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Illusion bien cher payée que la liberté de consommer

Publié le 16 avril 2013 par Idealmag @idealmag2

« Nous avons réussi à créer de la misère et du mal-être dans des sociétés d’opulence matérielle », assène Vincent Liegey. L’ingénieur et porte-parole du Parti pour la décroissance ne se contente pas de pourfendre le mythe de la croissance infinie. Lui et les co-auteurs du livre « Un projet de décroissance » proposent d’accorder à chacun une « dotation inconditionnelle d’autonomie » : un revenu d’existence qui pourrait ouvrir bien des horizons. Et une invitation à nous questionner sur le sens de notre société.


Le revenu d’existence consiste à donner à tous, de la naissance à la mort et de manière inconditionnelle, un revenu.

Illusion bien cher payée que la liberté de consommer
Vincent Liegey [1 ] : Le revenu d’existence consiste à donner à tous, de la naissance à la mort et de manière inconditionnelle, un revenu. C’est une idée très ancienne que l’on a contribué à exhumer, mais avec un regard critique : ce type de revenu peut très bien s’inscrire dans le système économique actuel, sans le renverser ni le questionner. Même Milton Friedman, l’un des pères du néolibéralisme, était favorable à un revenu d’existence – en supprimant minimas sociaux et syndicats, et en laissant agir la « main invisible » du marché ! Nous avons développé une proposition, la dotation inconditionnelle d’autonomie (DIA), qui s’appuie sur les réflexions passées, mais qui se situe hors du système marchand. Un revenu de base « démonétarisé », en quelque sorte.
 
Comment ce revenu sera-t-il versé aux citoyens ?
 
Nous proposons une DIA distribuée non pas en euros, mais en droits d’accès, en droits de tirage sur les ressources, et en système monétaire alternatif. Il s’agit de donner à tous ce qui est nécessaire pour avoir une vie décente et frugale : un « droit de tirage » sur le foncier, pour permettre à chacun d’avoir un logement, un local d’activité ou un lopin de terre pour être autosuffisant en nourriture. Un droit de tirage sur les ressources naturelles de base, comme l’eau, le gaz et l’électricité : les premiers kWh ou m3 seraient gratuits. Et le tarif devient ensuite progressif pour pénaliser les consommations jugées excessives. Pourquoi devrait-on payer au même prix l’eau pour boire ou faire la cuisine, et celle pour remplir sa piscine individuelle ou laver son 4x4 ? La DIA donnerait également un droit d’accès, gratuitement, aux services publics, à l’éducation, à la culture, aux services de pompes funèbres... Et, troisième élément, une partie de la DIA serait versée en monnaie locale, pour encourager la consommation locale, par exemple pour l’alimentation ou l’habillement.
 
Cette proposition oblige à une réflexion collective sur ce que l’on produit, comment on le produit, et pour quel usage...

 
Nous sommes face à une crise systémique, dans laquelle tout est lié. Il est impossible – voire dangereux – de sectoriser les choses, sinon on perd le sens de ce que l’on fait. Comme le disait Nicholas Georgescu-Roegen, l’un des penseurs de la décroissance, on a commencé à se planter quand on a cloisonné les sciences [2 ]. Nous sommes capables de fabriquer des smartphones et des objets très complexes, mais incapables d’avoir du recul pour comprendre les impacts écologiques, culturels, sociaux de ces objets. Et beaucoup de gens ne savent plus pourquoi ils travaillent – à part recevoir un salaire. Il faut rompre avec la logique de fabrication d’objets à durée de vie limitée. Nous devons aussi sortir de l’obsolescence programmée culturelle, encouragée par la publicité, qui pousse à vendre de plus en plus de produits dont on n’a pas vraiment besoin. Travailler plus, pour produire toujours plus de choses inutiles ! Beaucoup ne veulent plus de cette logique. La DIA permet de sortir du travail contraint, de cette obligation de subir des jobs qui ont de moins en moins de sens. Il s’agit d’expérimenter, retrouver un sens au travail, se réapproprier les outils. Et réparer, recycler, partager des savoir-faire pour que les gens deviennent autonomes.
 
Concrètement, comment mettre en place cette dotation inconditionnelle d’autonomie ?

Les scénarios de transition s’inscrivent dans le temps long. Et s’appuient sur le fait que la transition est déjà en marche : il s’agit d’étendre toutes les initiatives concrètes qui se développent un peu partout dans le monde, en rupture avec le système dominant. Deux démarches peuvent ensuite servir de catalyseurs : la réduction et le partage du temps de travail, pour en finir avec le chômage et réinvestir le temps libéré dans la participation politique et le développement de ces alternatives concrètes. Le deuxième levier est la mise en place d’un revenu inconditionnel d’existence, très simple d’un point de vue technique, qui demande uniquement du courage politique. On donne 700 ou 1000 euros à chacun, à l’échelle d’une région, d’un pays ou de l’Europe. Les gens seront peu à peu libérés du travail contraint et pourront participer à cette transformation de la société. Et à terme, on démonétarise ce revenu pour aller vers une dotation inconditionnelle d’autonomie.

Lire la suite : http://www.bastamag.net/article2987.html

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