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Conte à compte à rebours : sans acompte.

Publié le 12 mars 2013 par Legraoully @legraoully

Il était une fois, deux fois, ou même trois fois, deux femmes.
La première, très jeune, avait la science infuse. La seconde, plus âgée, possédait les connaissances de son vécu. Une souveraine et une femme du peuple…
Tous les jours, la jeune femme louait ses qualités, vantait ses mérites.

La plus âgée écoutait.

Elle courait de ci, de là, travaillait dur disait-elle, sortait faire la fête, maîtrisait la cuisine fine, vivait dans un palais qu’elle tenait propre et net toute seule, sans aide aucune.

La plus âgée écoutait encore.

Elle savait tout faire, la jeunette. On eut dit une pieuvre. On l’imaginait aisément un fer à repasser dans un tentacule, le balai dans un second, une casserole dans un troisième, un téléphone pour le quatrième puisque le cinquième tentacule tenait le pinceau qui lui fardait les yeux. Le sixième appendice était occupé à briquer les vitres, tandis que le septième écrivait ses mémoires…

La plus âgée écoutait toujours.

Elle savait bien médire aussi… Elle en connaissait des choses sur les gens, les amis, les voisins, les collègues … Ses amis riaient, se délectant des paroles pleines de venin de la souveraine… Poussant des Ho, des Ha, allant même parfois jusqu’à retenir une nausée… Cela encourageait la belle… Elle ne se privait d’aucune critique… Et la cour se régalait…
Ne manquait au bonheur de la Princesse, qu’un Prince qui se devait d’être au minimum Charmant, cela va de soi, pour ne pas dire un Génie…
Mais là …

La plus âgée n’écoutait déjà plus.

Elle avait connu des bonheurs, des plaisirs. Elle aussi fut un temps, jeune, ambitieuse, et pleine de fougue dans cette vie là… Elle se souvenait de tout cela… Elle aussi avait la sensation de vivre à plus de 200 km/heure. Les courses, le ménage, le travail, le bénévolat, les amis, la famille etc … Tout devait être parfait ! Il le fallait ! Elle frottait tant et tant que ses mains lui faisaient mal. Elle courait tellement, de droite, de gauche, que ses jambes parfois ne la portaient plus. Elle souriait, encore et toujours. Masque de protection ou masque de beauté ?
Un jour, son Génie à elle est sorti de la lampe maintes et maintes fois briquée, polie, à en devenir miroir dans le logis…
Il a tout dit le grand Génie. Il a tout expliqué. Les douleurs, les chagrins, les tristesses, les absences, les maladies.

Elle a tout écouté.

Le Génie a dit, que ce n’est pas tant la couleur des roses qui est importante, mais leurs parfums. Il a sifflé les mélopées des oiseaux qui chantent si bien les pieds pourtant bien ancrés dans la boue.
Il a souligné l’importance de l’amour de l’homme pour ses semblables afin qu’ils méritent de porter ce nom.
Il a dit que la Vie c’est un nom féminin bien sûr mais surtout singulier.
Il a dit encore que la Mort, qui elle aussi est nom féminin se révèle singulière et unique.
Elle lui a demandé son nom à ce vilain Génie. Il a dit, je m’appelle Destin.

La femme a pleuré.

Elle a revu en accéléré les quelques décennies qui venaient de s’écouler.
Le Génie a repris son chemin.

Elle a compris.

Fini, le temps perdu à briquer pour des murs qui se lamentent.
Terminée, la chasse au grain de poussière qui s’envole en riant et se redépose aussitôt le chiffon tourné.
Le tic tac de l’horloge de la Vie résonne. La clepsydre se vide, vite et inexorablement.
Désormais, les priorités de la femme allaient changer. Elle allait enfin vivre. Elle profiterait des plaisirs qui lui seraient offert. Elle ne gaspillerait plus le temps. Son intérieur ne ressemblera jamais à une souille !!! Non !!! Coquet, sain et aéré, il conviendra aisément aux siens et à tous ceux qui auront enfin compris ce que vivre signifie.
Sans jamais compter elle offrira : qui un regard, qui une épaule ou une main.
La nature, les animaux, plus jamais elle n’oubliera.
Et lorsque ses deux bras ne suffiront plus, elle se reposera.
Nul besoin d’un palais, ni de cour prétentieuse pour être heureux.
Profitons chaque jour, des plaisirs simples de la vie avant que, d’un coup d’un seul, notre lumière s’éteigne.

La jeune femme le comprendra un jour… Ou pas ……
Son huitième tentacule attendait vainement du travail…Temps est venu pour lui, de torcher la mauvaise langue.

Il est des proverbes pour chaque situation de la vie.
Je vous livre celui-ci, tout droit venu d’Afrique :
« Poussière aux pieds vaut mieux que poussière au derrière »

I.PERITO

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