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Silence médiatique sur ces chômeurs qui n'ont rien

Publié le 12 mars 2013 par Letombe
Silence médiatique sur ces chômeurs qui n'ont rien


Le ministère du travail a publié une évaluation de ces chômeurs non indemnisés. Les données portent sur l'année 2011. Le travail statistique est toujours très long et âpre. Pire, il ne reçoit que rarement les honneurs du commentaire médiatique éclairé.
Quand le résultat tombe, c'est pourtant plus brutal qu'une anecdote extirpée. C'est plus profond aussi, parce qu'on perçoit l'ampleur d'un mal collectif. Et cette fois-ci, il y avait tout pour remettre quelques pendules à l'heure.
Ce ne fut pas le cas. 
Le silence fut presque complet.
Des soupçons...
Ceux qui pensent encore que notre régime social est trop généreux sont nombreux. On les trouve dans des endroits parfois inattendus. L'indemnisation chômage est ainsi régulièrement la cible de critiques de tous ordres. Le clan sarkozyste a abusé de l'argument jusqu'à la campagne ratée de 2012. L'UMP de Jean-François Copé a pris le relais. Laurent Wauquiez et sa Droite (anti)sociale crèche à proximité. Patrick Buisson les biberonne en coulisses. Ces opposants internes sont à peine plus mesurées. NKM, qui cherche à tout prix comment faire parler d'elle, voudrait qu'on oublie son porte-parolat de la campagne 2012 de l'ancien monarque.
A gauche, il y eut ce curieux éditorial de Nicolas Demorand, assez rapidement taclé non par la majorité de ses confrères si confraternellement prévenants mais par quelques blogueurs ou journalistes résistants: « il faut travailler à sauver le travail. Ou ce qu’il en reste. Oui, pour cela, il faudra rendre des droits chèrement acquis et des protections sociales.» Demorand n'est pas seul.
C'est une chose de dire que le régime craque faute de financements (déficits), de moyens correctement dimensionnés (pôle emploi) ou attribués (formation professionnelle), c'en est une autre d'expliquer que sa prétendue générosité freine des cohortes de chômeurs à travailler.
... à la réalité
L'étude publiée ces derniers jours concerne 2011. Dix-mois plus tard, difficile de croire que la situation se soit améliorée. Imaginons donc que le portrait est aujourd'hui pire.

Cette étude de la DARES aurait dû remettre quelques pendules à l'heure. Encore aurait-il fallu la lire, la relayer, la commenter. En faire un sujet médiatique aussi important que les parties de fesses de Marcela Iacub, ou que les innombrables commentaires sur la cacophonie politique à gauche comme à droite.

Commenter le long cours de la précarité n'intéresse que quelques journaux et blogueurs bénévoles.
1. En France, moins d'un chômeur sur deux est indemnisé par le régime d'assurance chômage (RAC). Officiellement, le score est de 49% des inscrits à Pôle Emploi. Mais l'on oublie alors ces chômeurs qui ne sont pas enregistrés.
2. Cette moitié non indemnisée par le RAC est évaluée à 2,43 millions de personnes au 30 septembre 2011. Ils n'ont pas suffisamment cotisé (45%), ou ont épuisé leurs droits à indemnisation (55%).
3. Quatre-vingt pourcent d’entre eux, soit 1,93 million, n’étaient pas non plus indemnisables par une quelconque autre allocation du régime de solidarité (allocation de solidarité spécifique – ASS, allocation équivalent retraite – AER, allocation transitoire de solidarité – ATS). Cette information est capitale. Elle contredit frontalement les soupçons d'assistanat cumulard véhiculé par les chantres de la Droite Sociale.
La répartition de ces derniers est la suivante:

  • 644.000 ne déclaraient aucune activité même réduite, ni RSA non plus.
  • 532.000 bénéficiaient du RSA
  • 273.000 exerçaient une activité réduite, mais sans RSA.
  • 118.000 cumulaient une activité réduite et un complément RSA.
  • Près de 40 % de l'ensemble ont moins de 30 ans.

La DARES explique 41% de ces derniers sont des fins de droits au RAC qui « ne satisfont pas les conditions d’activité ou de ressources du foyer nécessaires pour une ouverture de droits au régime de solidarité. »
4. Parmi les 20% restant, ceux qui donc bénéficiaient de l'un des minima sociaux existants,

  • 39 000 personnes (pour les deux tiers des femmes) avaient un droit ouvert à l’Allocation Equivalent Retraite, un dispositif fermé par Nicolas Sarkozy.
  • 405 000 personnes étaient indemnisables par l’Allocation de Solidarité Spécifique (636 euros par mois, par personne, quand elle est à taux plein). La DARES note que trois quart de ces bénéficiaires sont des déchus du RAC. Et ils y restent longtemps à l'ASS: « la durée médiane en ASS pour les entrants en 2011 est de 349 jours ». 87% d'entre eux n'ont aucun diplôme supérieur au BAC.


Référence: « Les demandeurs d’emploi non indemnisables par le régime d’assurance chômage : les allocataires de l’ASS, de l’AER et les demandeurs d’emploi n’ayant aucun droit ouvert en 2011 » DARES, février 2013 • N° 013
Crédit illustration: article publié dans le Monde Diplomatique de mars 2013, par Alain Garrigou.

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