

Des producteurs de betterave sucrière avaient remarqué que la matière résiduelle, opaque et collante, entreposée dans leurs réservoirs, demeurait liquide, même sous un froid intense. C'est ainsi qu'a germé l’idée d'une application comme déglaçant pour cette mélasse, ordinairement vendue en tant que supplément alimentaire animal, et qu'un sous-produit du sucre a été introduit sur le marché pour lutter contre neige et glace. C’est un tout nouveau mode de déneigement et d'entretien hivernal qui garantit des déplacements sûrs.

L’Ontario et certains états américains utilisent déjà le procédé sur des portions de leur réseau routier, avec un réel succès. En Europe, le produit déglaçant dérivé du sucre est commercialisé depuis quelques années par une compagnie britannique sous le nom de Safecote.

Au Québec, tout récemment le ministère des Transports a mis en place un projet-pilote, dans la région du Bas-Saint-Laurent, pour évaluer l’efficacité de la méthode et la faisabilité d'une utilisation à grande échelle. Ils ont défini pour leur étude un tronçon d’une quarantaine de kilomètres rencontrant des conditions hivernales typiques: vent, humidité et fréquente formation de glace. En milieu urbain on épand aussi le nouveau déglaçant tiré du sucre de betterave sur les trottoirs et allées piétonnières de certains secteurs depuis décembre 2010.

Deux principales raisons motivent l’essai d’un mélange approximativement moitié-moitié d’une saumure de sel et d’extrait de betterave, comme méthode alternative de déglaçage. Ce sont la réduction des quantités de sel à épandre et les économies pouvant en découler.

En concentration élevée, infiltrant les sols et contaminant les cours d’eau, le sel utilisé traditionnellement sur les routes est néfaste pour la flore et la faune. Les métaux lourds et autres impuretés qu’il contient, même à l’état de traces, sont aussi libérés dans l’environnement. Le salage cause également des dommages corrosifs aux véhicules et au matériel, entraînant des frais de réparation élevés.

Au Canada, le jus de betterave coûte dix fois moins cher que le sel, et peut en diminuer les quantités nécessaires d'au moins 30%. L'utilisation de cette mélasse biodégradable permettrait des économies notables, car 60 millions de dollars sont consacrés chaque hiver aux 850 000 tonnes de sel servant à l’entretien complet du réseau routier du Québec.

En combinant le déglaçant liquide au sel pour l'enrober, on améliore l’adhérence à la chaussée en réduisant le rebond et la dispersion des cristaux par le vent, tout en assurant une meilleure surface couverte. De moins grandes quantités de sel sont alors requises et les applications deviennent moins fréquentes. Un mélange peu salé ne souille pas les voitures et s'enlève facilement.

Par grand froid, le salage devient inefficace à faire fondre glace et neige. L'addition de liquide sucré accroît l’efficacité des cristaux de sel puisque le déglaçant continue d’agir jusqu’à -34 degrés. Quand on ajoute le dérivé de betterave à des amas de sel avant l’épandage par camion, il élimine l’agrégation et le colmatage des cristaux, causant ainsi moins de pertes.

Pouvant être utilisé seul, ce déglaçant liquide fonctionne dès l’application. Contrairement au sel, il n’est pas nécessaire d’attendre l’action du soleil ou la circulation sur la chaussée pour que la fonte commence. Polyvalent, on peut l’appliquer comme produit d’anti glaçage, avant les précipitations, car il prévient aussi la formation de la glace. Ce produit ne tache pas et n’endommage aucunement les structures de béton et les trottoirs comme le fait le salage.

Les impacts à long terme de l’application de ce déglaçant nouveau genre sur les infrastructures urbaines, et les conséquences d’une culture intensive de la betterave sucrière pour les besoins d'une telle industrie devront être analysés. La production de sucre à partir de la betterave est exigeante et coûteuse. Les économies espérées ne se concrétiseront peut-être pas.

Certains opposants avancent que l’intérêt soudain pour cette nouvelle application est lié à l'approbation récente, par le gouvernement canadien, de lignées de betteraves modifiée génétiquement, résistantes aux herbicides. À l’exemple de la culture du maïs pour la production d’éthanol comme additif dans l’essence, les répercussions sur les activités agricoles pourraient être une diminution de la biodiversité.

Sur un autre plan, les animaux sauvages aiment lécher le sel qu'ils trouvent sur les routes et dans les fossés, et en ingurgitent beaucoup. Le sucre aura peut-être le même effet attractif sur eux. Quelles seront les conséquences d’une telle diète sur la faune? Les risques de collisions entre voitures et bêtes resteront élevés.

Des pays européens et certains états américains sont revenus à l’utilisation stricte du sel, après des essais avec le liquide sucré, en raison des coûts d’approvisionnement. Au Québec, les températures glaciales détermineront l’efficacité des tests menés durant la saison. Fin du voyage et tombent les flocons qui ce matin avec les pluies givrantes de l’aube entraînent de nombreuses perturbations et la fermeture provisoire de quelques lignes du réseau ferré. Avec le bel embouteillage ou la confusion rencontrés au Val de Fontenay.


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