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"Je ne sais pas !" : sachez affirmer votre incompétence

Par Marc Traverson

Quand on parle d'affirmation de soi, ou d'assertivité, on entend souvent derrière ces mots un mode de communication d'autorité. S'affirmer, ce serait "dire enfin les choses". Ne plus hésiter à informer les autres de vos besoins, de vos attentes, de vos ambitions. S'affirmer ainsi, ce serait aussi apprendre à dire non, marquer son territoire, s'autoriser à poser des limites lorsque certaines bornes sont franchies. Prendre une forme de leadership.

Assertive
Ceci posé, on a rien dit du chemin à parcourir pour développer ces facultés. Travailler notre communication interpersonnelle exige de mener une introspection minimale. Oh certes, parler d'introspection n'est pas à la mode! Pourtant, l'assertivité, que l'on pourrait définir comme la faculté de parler en son nom propre, suppose de porter un regard raisonnablement bienveillant sur soi-même - donc un minimum d'auto-réflexivité, une reconnaissance de ses compétences et de ses travers, de ses craintes fantasmées et de ses talents particuliers. (Au passage, on conviendra qu'une formation de deux ou trois jours sur l'assertivité est bien insuffisante pour faire évoluer durablement nos structures mentales et nos comportements en la matière, mais ceci est une autre histoire.)

Etre assertif, c'est se poser dans l'instant présent. Etablir un certain accord entre soi-même et la circonstance, au sens musical. Alors notre voix touche de nouvelles notes, parvient à communiquer une harmonie qui met tout le monde d'accord au moins sur un point : il y a un bien un homme, une femme, à cet endroit et qui ne laisse pas sa part aux chiens.

Après cette trop longue introduction, je viens au point que je voulais soulever. Si l'assertivité est souvent comprise comme synonyme d'affirmation de soi, le paradoxe est qu'elle doit aussi servir à affirmer notre incompétence. Et qu'il s'agit là d'une arme pour tirer son épingle de certains pièges psychologiques.

Pour illustrer cette affaire, on pense à Joseph Ratzinger, feu Benoît XVI, qui coule désormais une douce retraite. Son acte d'affirmation le plus frappant aura été sa démission : une décision née de la reconnaissance - à ses propres yeux - de son incapacité, de son incompétence à assumer sa fonction de général en chef de la curie romaine. Belle assertivité en acte. Il serait heureux qu'elle fasse modèle auprès de certains de nos politiques et dirigeants, et qu'ils en tirent cette leçon essentielle, qu'une démission peut être une décision noble, et un acte fondateur. Une affirmation de liberté.

Poursuivant cela, je vous invite à identifier et reconnaître vos champs d'incompétence. C'est plus rafraîchissant qu'il n'y paraît. Que faites-vous parfois - pour faire plaisir à X, pour faire comme Y, pour ne pas avoir l'air nul - et que vous faites mal, parce que cela sort du champ de vos compétences et de vos envies? Il est toujours utile de reconnaître les chemins par lesquels les autres nous manipulent. Ayez conscience de ce que vous ne savez pas faire. Et sachez le moment venu, lorsque la situation se tend, que l'on veut vous placer dans une situation qui ne vous convient pas, vous faire porter le chapeau, vous inviter à jouer un rôle déplaisant ou contraire à vos valeurs, sachez désamorcer les choses en disant simplement : je ne sais pas le faire. Et cela, même si vous occupez une fonction éminente, un rôle dirigeant, et que les autres supposent-que-vous-savez. Vous ne déchoierez pas à admettre votre imperfection. Vous enverrez au contraire un message modélisant. Un message de mesure et, disons-le, d'humanité. Et vous serez aussi bold, comme disent les anglo-saxons. Cohérent et lucide. Affirmatif.


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