Jean-Paul Ganem: le peintre de paysages

Publié le 06 avril 2013 par Erwan Pianezza

A la croisée de l’architecture paysagiste et de l’art contemporain mais aussi influencé par les mouvements de guérilla jardinière, Jean-Paul Ganem intervient dans les milieux ruraux et urbains depuis plus de vingt ans.  Peintre au début de sa carrière, l’artiste a peu à peu troqué ses pinceaux pour utiliser les plantes (céréales, fleurs, arbustes) et provoquer une réflexion sur le paysage ou sur l’action de l’homme sur le paysage.  Jean-Paul Ganem travaille d’abord en concertation avec les agriculteurs pour créer des « compositions agricoles », puis se tourne peu à peu vers les milieux urbains.  Petite introduction en trois œuvres :

Le jardin des capteurs – Montréal, Canada (2000-2002)

Le jardin des capteurs - Montréal - Photo: JP Ganem

En 2000, Jean-Paul Ganem s’attèle à réhabiliter la section la plus ancienne d’un site s’enfouissement de déchets dans le quartier Saint-Michel à Montréal.  S’étalant sur une surface d’une centaine d’hectares, cette ancienne carrière est transformée en décharge publique en 1968.  Si la décharge continue à être exploitée en 2000, une partie du terrain s’est dégradée au fil des ans pour devenir un véritable no-man’s land nauséabond. Sous la forme de plusieurs surfaces circulaires divisées en quartiers, l’artiste plante colza, phacélies, pétunias et sarrasin autour des capteurs de biogaz récoltant le méthane produit par la décharge.  Plusieurs disques multicolores qui changent au fil des saisons finissent par apparaître, ce qui crée bien évidemment un contraste esthétique saisissant avec le paysage utilitaire adjacent de la décharge. 

Le grain de l’histoire, Château de Rambouillet, Yvelines (2012)

Esquisse du projet "le grain de l'histoire" à partir d'une photo Google Earth - JP Ganem

Situées dans le parc du Château de Rambouillet, cinq bandes sinueuses de plusieurs centaines de mètres de long et de quelques mètres de large plantées de cinq céréales différentes (sarrasin, orge, blé, tritical et avoine) convergent vers l’ancienne demeure de la Princesse de Lamballe (1749-1792).  Cette dernière fut guillotinée pendant la période de la terreur.  Les bandes de céréales évoquent à la fois la pénurie de pain à l’époque révolutionnaire mais aussi les armes de la Révolution (hache, hallebarde, trident, baïonnette et lance).  Encore une fois, l’installation s’inspire des pratiques agricoles et s’insère discrètement dans le paysage.  C’est aussi une œuvre vivante puisque les couleurs changent à mesure que les céréales mûrissent.

Le tourbillon de l’histoire, Abbaye de Jumièges, Seine Maritime (2013)

Le tourbillon de l'histoire - Photo: JP Ganem

Jean-Paul Ganem est l’un des six artistes invités par l’Abbaye de Jumièges dans le cadre de son exposition d’art contemporain environnemental « A ciel ouvert »  (du 27 Avril au 31 Octobre 2013) à Jumièges, Seine Maritime, France.  L’œuvre se compose de six plates-bandes gigantesques en forme de spirale et plantées de fleurs multicolores sur un diamètre de 120m environ.  Des courbes qui évoquent l’histoire mouvementée de l’abbaye mais aussi le méandre de la Seine qui encercle le territoire de l’Abbaye.

« Les œuvres que je réalise sont situées là où l'artiste n'a pas été prévu... Mon travail tourne autour de l'activité humaine dans le paysage, de manière à intégrer une création artistique à un processus de production, pour surprendre, questionner l'acteur et le spectateur du paysage. » Jean-Paul Ganem

http://jpganem.com/

Voir aussi "Réinventer les paysages", l'excellente intervention de Jean-Paul Ganem pour TEDxParis en Novembre 2012 dernier.