Magazine

Le pouvoir face à la culture

Publié le 31 mars 2008 par Malesherbes
Le 9 février 1968, à l’initiative du ministre de la Culture André Malraux, bras armé de l’Etat, le conseil d’administration de la Cinémathèque française évince Henri Langlois, fondateur de cette institution, de son poste de directeur artistique et technique. Dans Le Monde du 11 février, Jean de Baroncelli écrit : «Dans les milieux cinématographiques du monde entier, Langlois était une sorte de personnage de légende. On nous l’enviait, on nous l’enviera toujours... Or, c’est ce personnage de légende qui est remercié aujourd’hui par décision gouvernementale sous prétexte qu’il est plus poète que bon administrateur et que sa conception de l’ordre n’est pas au goût des fonctionnaires... Ce ne sont ni les bons comptables, ni les bons gérants qui manquent en France. Mais il n’y a qu’un Henri Langlois. Allons-nous admettre qu’on nous le prenne ?» De nombreuses associations et personnalités protestent et les manifestations se multiplient. Le 22 avril, Henri Langlois est réintégré dans ses fonctions. Ce recul du pouvoir, et de son chef suprême, le général de Gaulle, prélude aux événements de mai.
Le 18 mai 2007, Georges Marc Benamou a été nommé conseiller pour la culture et l’audiovisuel auprès de Nicolas Sarkozy. Confident de François Mitterrand, il avait facilité en 1994 les contacts de Nicolas Sarkozy avec les mouvements étudiants lors de la crise du Contrat d’Insertion Professionnelle. Sa proximité avec Mitterrand a fasciné Sarkozy qui fait appel à lui pour sa campagne présidentielle. Anne Fulda, dans le Figaro du 14 février, le décrit comme «Un usurpateur. Trop faiseur, frimeur, beau parleur, séducteur.» Il suscite bientôt des animosités multiples.
Dans Le Monde daté du 30 mars, Raphaëlle Bacqué raconte l’histoire de sa disgrâce. Après l’échec des municipales, le 17 mars 2008, une source proche de l'Elysée indique que Georges Marc Benamou part, "à sa demande", prendre la direction de la Villa Médicis à Rome. Cette faveur du prince suscite une bronca dans les milieux artistiques. De son côté, Carla Bruni Sarkozy n'a pu s'empêcher de remarquer auprès de quelques amis cette "curiosité si française qui veut que l'on écarte un conseiller en le nommant à un poste magnifique". Dernier acte ? Le 28 mars, dans un communiqué, l’Elysée annonce : « Pour préparer la nomination du futur directeur de l’Académie de France à Rome (…) le président de la République a décidé de confier à Hugues Gall, conseiller d’Etat et membre de l’Institut, la présidence d’une commission d’examen des candidatures qui seront présentées». Le petit marquis abandonné s’écrie : « Dans cette affaire, je suis victime d’une cabale d’intellectuels mondains, cette gauche caviar qui n’a pas supporté mon soutien à Nicolas Sarkozy ».
A quarante ans de distance, étrange similitude des faits : le pouvoir piétine les milieux de la Culture. Ceux-ci se rebellent et le font reculer. L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie.

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Malesherbes 59 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte